Acheter Actions FDJ
Finance

Faut-il acheter des actions de la FDJ (Française des Jeux) sur le marché ?

C’est LA question du moment : faut-il acheter des actions de la FDJ ? Pour le gouvernement, cette opération est clé. Elle vise à réconcilier les Français avec les marchés financiers, à l’heure où seuls 4 millions de concitoyens sont actionnaires individuels. De nombreux français se demandent si souscrire à l’introduction en Bourse de la Française des Jeux constitue un placement intéressant. On le rappelle : un placement en action rapporte de l’argent de deux manières : par l’appréciation du cours de Bourse ainsi que par la distribution de dividendes issus du résultat dégagé en fin d’exercice par l’entreprise.

MAJ : la FDJ sera cotée dès le 21 novembre au prix de 19,90€, c’est-à-dire dans le haut de la fourchette. Si 100% de la demande des investisseurs sous 2000€ a pu être souscrite par les Français, seule 10% de la tranche 2000-5000€ a pu être attribuée. Plus de 500 000 français ont voulu souscrire à l’opération. Il y a fort à parier que le cours de Bourse de la FDJ progressera demain matin dans la mesure où nombreux sont ceux qui voudront compléter leur première participation. Pour le gouvernement, c’est un succès : il encaissera près de 2 milliards d’euros. Bruno Lemaire précise :

« J’ai fixé le prix de l’action de la Française des Jeux à 19,90 euros pour les investisseurs institutionnels et à 19,50 euros pour les particuliers qui bénéficient d’une décote de 2% » (…) « C’est le résultat de la demande très importante dont cette opération a fait l’objet (…). La demande totale s’élève à plus de 11 milliards d’euros : 10 milliards d’euros venant des institutionnels et plus de 1,6 milliards d’euros venant des salariés, des investisseurs particuliers, des détaillants de la Française des Jeux, des buralistes, des maisons de presse. »

 

Une introduction en Bourse très particulière

Lorsqu’une entreprise décide de devenir publique, c’est-à-dire de permettre à des acteurs du marché d’échanger librement des parts de son capital (les actions), elle émet généralement des actions supplémentaires vendues à des investisseurs sur le marché. Cela a par exemple été le cas de l’entreprise Datadog (fondée par deux Centraliens et qui vaut trois fois plus que la FDJ) ou encore de l’entreprise de sport Peloton. De la sorte, l’entreprise finance son développement par cet appel au marché.

Le cas de la FDJ est complètement différent : l’Etat, qui possède aujourd’hui 72% du capital, désire abaisser sa participation aux alentours de 20%. Une proportion similaire à celle réservée aux particuliers (20%) et aux institutionnels (20%). Les salariés de la FDJ devraient pouvoir posséder 5% de l’entreprise. Pour rappel, fin 2018, le capital de la FDJ était composé de 200 000 actions divisées de la sorte :

  • État français : 144 000 actions (72 %) ;
  • Union des blessés de la face et de la Tête : 18 457 actions (9,2 %) ;
  • Fonds commun de placement des salariés de la FDJ : 10 000 actions (5 %) ;
  • Fédération Maginot : 8 460 actions (4,23%) ;
  • Société/Soficoma (lire ci-dessus) : 6000 actions (3,00%) ;
  • IDSud : 5 252 actions (2,63%) ;
  • Confédération Nationale des Buralistes de France : 3 908 actions (1,95%) ;
  • MASFIP : 2000 actions (1%) ;
  • Comalo : 1 174 actions (0,59%) ;
  • Emissions Berger : 748 actions (0,37%) ;
  • Stéphane Pallez : 1 action ;

 

La FDJ n’appartiendra pas au CAC 40

Le capital de l’entreprise sera divisé en 191 000 000 actions (contre 200 000 actuellement), ce qui permet à l’Etat de vendre ses actions FDJ dans une fourchette comprise entre 16,50€ et 19,90€ aux investisseurs institutionnels, ce qui aboutit à une valorisation comprise entre 3,1 et 3,8 milliards d’euros. L’entreprise ne fera pas partie du CAC 40. Elle devrait prendre à peine place parmi les 100 entreprises ayant la plus forte capitalisation boursière en France. Au vendredi 15 novembre, la 100e entreprise ayant la plus grosse capitalisation boursière étant Somfy, avec une capitalisation de 3,2 milliards d’euros.

