Qui n’a jamais subi ces longues minutes pendant lesquelles il a fallu écouter un collègue ou un professeur en train de lire machinalement ses slides lors d’une présentation orale ? La réponse est certainement : personne. Le PowerPoint est désormais un outil planétaire, utilisé quotidiennement par chacun, ou presque.

Mais s’est-on déjà intéressé au pourquoi du comment d’une telle diffusion monopolistique ? Dans quel contexte cet outil qu’on connaît par cœur s’est-il développé ? Quelles implications cognitives et relationnelles supposent ses modalités d’utilisation ? Y a-t-il des secteurs plus enclins à utiliser les fameuses slides ? Bref, les questions sont multiples sur ce phénomène de « PowerPointisation du monde ».

Voici une invitation à une petite pause analytique et réflexive sur cet outil. L’article qui suit s’appuie largement sur le livre du journaliste Franck Frommer : La pensée PowerPoint, enquête sur ce logiciel qui rend stupide. Il se situe à mi-chemin entre une fiche de lecture et une incitation à ouvrir les yeux, pour appréhender cet outil autrement.

Enquête sur les sources d’ennui face à une présentation PowerPoint (thinkoutoftheslide.com)

 

La genèse de PowerPoint : de la « firme de marché » à la « cité par projet »

Un peu plus de 30 ans après son lancement, Microsoft estime aujourd’hui à environ 35 millions le nombre de présentations PowerPoint données chaque jour. On compte aussi plus de 500 millions d’utilisateurs mondiaux. En quelques décennies, le logiciel est devenu un instrument colossal et a pu bénéficier d’un contexte favorable ayant facilité son expansion.

 

Le besoin de visuels graphiques naît au cœur de la « firme de marché »

Avant que n’apparaisse, à la fin des années 1980, l’instrument au logo orange de la suite Windows, la présentation graphique était une pratique déjà en vigueur dans les entreprises américaines. En effet, c’est dans les décennies 1910 et 1920 qu’émerge le besoin d’instruments visuels à utiliser comme des outils de gestion.

Le développement de ce que l’économiste Alfred Chandler appelle les « firmes de marché » rend nécessaire la production de visuels. Ces entreprises réalisent dès lors l’ensemble du processus productif, de la conception à la distribution, en passant par la production. 

Le graphique devient la réponse limpide et synthétique pour communiquer entre les différentes entités de la firme. À l’époque, il existe dans les grandes entreprises des chart rooms, soit des pièces où sont affichés les nombreux tableaux de chiffres et les graphiques des différents départements de l’entreprise.

 

La chart room de l’entreprise Dupont (USA) en 1922. Source Hagley.org

 

L’époque des projecteurs et des transparents laisse vite place aux NTIC

Afin de répondre à cette demande d’outils pour les présentations graphiques, la firme 3M (largement connue pour ses post-it et son scotch) va devenir un acteur majeur du marché. Elle lance en 1962 son produit phare en la matière : le rétroprojecteur et les fameux transparents.

Bien que l’informatique ait été lancée dès les années 1960, elle est restée largement centralisée et peu accessible jusqu’au milieu des années 1970 en raison de sa complexité. En 1974, le marché du micro-ordinateur s’ouvre et rapidement, les premiers postes informatiques font leur apparition dans les entreprises. Microsoft voit le jour en 1976. Le développement des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) s’amplifie considérablement dès 1985. La première version de PowerPoint, conçue par Robert Gaskins, voit le jour en 1987.

 

L’apparition d’un outil pour la « gestion des projets »

La naissance de PowerPoint n’est pas sans lien avec la modification profonde des méthodes de management dans les entreprises. Parallèlement à l’apparition de l’informatique, les entreprises repensent leurs modèles de gestion dans les années 1980. La vision rationnelle, cloisonnée, standardisée et hiérarchique issue de l’organisation scientifique taylorienne du travail laisse place à plus d’autonomie, de mobilité et de flexibilité. La division sociale du travail entre les exécutants et les dirigeants s’atténue. L’entreprise devient moins hiérarchique, plus ouverte et planifiée.

