Diplômé de Grenoble Ecole de Management, Chun Wing Lam est danseur à l’Opéra de Paris. Il revient sur son parcours et sur son quotidien au sein de cette prestigieuse institution.

 

Quelle est ton histoire ?

Je suis né à Hong Kong où j’ai commencé la pratique de la danse en amateur quand j’avais sept ans. À mes quatorze ans, j’ai voulu me professionnaliser. J’ai donc candidaté pour rejoindre l’école de danse de l’Opéra de Paris et j’ai été accepté. Ça a été un double choc ! Après mes quatre années de formation, j’ai passé le concours d’entrée pour le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris. Cette année, je commence ma cinquième saison au sein à l’Opéra.

 

Pourquoi ton arrivée à l’école de l’Opéra a été un double choc ?

Quand j’ai mis les pieds en France, ça a tout d’abord été pour moi un choc culturel. Je n’avais jamais été en Europe auparavant. Je ne parlais pas le français et j’ai dû apprendre la langue assez rapidement, car peu de gens parlaient anglais à l’école. C’était également un choc, car je n’avais jamais suivi de formation de danseur professionnel. C’était très intense physiquement ! Enfin, le fait d’être interne dans une école à l’autre bout du monde, loin de mes parents était très compliqué. La séparation avec ma famille a été difficile. Je suis très content d’avoir fait ces sacrifices, mais si c’était à refaire, je ne sais pas si je le ferais à nouveau.

 

À quoi ressemble la vie dans une école de danse de haut niveau ?

Les études étaient aménagées. Le matin, on commençait la journée avec des cours classiques, puis on poursuivait avec la danse l’après-midi. J’ai passé le Brevet des collèges avec l’école puis j’ai passé un bac S avec le CNED, car l’école de danse ne proposait que la filière littéraire. J’ai eu mon diplôme du premier coup pendant ma toute première saison au sein du Corps de Ballet de l’Opéra.

 

Pourquoi avoir décidé d’aller plus loin dans tes études en intégrant Grenoble École de Management ?

J’ai arrêté mes études au début de ma deuxième saison, mais je ressentais le besoin de m’enrichir sur le plan intellectuel. J’ai donc cherché une formation compatible avec mon activité. Un jour, je suis passé devant le campus de Grenoble École de Management à Paris et j’ai vu qu’ils proposaient des formations pour les sportifs de haut niveau. Même si je ne suis pas officiellement reconnu comme tel par l’État, j’ai tenté ma chance et GEM m’a accepté !

 

Comment as-tu jonglé avec ton métier et l’école ?

Si j’ai réussi à mener de front ces deux activités en même temps, c’est surtout grâce à l’équipe pédagogique qui était toujours à l’écoute de mes besoins et très flexible dans le planning des cours.

 

Chun Wing Lam OpéraAujourd’hui tu es danseur Quadrille à l’Opéra de Paris, qu’est-ce que ça veut dire ?

Au Palais Garnier, il y a une hiérarchie des danseurs. Ils sont regroupés en cinq grades. En bas, il y a les Quadrilles, puis les Coryphées. Ensuite, on retrouve les Sujets, les Premiers Danseurs et les Danseurs Étoile. Pour monter de niveau, il faut passer un concours de promotion. Je compte m’y inscrire cette année.

 

À quoi ressemble une de tes journées types ?

Chaque matin, je débute par un cours d’échauffement. Ce sont des exercices qu’on répète tous les jours durant toute notre carrière. On commence par les exercices à la barre, puis un milieu (un exercice sans bar), puis les sauts, les tours, etc. Ensuite on s’attelle aux répétitions. Si on a du temps, on passe faire un tour chez le kiné pour faire du renforcement musculaire ou de la rééducation.

 

Tu donnes des représentations également ?

Bien sûr, nous avons des spectacles plusieurs soirs par semaine. Actuellement, je danse dans une soirée mixte néo-classique au Palais Garnier qui s’appelle Sugimoto/Forsythe. Je suis présent dans la deuxième partie de la soirée, dans un ballet de Forsythe intitulé BlakeWorks I.

 

Management ou danse : comment imagines-tu ta vie dans les prochaines années ?

Pour l’instant ma danse reste la priorité absolue, même si le métier est physiquement difficile. C’est un univers spécial et merveilleux et je ne m’imagine pas quitter la scène dans un futur proche. Je suis très heureux de faire partie du ballet de l’Opéra de Paris, une des plus belles institutions du monde.

Mais je sais qu’un jour, cela va s’arrêter. Nous avons un régime de retraite spécial qui nous permet de quitter la scène vers 42 ans. J’envisage donc d’avoir une deuxième carrière. Peut-être se fera-t-elle dans le management ? Pour l’instant je n’ai pas d’idée précise, mais je sais que ma formation à GEM me permet de travailler dans n’importe quel secteur, y compris la culture.

 

Pour finir, peux-tu nous donner un secret que personne ne connaît sur l’Opéra de Paris ?

Il y en a un beaucoup ! Mais je vais en citer deux. Le premier, c’est qu’il y a un lac sous le Palais Garnier qui accueille des poissons. Les pompiers s’y entraînent également de temps en temps. Tous les 30 ans, l’Opéra vide l’eau et permet aux employés de visiter ce lac. J’ai eu la chance de pouvoir assister à une de ces visites il y a deux ans et c’était impressionnant !

Le deuxième secret relève de la légende. Il y aurait, dans la salle du Palais Garnier, une loge du Fantôme de l’Opéra. La lumière y serait toujours allumée. On ne veut pas l’éteindre, car cela voudrait dire que le Fantôme reviendrait. Un drame se produirait alors lors d’un spectacle. C’est une information que je n’ai jamais pu vérifier.