 

Une remise pour les particuliers

Afin d’inciter les particuliers à souscrire à l’opération, Les particuliers pourront profiter, quant à eux, d’une très légère décote de 2%. Ils bénéficieront aussi de l’octroi d’une action gratuite pour 10 actions achetées et détenues 18 mois. Un levier de motivation pour que les investisseurs particuliers conservent leurs actions sur la durée. Ce seuil devrait être franchi par tous les porteurs d’actions dans la mesure où le seuil minimum de souscription s’élève à 200€.

 

Une structure d’entreprise particulière

La FDJ évolue dans un secteur fortement réglementé, et profite de son monopole d’Etat (voir ci-dessous). Dans les faits, elle se compose des filiales et participations suivantes :

 

Filiales et participations FDJ
Structure capitalistique de la FDJ

Acheter des actions de la FDJ ne consiste pas simplement à acheter une loterie nationale, mais à se porter actionnaire d’une myriade de sociétés très diversifiées.

  • La Française d’Images, qui se charge de la production audiovisuelle interne du groupe mais aussi des décors des émissions produites par la FDJ. Son chiffre d’affaires en 2018 s’est élevé à 12,3 millions d’euros.
  • La Française de Motivation, une agence de voyage destinée aux gagnants et aux membres du réseau de distribution de la FDJ. En 2018, l’entité a réalisé un chiffre d’affaires de 9,1 millions d’euros.
  • FDP,  la filiale qui gère la distribution de jeux de loterie et des paris en métropole. Elle est issue de la fusion des 14 sociétés de distribution, et réalise un chiffre d’affaires de 75,7 millions d’euros en 2018.
  • FDJ Développement, qui gène et anime le développement commercial du réseau de la FDJ dans les Antilles et en Guyane (2,2 millions d’euros de CA en 2018)
  • Pacifique des Jeux, société exploitant les jeux de la FDJ en Outre-Mer, en Polynésie française notamment.
  • FDJ Gaming Solutions : la holding qui porte les activités technologiques que la FDJ met à disposition d’acteurs, notamment à l’étranger. Elle possède une activité au Royaume-Uni (12,9 millions d’euros de CA en 2018), une activité de fourniture de services B2B aux opérateurs de paris sportifs nommée Spynsol (implantée en Afrique du Sud, au Canada, au Royaume-Uni, en Suède et à Malte), une filiale canadienne ainsi qu’une solution d’animation de technologie digitale.
  • Et d’autres participations : la Société de Gestion de l’Echappée (SGE) possédant l’équipe cycliste Groupama-FDJ, Beijing Zhongcaï Printing Co, qui imprime des tickets de grattage, et d’autres participations plus mineures.

 

Un fonctionnement totalement inédit

Le grand classique du compte de résultat pour une entreprise cotée en Bourse commence par le chiffre d’affaires et s’achève par le résultat net. Pour la FDJ, le chiffre d’affaires n’est qu’une partie infime de l’immense somme d’argent qu’elle brasse.

Premier acteur français en termes de jeu d’argent et de hasard, deuxième européen et quatrième mondial, la FDJ a enregistré 15,8 milliards d’euros de mises en 2018, dont 12,8 milliards sont issus de loterie et 3 milliards proviennent des paris sportifs.

Afin de déterminer le chiffre d’affaires de la FDJ, il faut d’une part déduire la partie des mises reversée aux joueurs sous forme de gains. C’est ce que l’on appelle le TRJ (Taux de Retour aux Joueurs). En 2018, celui-ci s’est élevé à 67,6%. Cela signifie que pour 100€ misés, la FDJ reverse 67,6€ aux joueurs.

 

Une entreprise sous le joug étatique

Le PBJ (Produit Brut des Jeux) était donc de 5,1 milliards d’euros. L’Etat applique ensuite des prélèvements publics correspondant à environ 20% des mises, soit 3,3 milliards d’euros.

Reste à la FDJ un Produit Net des Jeux égal à 1,77 milliard d’euros, ce qui correspond à seulement 11,2% des mises. Une part presque deux fois inférieure à ce que perçoit l’Etat.

Comptes FDJ 2018L’Etat bénéficie d’autant plus de la FDJ que l’entreprise est également soumise à l’impôt sur les sociétés (près de 85 millions d’euros en 2018) mais aussi dans la mesure où il continuera de toucher ses dividendes, de l’ordre de 25 millions d’euros sous les conditions actuelles (participation de 20% et dividende global de 125 millions d’euros). Si le spot publicitaire vante 3,5 milliards « reversés à la collectivité pour soutenir des projets utiles à tous », il s’agit bien en réalité de la somme de très lourds prélèvements et du paiement des impôts adéquats.