L’organisation « par projet » constitue la réponse idéale aux modifications du management à l’époque. Les projets sont menés par des équipes autonomes aux leaders charismatiques. Ce nouveau paradigme sociétal est ce que Luc Boltanski et Ève Chiapello nomment la « cité par projet ». Le principe supérieur est celui de l’activité, permis par la connexion et la coordination des individus.

Ces transformations vont augmenter le besoin de communication et de partage d’informations au sein des équipes désormais interdépendantes et composées d’individus engagés sur divers projets de manière simultanée. L’injonction à communiquer se traduit par la création d’outils, de procédés et d’espaces permettant l’échange. La réunion devient alors l’instrument favori. Plus ou moins ritualisée, elle permet de constater, d’avancer, de négocier, de décider, etc.

Qui dit réunion, dit forcément PowerPoint. Il devient l’outil par excellence de l’employé du XXIe siècle : en mission, mobile, adaptable, innovant et habile pour communiquer. La présentation ppt devient vite indispensable. Rapide, peu coûteuse et efficace, elle affiche un caractère global et presque « évangélique », car elle diffuse un langage universel. En fait, la présentation PowerPoint répond aux vertus du nouveau management : esprit de synthèse, schématisme, transversalité et collaboration.

 

Travailler avec PowerPoint : une efficacité hasardeuse

L’utilisation de l’outil PowerPoint a explosé, car celui-ci offre une manière pratique et efficace de travailler. Toutefois, cette utilisation a des conséquences sur la qualité de l’information produite et les relations interpersonnelles en jeu.

 

L’attrait d’un outil pragmatique et synthétique

Le succès de l’outil PowerPoint s’explique avant tout par sa praticité et les avantages qu’il procure. Le support composé de slides permet de créer, modifier et réorganiser la présentation à n’importe quel moment. Partageable, il facilite aussi le travail collaboratif. En réunion ou chacun de son côté, tous les collaborateurs peuvent apporter leur pierre à l’édifice du PowerPoint, ce qui contribue en fait à un outil aux apparences démocratiques. Chaque employé co-écrit autant de présentations PowerPoint qu’il a de projets dans lesquels il est tantôt leader, tantôt piloté.

Le PowerPoint devient aussi l’unique livrable final. Il permet de faire d’une pierre deux coups à l’heure d’une intensification accrue des rythmes et des délais très serrés. Le support du rendu final ne sera que la version améliorée des différentes présentations ayant servi à faire avancer le projet. L’existence de modèles types, appelés framework, permet de recycler les présentations pour gagner du temps.

 

La mise en scène de soi : un salarié acteur mais contrôlé

La fin de la période des Trente Glorieuses fait émerger de profondes modifications dans le rapport individuel et collectif au travail. Peu à peu, ce dernier se transforme en un espace favorisant l’autonomie, la réalisation de soi et l’équilibre personnel. La présentation PowerPoint n’est pas sans lien avec ces injonctions puisqu’elle favorise une certaine mise en scène de soi, de son activité et de ses compétences.

Une présentation PowerPoint pendant une réunion prend vite l’allure d’une petite pièce de théâtre où se mêlent artifices, effets dramaturgiques et émotions. Plus encore, on peut parler d’un « spectacle total » pour deux raisons principales. D’une part, le support en lui-même suppose de son auteur une certaine recherche esthétique, une expression de sa créativité. D’autre part, c’est une vraie performance, en direct, que se doit de réaliser l’employé, prenant alors l’allure d’un maître de cérémonie ou d’un présentateur télé. Il doit capter par son discours oral tout en ayant un support écrit équilibré (les slides peuvent paradoxalement faire concurrence à leur présentateur).

Sous cet espace ouvert à l’expression et à la créativité se cache en réalité un fort contrôle. La présentation PowerPoint, tant sur le fond que sur la forme, sert d’évaluation dans le cadre d’une entreprise dite « libérée ». Là où les individus sont autogérés et mobiles sur plusieurs unités de lieu et de temps, les slides permettent d’évaluer le travail de chacun et donc sa légitimité. Lors de sa présentation, l’individu est implicitement contrôlé par ses collaborateurs sur sa capacité à communiquer sur les tâches accomplies.

 

Le style d’écriture ppt au service d’une argumentation chétive et dépersonnalisée

L’une des caractéristiques principales de PowerPoint réside dans le choix des structures linguistiques. Pour répondre à la contrainte du format, il faut communiquer de manière brève, efficace, rapide et en parfaite cohérence avec les exigences temporelles et productivistes du capitalisme. Pour autant, les pratiques sémantiques du PowerPoint engendrent un appauvrissement du discours.

