Le 6 novembre dernier, l’association Tribunes ESCP Europe a reçu Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse est revenu sur son parcours et sur les réformes actuelles mises en œuvre par le gouvernement.

 

Juriste et haut fonctionnaire français, Jean-Michel Blanquer fut successivement recteur d’académie, directeur général de l’enseignement scolaire auprès du ministre de l’Éducation nationale, directeur de l’ESSEC avant de devenir l’apôtre de « l’école de la confiance », pierre angulaire de son action rue de Grenelle.

 

L’école, l’État et la figure du professeur

Interrogé sur les mesures prises à la suite du suicide d’une directrice de maternelle de Pantin en septembre 2019, Jean-Michel Blanquer a insisté sur la nécessité d’aider les directions d’écoles en mobilisant plus de moyens humains et en allégeant les tâches administratives auxquelles elles sont soumises. Une évolution institutionnelle du statut de directeur se révélerait, elle aussi essentielle, bien qu’il n’existe pas encore de consensus sur ce point ajoute- t-il.

Si le respect de l’État a tendance à se dégrader, l’école et les professeurs restent, selon lui, globalement bien perçus au sein d’une société toujours plus défiante vis-à-vis des institutions et de leurs représentants. Dans un monde de plus en plus technologique, le rôle du professeur est donc appelé à trouver un sens rénové.

 

Jean-Michel Blanquer et la réforme du baccalauréat

Alors que les trois filières traditionnelles L, S et ES (littéraire, scientifique, économique et social) se voient remplacées par un tronc commun constitué de huit matières fondamentales et de nombreuses spécialités, le ministre a appelé les élèves de Seconde à affirmer leur personnalité en choisissant librement ce qui leur plaît – cette réforme ayant pour objectif de briser une « hiérarchie implicite et absurde » entre ces filières et de faire fructifier les talents.

 

Une filière professionnelle revisitée

Se donnant pour objectif la création d’un « Harvard du pro », Jean-Michel Blanquer est revenu sur l’avancée des mesures annoncées en mai 2018 visant à repenser le bac pro et la filière CAP par la création de campus professionnels avec internats, incubateurs d’entreprises, espaces verts et sportifs ainsi qu’à rendre possible une flexibilisation plus grande des parcours. En un an, ces réformes ont conduit à une hausse de 40% des vœux pour l’apprentissage, témoignant du changement de mentalités à l’œuvre sur ce sujet.

 

Des inégalités scolaires persistantes ?

Dans son dernier ouvrage Enfance de classe, le sociologue Bernard Lahire affirme que l’école ne peut pas tout et n’est pas la seule responsable de l’échec scolaire. Le ministre de la Jeunesse a alors rappelé que les facteurs d’inégalités sont de plus en plus immatériels et que, dès lors, seules des « dépenses publiques de prévention » et non de réparation seront efficaces dans cette lutte quotidienne, à savoir : l’instruction obligatoire dès trois ans (25 000 enfants supplémentaires scolarisés tous les ans), des classes de douze pour les grandes sections dans toutes les écoles de maternelles de REP et REP+, une division des classes par deux en CP et CE1, entre autres mesures fortes.

 

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Lutter contre le harcèlement scolaire

Selon l’UNICEF, 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire. Jean-Michel Blanquer a rappelé que, bien que ce sujet prenne des formes multiples telles que le cyberharcèlement, le harcèlement à connotations sexuelles ou homophobes, il a souvent été un angle mort des politiques publiques. Le fait qu’un droit à une scolarité sans harcèlement ainsi que la formation systématique des professeurs aient été inscrits dans la loi pour une école de la confiance, promulguée en juillet 2019, témoigne selon lui d’une consécration juridique de cette lutte primordiale contre le harcèlement.

Citant Voltaire qui affirmait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », Jean-Michel Blanquer a conclu cet entretien sur le sujet de la liberté d’expression, rappelant que l’université en était garante et que l’on ne pouvait tolérer certaines expressions violentes du politiquement correct au sein de cette institution.

 

Antoine Daviaud, Tribunes ESCP Europe