 

Quelle sera la rentabilité de l’action FDJ ?

La FDJ affiche une croissance annuelle des mises de l’ordre de 5%. Sa part touchée en tant que produit net des jeux a tendance a cependant diminuer dans la mesure où les paris sportifs, dont le TRJ atteint 76% sur les points de vente physiques et 85% sur Internet (conformément aux limites définies par l’ARJEL). Elle s’élève à 11,1% sur les premiers mois de 2019.

Mises FDJ
Source : document de référence de la FDJ

Mais ce qui compte lorsque l’on analyse une entreprise, ce ne sont pas ses revenus, mais ce qu’elle gagne in fine, c’est-à-dire son résultat net. Pour la FDJ, celui-ci a était de 159,1M€ en 2015, de 176M€ en 2016, de 181M€ en 2017 et 170M€ en 2018, un repli expliqué en partie par l’évolution du résultat financier, passé de +4,5M€ à -1,5M€.

Dans le même temps, la FDJ a mis en place une politique généreuse de distribution de dividendes à ses actionnaires et prévoit de la maintenir : 80% de son résultat net sera redistribué chaque année à ses détenteurs de titres tandis que le reste sera ré-investi dans le développement de l’entreprise.

En 2018, chaque action FDJ a généré 610€ de dividende. Dans la mesure où 955 nouvelles actions en représentent une ancienne, cela représente un dividende par nouvelle action de 0,64€.

En considérant un prix d’introduction en Bourse compris dans la fourchette 16,50-19,90€ (soit 16,17€ et 19,50€ après la remise de 2% consentie pour les particuliers), une action FDJ produit un rendement annuel compris entre 3,28% et 3,96%. Un rendement boosté de près de 10% grâce à l’octroi d’une action gratuite pour 10 détenues au bout de 18 mois. Le niveau de rendement serait proche de la moyenne 2018 des actions du CAC40, égal à 3,8%.

En milieu de fourchette, la FDJ affiche un multiple d’EBITDA (excédent brut d’exploitation) de 10,7 et un PER (nombre d’années de résultat net) de plus de 20, difficile à comparer avec d’autres entreprises dans la mesure où aucune autre entreprise cotée sur le marché ne dispose des mêmes modalités opérationnelles.

 

Une configuration de marché paradoxale

Les marchés financiers sont aujourd’hui au plus haut, après une fin d’année 2018 terrible, qui a vu les indices boursiers mondiaux fondre de 10 à 25% en quelques semaines, l’année 2019 affiche des performances très élevées. Le CAC 40 a progressé de plus de 25% (sans prise en compte des dividendes) depuis le début de l’année, mouvement de hausse qui s’est amplifié au mois de novembre, où de nombreux seuils ont été franchis à la hausse. Aux Etats-Unis, le S&P 500, un des principaux indices boursiers, affiche une progression de 20% depuis le début de l’année. Pour l’indice technologique du NASDAQ 100, cette hausse dépasse les 31% !

Graphique NASDAQ 100

Les acteurs des marchés financiers sont nombreux à dénoncer aujourd’hui une décorrélation évidente entre le niveau des marchés financiers, aux plus hauts historiques, et ceux de la situation économique réelle, marquée par des craintes de ralentissement globalisé.

L’Allemagne affiche une croissance ridiculement basse (et a évité de peu une entrée en récession grâce à une croissance infinitésimale au troisième trimestre 2019), le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine continue de faire les beaux jours de la presse économique.

Bref, la situation est plutôt défavorable à la poursuite d’une hausse marquée. En guise d’exemple, l’action Apple a gagné plus de 80% (en dollars) depuis le début de l’année !

Combien aurais-tu si tu avais acheté des actions Apple au lieu du dernier iPhone ?

 

Une entreprise en situation de monopole

Si la FDJ se développe d’une manière aussi importante aujourd’hui, c’est avant tout par la préservation de son statut de monopole confié par l’Etat. Ce monopole sur ses activités de loterie, de jeux de grattage et de paris sportifs en lieu physique a été reconduit pour une durée de 25 ans par l’Etat, en échange d’un paiement de 380 millions d’euros.

 

Un monopole menacé ?

Quels éléments pourraient justifier le maintien d’un tel monopole, à un horizon aussi lointain que 25 ans ? A l’heure où les clivages politiques et où les idéologies dominantes se font balayer en un revers du main (victoire de Macron en 2017, de Trump en 2016 ou encore l’accession au siège de Premier ministre de Boris Johnson en 2019 sont là pour nous le rappeler), ce facteur de risque lié à un changement politique ne saurait être sous-estimé.

