Le Président et CEO de Cartier, Cyrille Vigneron, a été reçu par l’association Tribunes ESCP Europe le 25 septembre dernier, l’occasion pour lui de revenir sur son parcours et de partager son expertise de l’univers du luxe avec les étudiants.

 

Diplômé en 1982 d’ESCP Europe, Cyrille Vigneron confie n’avoir jamais établi de plan de carrière. « On m’a refusé des postes que j’avais demandés, et on m’en a proposé que je n’avais pas demandés », avoue-t-il aux interviewers. C’est alors qu’il débute dans le secteur de l’industrie lourde, à la Compagnie Générale d’Électricité puis chez Pechiney.

Si aujourd’hui les grandes maisons de luxe sont plébiscitées par les étudiants d’école de commerce, cet univers était autrefois considéré comme « frivole » et peu attractif. En 1988, il rejoint néanmoins le secteur en tant que directeur de Cartier Japon où il nourrit son intérêt pour la culture nippone.

L’actuel Président et CEO de Cartier témoigne d’un tournant dans le monde du luxe à partir des années 1995, époque à laquelle il devient un secteur florissant qui recrute à foison les diplômés des grandes écoles de commerce. C’est aussi à partir de ce moment-là que les pouvoirs publics commencent à intégrer cet univers dans leurs politiques industrielles, d’autant plus que les grandes maisons de luxe françaises sont créatrices d’emploi.

 

L’héritage Cartier

Cyrille Vigneron est ensuite revenu sur l’héritage de Cartier qu’il dirige depuis maintenant trois ans. Si toutes les grandes enseignes partagent les mêmes valeurs d’excellence, l’histoire de Cartier et son désir de créer, des designs intemporels caractérisent la maison. L’ancrage féminin-masculin de la marque différencie Cartier d’autres marques de luxes françaises plus féminines telles que Chanel.

 

Luxe : un secteur en pleine mutation

Interrogé sur les perspectives de croissance du secteur dans une économie numérisée, Cyrille Vigneron s’est montré très confiant quant à l’avenir des grandes maisons de luxe françaises. « C’est un secteur qui va bien et qui a de bonnes perspectives de croissance pendant encore longtemps », affirme-t-il. Lucide, il souligne que le luxe a l’avantage de créer des objets qui ne servent à rien, si ce n’est à faire plaisir. Or, d’après lui, « plus on aura de temps libre avec la robotisation, plus on aura de temps pour ce qui fait plaisir ».

Si les nouvelles technologies influencent la logistique et la prévision, cette industrie n’a pas à craindre la numérisation de l’économie. En effet, les grandes maisons de luxe profitent de cette nouvelle ère pour développer des stratégies de communication digitale afin de renforcer leur image de marque.

 

Cartier : une maison engagée

Quant à la responsabilité sociétale de l’entreprise, le Président et CEO affirme que Cartier compte aller plus loin dans ses responsabilités environnementales, notamment en travaillant de manière plus fine sur l’identification de la provenance des diamants. Parmi ses engagements figure également l’égalité femmes-hommes. En 2006, la maison de luxe a créé le concours Cartier Women’s Initiative Awards qui récompense les meilleurs projets entrepreneuriaux à visée sociale portés par des femmes. Alors que les entreprises de plus de 250 salariés peinent à assurer l’égalité femmes-hommes, Cyrille Vigneron souligne avec fierté que les femmes représentent 62% des employés et 58% des managers de Cartier.

Enfin, questionné sur la marge que génère la maison d’horlogerie grâce à la vente des montres de luxe, Cyrille Vigneron n’a pas souhaité communiquer les chiffres. Il a ainsi établi un parallèle entre une montre Cartier et une œuvre d’art. « On peut difficilement évaluer une œuvre d’art au prix de la toile et de la peinture. Si vous voulez un produit qui exprime une identité, cela coûtera plus cher », répond-il avec habileté.

Cartier ne connaît pas la crise comme en atteste sa onzième place au classement Brand Finance 2018 des marques tricolores les plus valorisées avec une estimation de 8,4 milliards d’euros. Nul doute que la maison Cartier a encore de beaux jours devant elle…

Article rédigé par Emma Bédécarrats, Tribunes ESCP Europe

 

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