Alors qu’elle était en deuxième année à emlyon business school, Audrey Hoarau décide de démissionner en mars 2019 pour devenir barmaid. Elle nous explique pourquoi la vie en école de commerce n’était pas faite pour elle et pourquoi elle a quitté emlyon.

 

Comment es-tu arrivée en école de commerce ?

Après un bac STMG, j’ai fait une prépa ECT pour m’orienter vers des études de marketing et de communication. Je visais les Parisiennes, mais j’ai dû cuber, car j’avais raté les concours. J’ai ensuite passé les oraux de l’ESSEC et de l’ESCP. C’était la première désillusion ; ça s’est mal passé ! J’ai eu l’impression d’être regardée de haut par le jury quand il a su que je venais de la filière ECT. J’ai eu 6,7 en entretien. J’ai passé les oraux d’emlyon et je ne me suis pas sentie jugée. J’ai cru dans leur discours, même si j’ai trouvé étrange qu’on m’explique, dès l’oral, que je n’allais rien apprendre en école de commerce.

 

Comment s’est déroulée ta première année ?

J’ai été très déçue. Elle confirmait tout ce qu’on me disait sur les business schools. Je n’apprenais rien. Les cours n’étaient pas aussi poussés qu’en prépa. Cela faisait plusieurs années que je faisais du droit, de l’éco ou du management. Cette expérience me permettait de créer un réseau et de mettre un nom sur mon diplôme, mais je ne me sentais pas stimulée. J’avais aussi l’impression d’être « la prolo qui galère », d’être l’une des seules à devoir tout payer, sans l’aide de ses parents. J’ai quand même tenu bon jusqu’au M1. Les étudiants disaient en effet que les cours y étaient plus complexes. C’était mon dernier espoir d’être stimulée. Mais j’ai été déçue là encore.

 

À quel moment as-tu décidé de quitter emlyon ?

J’ai voulu faire de l’alternance. Je m’étais renseignée sur le programme avant d’entrer à emlyon, mais ils l’avaient changé entre temps et demandaient tellement de prérequis qu’il m’aurait fallu faire une année de plus. C’était beaucoup trop cher pour moi. L’aspect financier était très pesant et je me sentais de moins en moins à l’aise dans l’univers des grandes écoles. Je m’étais par exemple impliquée dans la vie étudiante en rejoignant l’association développement durable de l’école. Nous avions de nombreux projets, mais personne ne venait. Lors de mon stage, l’asso a été fermée. C’était un véritable choc. Ce manque de motivation m’a donc poussée à démissionner.

 

Comment ça s’est passé ?

Quand j’ai posé ma démission, j’ai passé un entretien pour expliquer pourquoi je quittais l’école. En face, on tentait de me retenir, mais on a très vite compris que cela ne servait à rien. Dès que j’ai quitté l’école, je me suis enfin sentie heureuse. J’ai perdu mon temps et mon argent et je n’ai pas de diplôme, mais je ne regrette pas d’avoir fait cette erreur. C’est à Lyon que j’ai pu me découvrir.

 

Sur LinkedIn, tu expliquais avoir honte d’être en école de commerce. Pourquoi ?

Au départ, j’avais beaucoup d’ambition, mais je ne me sentais pas complètement intégrée. Et puis j’avais l’impression de trahir mes principes en disant que j’étais étudiante en école de commerce, tout en étant de gauche. Je ne trouvais pas ma place. Je pense que je n’étais pas faite pour les business schools.

 

Comment tes proches ont-ils réagi à cette décision ?

J’étais paniquée. J’ai donc demandé conseil autour de moi et j’ai réfléchi pendant plusieurs mois, car ce n’est pas une décision à prendre à la légère. J’ai décidé d’appeler ma mère et j’avais peur, car j’étais sa petite fille qui réussit bien à l’école. Quand je lui ai dit que j’arrêtais, j’ai tout de suite eu son soutien. Aujourd’hui, elle est contente, car elle me voit heureuse.

 

Comment en es-tu venue à t’orienter vers un job de barmaid ?

Pour mon stage à l’étranger, j’ai donc choisi la facilité et je suis allée en Belgique, car mes parents vivent à proximité de la frontière. Je l’ai réalisé dans le service communication d’une micro-brasserie. C’était très intéressant ! J’ai découvert un univers passionnant. Quand je suis rentrée sur Lyon, j’ai postulé pour des jobs étudiants dans plusieurs caves à bière, mais je n’ai rien trouvé. Je me suis donc orienté vers un poste de responsable de boutique en parfumerie. J’ai vraiment apprécié le contact avec les clients. J’aimais beaucoup ce que je faisais. Malheureusement, ça s’est arrêté. Après une courte expérience dans la plonge d’un restaurant, j’ai saisi l’opportunité de devenir serveuse dans un autre établissement. J’ai retrouvé le côté conseil et relation client que j’adore.

 

Qu’est-ce qui fait que tu es plus épanouie aujourd’hui ?

C’est une ambiance beaucoup plus détendue. Ce n’est pas facile tous les jours et c’est beaucoup de fatigue physique. Il y a peu, nous n’étions que deux en salle pour cent clients. La terrasse était bondée, c’était compliqué à gérer, mais c’était une satisfaction énorme d’avoir servi de bons plats, de beaux cocktails et d’avoir ri avec les clients. Quand je rentre chez moi en sachant que j’ai rendu des gens heureux, c’est un vrai bonheur.

 

Les études, c’est fini pour toi ?

Quand j’ai arrêté emlyon business school, je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. J’ai donc regardé dans les universités, mais je me suis rendu compte que je ne voulais plus me retrouver dans une salle de classe. J’ai préféré chercher un travail et celui que j’ai me plait bien, car il offre des perspectives d’évolution.

 

Comment imagines-tu ton avenir ?

Aujourd’hui je vis au jour le jour et je n’ai pas envie de me poser cette question. Je me laisse vivre et c’est super. Si demain, j’ai envie de tout plaquer pour faire autre chose, je peux le faire ! Je ne veux pas me mettre de barrière.

 

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