Le premier élément est l’utilisation systématique de la liste de mots, les fameux bullet points. Même si l’utilisation des listes est antérieure à l’apparition du logiciel PowerPoint, il est évident que ce dernier a participé à leur diffusion. Plus lisible, plus proche de la forme du tableau, la liste symbolise l’ordre et la clarté. Elle véhicule une sensation de maîtrise du monde, néanmoins fictive. En effet, les concepts étant séparés et non coordonnés, la compréhension des liens entre les idées est très limitée. Tout repose sur l’explication d’un orateur. Encore faut-il qu’il existe (pourtant, nombreuses sont les présentations reçues par mail) ou qu’il ne se contente pas de lire ses slides

En outre, le recours à des phrases nominales (sans verbe) permet d’aller droit au but dans la diffusion de l’information. Cela neutralise surtout l’énoncé, dans la mesure où les marques personnelles et les marques de temps disparaissent. Ce discours froid est aussi favorisé par l’utilisation de verbes au mode infinitif, la forme la plus neutre et institutionnelle.

Le PowerPoint est friand de figures de style, étant là pour « vendre » une idée. Les présentations regorgent d’amplifications, de raccourcis et d’euphémismes. L’art du PowerPoint réside dans cette habilité à arrondir les angles, à masquer certains aspects d’une réalité, bref, à donner l’illusion de tout dévoiler grâce à un langage « PowerPointement correct ». L’utilisation de citations et du verbatim accentue la dépersonnalisation du fond du discours. L’autre, le client, l’inspirateur se substitue au « je » de l’orateur.

 

Exemple d’un modèle de PowerPoint « prêt à l’emploi » (source slideteam.net)

 

Les dangers d’un manque de rigueur visuelle

L’outil PowerPoint est aussi puissant que néfaste, dans la mesure où l’apparente présentation visuelle lisse et condensée occulte en réalité les failles d’un raisonnement ou les vacuités d’une proposition.

La première limite empêchant tout étaiement et développement précis d’un raisonnement donné est une contrainte de forme. PowerPoint se fonde sur la représentation « rectangulaire » de l’espace, en vigueur depuis la Renaissance (et les traités de Leon Battista Alberti). La vision du monde rectangulaire favorise la concision, la neutralité et la clarté. Toutefois, ce cadre constitue une vraie contrainte dimensionnelle, car les explications ne peuvent pas être détaillées, faute de place.

Plus encore, l’insertion d’éléments (photos, graphiques, etc.) entrave bien souvent la compréhension globale du document. D’un côté, un PowerPoint sans image semble inconcevable, comme si tout devait être illustré. Le biais provoqué par l’illustration (qui peut être informative, décorative, rhétorique ou divertissante) est le suivant : l’image fait appel aux émotions et non à la raison. D’un autre côté, les graphiques chiffrés manquent souvent de rigueur. Ils sont souvent imprécis, voire incorrects, au profit d’une apparence esthétique. La tendance à multiplier les éléments altère la qualité de l’information, sa réception, son assimilation et in fine sa crédibilité. On obtient donc le contraire de ce qui était attendu, à savoir rendre lisible et intelligible une explication.

 

Source : Topito les pires présentations PowerPoint

 

La galaxie des slides ou comment PowerPoint est devenu un média planétaire

L’utilisation de l’outil PowerPoint a eu lieu partout et très rares sont les secteurs qui n’ont jamais proposé de slides pour une quelconque présentation ou un exposé oral.

 

Le PowerPoint : la raison d’être des consultants

Même si quelques entreprises de conseil ont vu le jour au début du siècle dernier, la grande majorité des cabinets ont émergé dès les années 1970 et 1980. La profession a grandi à mesure que les entreprises ont dû revoir leur organisation. Ces nouveaux thérapeutes, spécialisés en stratégie, en communication ou en système d’information ont épaulé les entreprises pour faire face à la vague des nouvelles technologies. Main dans la main, il s’agissait d’œuvrer pour répondre aux objectifs managériaux de contrôle, maîtrise, efficacité et performance.

