Étudiant en troisième année de BBA à l’ESSEC, Maxence Harlaut revient pour Business Cool sur son parcours entre études exigeantes et handicap. De son intégration en école de commerce à son quotidien en fauteuil sur le campus, il évoque les défis rencontrés, les solutions trouvées et son regard sur l’inclusivité dans l’enseignement supérieur.
Le parcours scolaire de Maxence
Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Maxence Harlaut, je suis en 3e année au sein du BBA de l’ESSEC, et je suis également sportif de haut niveau en tir à la carabine en fauteuil, le para tir.
Pourquoi as-tu souhaité intégrer une école de commerce, et l’ESSEC en particulier ?
Au lycée, je n’avais pas spécialement d’idée. Je savais que je ne voulais ni être ingénieur ni médecin, donc j’ai commencé à me renseigner sur les écoles de commerce. J’ai passé le concours SESAME, et c’est lors des oraux que j’ai vraiment eu envie d’intégrer l’ESSEC. J’ai beaucoup aimé l’ambiance, autant au niveau pédagogique que sur le campus. J’ai eu tous mes choix, et c’est vers l’ESSEC que je me suis tourné.
As-tu toujours souhaité faire
de grandes études ?
Oui. Je pense qu’aujourd’hui, c’est important de faire des études. Peu importe son métier, il faut maîtriser ce que l’on fait.
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Quelle est ton ambition professionnelle ?
J’ai plutôt envie de me diriger vers le conseil. Après mes différents stages, j’ai réalisé que j’aimais me détacher de certaines tâches pour arranger les choses dans d’autres situations. D’ailleurs, je cherche en ce moment mon stage de fin d’études pour juillet. J’ai fait un premier stage en première année, pendant 3 mois, dans une entreprise qui s’appelle VISEO. Ils font du conseil dans le domaine informatique. J’étais dans l’équipe marketing et j’alimentais les réseaux sociaux. En 2e année, l’ESSEC propose l’Expérience terrain. C’est un programme obligatoire d’un mois où les étudiants vivent une expérience dans le caritatif ou l’humanitaire. Je me suis donc retrouvé à la Banque alimentaire, où j’ai travaillé dans les bureaux de la Fédération Française des Banques Alimentaires. Dans mes missions, j’avais notamment un rôle d’oreille extérieure pour les formations qu’ils proposaient. Une fois, j’ai assisté a une formation pour les cadres, et à la fin, j’ai donné tous mes feedbacks pour l’améliorer. C’était vraiment intéressant.
Tu dois réaliser des mobilités internationales durant ton parcours. Quels sont tes choix de prédilection et pourquoi ?
J’ai fait ma mobilité internationale à Barcelone entre septembre 2025 et février 2026. Je parle espagnol, donc je voulais m’améliorer. Les universités en partenariat avec l’école sont plutôt réputées et intéressantes et c’est aussi ce qui m’a convaincu. Sur place, les cours et la vie locale étaient super agréables. Il faut savoir que Barcelone est beaucoup plus adaptée que Paris en termes d’accessibilité, surtout dans les lieux publics.
As-tu eu des dispositions spéciales lors des concours pour intégrer le supérieur ?
Je n’ai pas eu d’aménagements spéciaux pour les concours, mis à part le tiers-temps que j’ai à l’écrit. J’écris sur un ordinateur, parce que c’est plus facile pour moi, mais à part cette obligation légale, je n’ai pas eu de dispositions particulières.
Les réalités du handicap dans sa vie d’étudiant à l’ESSEC
Quels ont été les plus grands défis à relever durant ta scolarité ?