La Commission européenne, qui a profondément renouvelé de nouveaux marchés par une ouverture parfois contrainte à la concurrence, pourrait se pencher sur le cas dans les années à venir, ce qui incite la FDJ à préciser  qu’« il ne peut être exclu qu’au cours de cette période, le cadre général relatif à l’exploitation des jeux d’argent et de hasard évolue vers une libéralisation du secteur, avec une ouverture à la concurrence des segments actuellement exploités sous droits exclusifs ou vers la légalisation de jeux aujourd’hui interdits en France (par exemple, casino en ligne ou machines à sous ou Video Lottery Terminals en points de vente hors casinos) ». S’attendre à ne subir aucun changement d’ici 2044 relève donc d’un pari audacieux.

 

L’exemple des paris sportifs

Quel serait le comportement de la FDJ en cas de fin de monopole ? L’exemple des paris sportifs est probant. Le marché, ouvert depuis le début de la décennie, sous l’égide de l’ARJEL, permet à 13 acteurs aujourd’hui de proposer aux joueurs de parier en ligne sur divers événements sportifs. Il s’est pas sans remarquer que tous ces opérateurs multiplient les campagnes d’acquisition afin de toucher au mieux leur audience.

La FDJ, avec son offre ParionsSport se bat avec Betclic pour figurer sur le podium, loin derrière Unibet et Winamax, leaders du marché selon les données compilées par l’outil de veille Similarweb.

Classement Trafic Sites Paris SportifsCes acteurs privés disposent d’une audace dans leur communication (à l’instar du compte Twitter de Winamax) ainsi que d’une capacité à attirer des clients en misant sur les faiblesses de l’acteur historique. Par ailleurs, la FDJ reconnaît ce risque en mentionnant à la page 14 de son document de référence :

« La concurrence entre les opérateurs de paris sportifs en ligne est également très vive en termes de cotation et de développement extrêmement rapide de nouvelles offres et de nouvelles fonctionnalités. Cette concurrence pourrait encore s’intensifier sous l’influence de l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux sur le marché.

Dans cet environnement concurrentiel où l’innovation produits est clé, FDJ réalise d’importants investissements pour anticiper et adapter son offre aux attentes des joueurs. Toutefois, FDJ est en concurrence avec des acteurs de taille plus importante, disposant de moyens technologiques supérieurs et qui bénéficient d’économies d’échelle en proposant à leurs clients non seulement des paris sportifs en ligne mais également d’autres types de paris et de jeux en ligne tels que les paris hippiques en ligne et le poker en ligne, tant en France qu’à l’international. Il ne peut donc pas être exclu que les actions mises en œuvre par le Groupe pour maintenir l’attractivité et la compétitivité de ses offres se révèlent insuffisantes, en raison notamment de l’avance et/ou de la couverture des acteurs spécialisés. En cas d’échec de son plan stratégique en matière de paris sportifs, en particulier en ligne, FDJ pourrait être confrontée à un décrochage global de son offre de paris sportifs et voir le succès de ses offres s’affaiblir, ce qui pourrait à terme avoir un impact défavorable significatif sur l’activité, les résultats, la situation financière et les perspectives du Groupe. »

 

Une entreprise non-exempte de tout risque judiciaire

En supplément des différents risques mentionnés par La FDJ est également en cours de procès avec la Soficoma, une société représentant les intérêts des courtiers-mandataires, qui est entrée au capital de la FDJ en 1988 à hauteur de 3%. Ils étaient en charge de la distribution des activités de la FDJ jusqu’en 2014, où un changement de politique interne leur a fait perdre leurs contrats.

Le Conseil d’Administration de la FDJ a décidé unilatéralement de racheter cette participation pour un total de 15 647 940€, ce qui donne une valorisation de l’entreprise de seulement 521,6 millions d’euros, bien inférieure aux plus de 3 milliards actuellement attendus par les marchés financiers. Au niveau de valorisation actuel, cette participation vaudrait plus de 100 millions d’euros.

 

Avertissement : Les informations contenues dans cet article ne constituent en aucun cas une recommandation ou un conseil adapté à une situation patrimoniale personnelle. La société éditrice du site Business-Cool.com, n’est aucunement responsable de l’utilisation par ses lecteurs des informations ici fournies.

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