Avant d’avoir fondé Germinal, une société qui accompagne de très grandes entreprises dans leur stratégie de growth hacking, Grégoire Gambatto a connu de nombreuses déroutes. Alors qu’il était dans le top 10 de sa prépa, il rate complètement les concours d’entrée des Grandes Écoles de commerce. Mais l’entrepreneur a su rebondir et aujourd’hui, il donne même des cours aux étudiants de HEC !

 

Comment s’est passée ton expérience en prépa ?

Après ma Terminale, j’ai intégré Champollion à Grenoble. Je suis arrivé major au premier DS de maths, alors que j’avais fait seulement la moitié du DS, et dans mon raisonnement de lycéen, c’était très mauvais signe…Je ne vous raconte pas dans quel état j’étais. J’étais euphorique ! Moi, l’élève de ZEP qui pensait ne pas avoir le niveau, je voyais un monde s’ouvrir devant moi. Malheureusement, je n’étais clairement pas aussi bon dans les autres matières, j’avais un profil très déséquilibré. J’étais dernier en anglais. J’aimais beaucoup les cours, mais je n’appréciais pas forcément l’ambiance qui me mettait très mal à l’aise, même si avec le recul c’était plutôt moi qui étais inadapté. Je pense pouvoir dire que j’étais dans une prépa assez bienveillante.

Je suis arrivé au concours assez démotivé, je ne savais pas trop ce que je voulais. J’avais beaucoup révisé, mais je n’y croyais pas. Je n’avais pas présenté les Parisiennes, j’avais vraiment le sentiment que, même si je les décrochais, j’allais y être malheureux. Je visais Grenoble École de Management, l’école de ma ville pour rester proche de mes amis et je m’étais dit que ce serait facile vu les notes que j’avais. Mais j’ai loupé l’épreuve de maths. Habituellement j’aurais eu 19, mais là j’ai eu 12. Me voilà sans école, sans aucune idée de ce que je pouvais faire.

 

Comment as-tu réagi ?

Je n’ai eu aucune école du top 7. Une de mes professeures m’a dit qu’il fallait cuber, mais je ne me voyais vraiment pas refaire une année vu le mal-être qui m’habitait. Et j’ai donc décidé de quitter la prépa, sans doute le meilleur choix de ma vie, mais très difficile à ce moment-là. Je voulais enfin vivre libéré de la pression permanente que je m’infligeais. Je suis donc parti en fac de droit, j’hésitais avec les mathématiques, mais je me suis dit qu’il y aurait plus de débouchés. J’ai très bien réussi mon premier semestre, à mon grand soulagement. J’étais à ce moment-là dans une période de doute complète, et ça m’a rassuré. Les méthodes de travail de prépa avaient payé. J’ai vraiment adoré la liberté de pouvoir venir en cours quand je voulais – j’avais également décidé de partir de chez mes parents, je travaillais donc pour payer mon appartement. J’ai aussi pu reprendre le rugby. Je me sentais vraiment épanoui.

 

C’est à ce moment que tu as fait tes débuts en tant qu’entrepreneur ?

J’ai lancé un projet de startup en L2. Mais c’est resté à l’état de simple projet. En revanche, en M2, j’ai rejoint une équipe de deux personnes pour créer un site de e-commerce de produit made in France. Ça n’a pas marché, mais j’ai appris beaucoup de choses en tentant quasiment l’impossible pour faire venir quelques malheureux clients sur le site. C’est en me voyant essayer toutes ces choses un peu “borderline” que quelqu’un m’a lancé : “tu ne ferais pas du growth hacking toi” ? J’ai fait des recherches sur internet, j’ai trouvé que le fait de générer de la croissance non conventionnelle était assez cool. J’ai décidé que ce serait mon nouveau titre. Ça sonnait beaucoup mieux que community manager (enfin, selon moi).

Je suis ensuite parti en stage de fin d’études dans un espace de coworking. Le fondateur m’a donné un maximum de liberté. J’ai pu créer une formation en growth hacking. Avec un succès incroyable, j’ai accompagné une centaine de personnes ! C’était la première fois qu’une de mes idées de business générait plus de 100 euros. Je me souviendrai de ce moment toute ma vie : quand j’ai vu des gens venir vers moi s’inscrire et payer la formation après ma conférence de présentation.

Cela m’a ensuite permis de donner mes premiers cours. Je ne vous raconte pas ma fierté ! On a même lancé un accélérateur qui a aidé quelques entreprises. J’ai ensuite créé Germinal, il y a un an et demi. Nous avons réalisé 1,4 million d’euros de CA lors du premier exercice comptable avec seulement 20 salariés. Aujourd’hui, on accompagne de grosses entreprises du CAC40, mais aussi les startups qui ont levé d’importantes sommes d’argent.

 

L’université : une bonne école quand on veut devenir entrepreneur ?

J’y ai appris à travailler en autonomie, à m’organiser et à prioriser. J’ai également développé ma productivité et mon efficacité. Mais la prépa m’a également beaucoup enseigné. Grâce à mon passage en CPGE, je sais structurer ma pensée. J’ai également développé une culture de l’échec avec tout ce que j’ai manqué… J’essaie, sans relâche, jusqu’à ce que ça marche ! J’arrive à conserver cette rage.

 

Comment as-tu été amené à donner des cours HEC ?

Au début, j’ai donné des cours à l’IAE de l’Université Savoie-Mont-Blanc. J’ai ensuite écrit un livre sur le growth hacking et je me suis fait remarquer grâce à la formation que j’ai donné. On m’a repéré pour intervenir à Grenoble INP, puis à GEM. C’était un moment incroyable, l’école qui m’avait refusé m’ouvrait ses portes pour venir enseigner (seulement, quatre heures au début, mais c’était OUF).

On m’a ensuite proposé de gérer un cours complet de 80 heures à Montpellier Business School. Puis j’ai été invité au CEO Talk d’ESCP Europe. J’ai convaincu l’école qui m’a demandé d’enseigner quatorze heures. Cyril Pierre de Geyer m’a repéré et m’a proposé d’intervenir pour l’introduction de son cours à HEC. On m’a ensuite donné l’opportunité d’enseigner à l’école pour un programme complet.

J’avais rêvé de ce moment comme la revanche ultime, mais en fait ça m’a juste apaisé. Je pouvais arrêter de haïr le système, la boucle était bouclée. J’ai pu passer à autre chose.

 

Quelle est la suite pour toi ?

Je vais continuer à donner des cours, parce que j’adore ça ! J’aime n’intervenir que pour l’introduction et envoyer un collaborateur de Germinal enseigner le reste du cours, car nous recrutons des profils atypiques. Les étudiants sont friands de ces intervenants au parcours atypique. Ils donnent un nouveau souffle. Les élèves voient qu’on peut réussir de différentes façons.

 

Quel est ton conseil pour les gens qui n’osent pas sortir des sentiers battus ?

Il suffit d’un peu de bonne volonté pour faire évoluer le système. Il faut réaliser tout le potentiel qu’ont les étudiants. Ils peuvent réaliser de grandes choses ! Certains cherchent à avoir la meilleure école. Mais il est plus dur de trouver ce qui vous plaît que d’avoir la meilleure note. Le jour où j’ai quitté la prépa, je suis reparti d’une page blanche. Fini le chemin tout tracé ! Mais je suis très content d’avoir échoué à mes concours. Je n’aurais jamais quitté de moi-même cet univers et je pense que j’aurais fait un burnout à 35 ans.

 

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