À ce jour, mon plus grand défi a été d’avoir mon premier appartement tout seul. Quand j’étais à Reims, je vivais chez mes parents, et donc, en arrivant à Paris, j’ai dû emménager tout seul. Le plus compliqué a été de trouver des personnes à engager pour m’aider au quotidien. Je n’ai pas eu trop de difficulté à trouver un logement parce que je vis dans une résidence du campus. En tout, 24 logements adaptés aux personnes à mobilité réduite sont disponibles et d’autres chambres peuvent être aménagées selon les besoins de chacun. Le point positif, c’est que j’habite juste à côté du campus, donc je peux y aller en toute autonomie. Pour les résidences plus éloignées, l’ESSEC propose des services de navettes pour les étudiants.
Quels étaient les a priori que tu pouvais avoir avant d’intégrer l’ESSEC, et trouves-tu aujourd’hui que le campus est suffisamment adapté ?
Je n’avais pas spécialement d’a priori, je ne savais juste pas à quoi m’attendre. C’est vrai que j’ai été assez agréablement surpris une fois sur le campus. On a une référente handicap, madame Forget, qui est très impliquée. Le campus est vraiment très adapté. À part mettre le campus de l’ESSEC au soleil, c’est compliqué de faire mieux ! Si je compare au lycée, rien que les toilettes étaient un problème… Il n’y en avait qu’un seul accessible, alors que là, toutes les toilettes qui sont construites possèdent une cabine adaptée. C’est pareil pour les ascenseurs. Il n’y en avait qu’un dans tout le lycée, et ici, on en a deux par bâtiment, pour être sûr de ne pas rester coincé si ça tombe en panne.
Au niveau de la vie étudiante, c’est aussi très complet. Il y a plus d’une centaine d’associations, plein d’événements, et on peut s’y rendre avec les amis qu’on se fait en cours. Je suis dans une asso, le BDJ (bureau des jeux), qui propose des événements jeux de société, de cartes, vidéos… Il y a même une asso de saut en parachute, donc on a vraiment le choix.
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Dirais-tu que la recherche d’immersion dans le monde du travail est plus compliquée lorsqu’on est atteint d’un handicap ?
La recherche de stage n’est pas forcément plus difficile. Comme je suis à l’ESSEC, les recruteurs s’intéressent davantage à mes compétences avant de réfléchir à l’adaptation du lieu de travail. Évidemment, il y a toujours une grande question de logistique. Je vérifie surtout que ce soit bien accessible en transports en commun, qu’il n’y ait pas de marches à l’entrée du bâtiment, ou que les toilettes soient assez larges.
As-tu la sensation que le handicap est un sujet de plus en plus abordé et considéré au fil du temps ?
J’ai le sentiment que le sujet est un peu plus abordé, ne serait-ce qu’avec Brigitte Macron et son investissement dans la cause, mais entre en parler et les actes concrets, il y a une différence. Je ne trouve pas que, dans les faits, il y ait une véritable amélioration.
Te sens-tu représenté dans les études supérieures ou dans le monde professionnel ?
Pas spécialement, à part les Jeux paralympiques, je n’ai pas en tête de figure d’inspiration dans le monde professionnel. Après, je ne suis pas forcément en recherche. Je n’ai pas besoin que quelqu’un ait fait quelque chose avant moi pour me lancer. Je fais ce que j’ai envie, et je me pose les questions plus techniques après.
Si tu pouvais révolutionner l’enseignement supérieur en termes d’inclusivité, quel serait ton changement majeur ?
Faire appliquer la loi ! Quand on pense que ça fait 21 ans que la loi sur l’accessibilité dans les lieux publics existe, mais que personne ne l’applique, c’est vraiment agaçant. Après, il n’est pas nécessaire de faire des lois pour tout, mais il faut utiliser son bon sens.
Quel message aimerais-tu délivrer aux personnes qui te lisent ?
Concernant les personnes qui ont des handicaps, il faut qu’elles fassent ce qu’elles ont envie avant de s’inquiéter des solutions. Ce n’est pas parce qu’on a un handicap qu’on est complètement différent. Une fois assis derrière un bureau, ça ne se remarque plus.