 

 

Les consultants ont donc aisément trouvé leur place dans le modèle du management par projet. Souvent issus de formations d’ingénieurs ou de commerce, ils ont démontré, et démontrent encore, des capacités de modélisation, de formalisation intelligible d’un problème complexe. Beaucoup de modèles, ou de matrices, encore utilisés aujourd’hui ont vu le jour aux États-Unis. Le modèle PDCA (Plan Do Check Act créé en 1950), la matrice BCG (Boston Consulting Group, créée en 1963), les 5 forces de Porter (1973), le SWOT (1960) sont autant de bases adaptées et modifiées par les consultants selon l’entreprise, sa taille, son secteur, etc. L’analyse de la situation, sous le prisme des matrices, permet de faciliter la prise de décision dans une situation complexe.

Bien évidemment, le support par excellence pour communiquer avec le client se trouve être le PowerPoint. En règle générale, il constitue même le seul support de travail : les slides des rencontres et les discussions intermédiaires servent à constituer l’unique livrable final. Dans certains cabinets, il existe même des services graphiques pour uniformiser et esthétiser les slides, d’un consultant à l’autre, selon la charte graphique et les couleurs du groupe.

 

L’armée et le PowerPoint : un lien fort

Si l’on s’intéresse au lexique souvent utilisé dans les présentations en entreprise, on retrouve très fréquemment le champ lexical militaire. Tactique, conquête, feuille de route, position, campagne, fenêtre de tir, cible... sont autant d’expressions plus que courantes. Au-delà de devoir mobiliser les troupes, il s’agit de rassembler les employés comme des guerriers pour vaincre la compétition économique. Cela illustre le rôle stratégique des présentations, emprunté au monde militaire.

Historiquement, l’armée est l’un des premiers grands utilisateurs de cet outil de production et de simulation de situations. La possibilité d’inclure plusieurs médias dans un seul support et la rapidité d’exécution ont conquis le secteur militaire. Le support PowerPoint dépasse les cadres hiérarchiques et est aussi bien utilisé pour des présentations officielles et importantes que sur le terrain par les régiments.

 

Formation des soldats grâce à un support PowerPoint (source Popularmilitary.com)
Présentation PowerPoint du général Colin Powell faite à l’ONU le 5 février 2003 (source welt.de).

 

Victime de son succès, l’utilisation du PowerPoint est de plus en plus critiquée dans le milieu militaire. Sa praticité n’efface pas sa dangerosité. En effet, cet outil peut devenir dangereux dans la mesure où, avec le réflexe des bullet points, il donne l’illusion de la compréhension et du contrôle de la situation, car il en occulte la complexité.

 

Modèle de présentation PowerPoint à destination des militaires, disponible sur Somaek.com

 

Le PowerPoint et le secteur public

L’État français non plus n’est pas épargné par l’utilisation des fameuses slides. Cela est en partie dû à la mutation du modèle étatique, en vigueur depuis les années 1990. Cette évolution du paradigme étatique est concomitante à la mise en place de réformes de l’administration, visant à augmenter l’efficacité du service tout en réduisant les dépenses et les ressources nécessaires.

Auparavant, l’État français possédait une troupe abondante de gestionnaires formés dans les Grandes Écoles (comme l’ENA ou Sciences Po). Pour mettre en place les réformes, ces experts fonctionnaires se rendaient sur le terrain pour évaluer la situation. Des négociations se mettaient alors en place avec les parties prenantes. Cette façon de faire était toutefois longue et coûteuse. Graduellement, l’externalisation des dossiers publics à un cabinet d’audit s’est mise en place. Aujourd’hui, le secteur public représente 10 % des missions des cabinets de conseil en France.

 

 

Cette façon de faire s’avère beaucoup moins coûteuse et redoutablement efficace. En effet, l’intervention de personnes externes aux services permet de neutraliser et de dédramatiser le diagnostic. Le PowerPoint opère comme un écran déresponsabilisant. La complexité de la situation s’évapore à travers les bullet points. Ces derniers rendent objective la relation entre ceux qui ont le pouvoir d’agir et ceux qui subiront les conséquences de la décision. Le travail se dépersonnalise. Les responsables n’ont alors plus qu’à appliquer la décision préconisée sur le PowerPoint du consultant, ce dernier effectuant la mission et remplissant des slides pour l’État comme n’importe quelle autre mission.

 

La conquête de l’École

L’apparition des NTIC au sein de l’École démarre aux États-Unis, dans les années 90. Support de cours, exposé d’un étudiant, activité pédagogique, présentation de thèse… De l’école élémentaire jusqu’à l’université, le PowerPoint est aujourd’hui devenu un outil quotidien des salles de classe et des amphithéâtres.

La diffusion massive des supports PowerPoint à l’École est à mettre en lien avec les théories du capital humain. Ces dernières supposent que chaque individu est porteur de connaissances, savoirs et savoir-faire, qu’il peut accumuler tout au long de sa vie, comme du capital. L’élève est alors davantage perçu comme un individu qui évoluera quelques années plus tard dans le monde de l’entreprise. Pour cela, il doit développer des compétences utiles en entreprise et se familiariser le plus tôt possible avec ses codes. L’utilisation des slides, le développement des ENT (espaces numériques de travail, sorte d’intranet où l’élève retrouve ses notes, son emploi du temps, etc.) et les tableaux numériques permettent aux étudiants d’adopter les logiques numériques et d’entreprise.

Cette démocratisation des NTIC n’est pas sans conséquence sur les aptitudes à assimiler les connaissances. En effet, de nombreux travaux de recherche ont souligné les difficultés à comprendre, synthétiser et retenir un cours sur PowerPoint. La disparition de la prise de notes à partir du discours oral du professeur met en danger la compréhension de la complexité des concepts. Les problèmes de concentration sont aussi alarmants.

Les disciplines des sciences dites « dures » (mathématiques et physique) utilisent massivement l’outil PowerPoint. Cela s’explique par un habitus graphique, c’est-à-dire la tendance à la modélisation pour lequel PowerPoint répond efficacement. De même, les professeurs de gestion, marketing ou encore de comptabilité plébiscitent le PowerPoint. Il s’agit d’utiliser en cours le même support qu’en entreprise. Au contraire, certaines disciplines comme les sciences humaines, la littérature et l’histoire sont bien moins friandes des slides. Le PowerPoint dérange par son lien direct au monde de l’entreprise, dont les valeurs et les façons de faire s’opposent aux pratiques de ces disciplines bien plus discursives.

Par ailleurs, le cours donné à l’aide d’un support PowerPoint est perçu comme un spectacle où le professeur réaliserait une performance. Comme en entreprise, le professeur est jugé par sa capacité à capter l’audience et à désigner ses slides (et non plus à expliquer la complexité d’un concept). De l’autre côté, les élèves connaissent de nouvelles modalités d’évaluation. Les dissertations longues et étayées laissent progressivement place à une présentation orale qui doit détonner et impressionner les pairs, qui sont les nouveaux évaluateurs.

 

La fatale logique de la slide ?

PowerPoint a conquis la planète. Ce média à la fois puissant et paradoxal (car il fait appel à la créativité, mais est finalement très standardisé) correspond parfaitement aux valeurs de notre époque. Nous croyons plus en l’action qu’en la réflexion. Nous évoluons dans des temporalités rapides, dans l’instantané. Le spectaculaire nous séduit. Le minimalisme nous plaît, car il permet d’esquiver la critique.

À la lecture de cet article, on peut penser qu’il s’agit d’une fatalité : PowerPoint et sa réalité lisse et simplifiée nous abrutissent. La logique de la slide participe à la « PowerPointisation des esprits ». L’outil de la suite Office n’est pas le seul responsable de l’affaiblissement de notre esprit critique, mais il encourage fortement une forme de servitude volontaire.

Que faire alors ? Si l’on cherche des alternatives à PowerPoint, on tombe sur des listes recensant ses « concurrents », souvent gratuits. Mais ces derniers fonctionnent eux aussi sur la logique d’une réalité simplifiée, en bullet points décrits par des phrases nominales ! Un premier pas serait alors de sacraliser un peu moins le PowerPoint. Soyez donc « disruptif » ! Pourquoi ne pas tenter de laisser de côté les slides pendant une réunion ? Pourquoi ne pas imaginer un nouveau support, certes moins spectaculaire, mais permettant de remettre au centre la collaboration et l’échange ?
À bon entendeur !