Pour choisir quelle école intégrer, tout étudiant s’intéresse à sa valeur. Cette dernière peut être déterminée par de nombreux facteurs tels que l’internationalisation, le campus, les doubles-diplômes, mais in fine, le critère discriminant, car le plus général et significatif, est celui du salaire à la sortie. Toutefois, une fois ce critère en tête, il reste à trouver le classement le plus représentatif, est cela n’est pas une chose aisée. En effet, il existe un grand nombre de chiffres issus de sources variées et il est difficile de savoir auxquels se fier.

 

Le classement des Masters in Management du Financial Times

Depuis 13 ans, le FT établit le classement des Masters en Management du monde selon les salaires à la sortie. Il nous intéresse ici car c’est le diplôme que délivrent les écoles de commerce françaises. Très attendu chaque année, il s’agit d’un classement fiable et représentatif. En effet, même s’il s’agit d’estimations, la méthodologie est stricte et rigoureuse et les valeurs sont en parité pouvoir d’achat (PPA). Cela permet d’inclure objectivement les salaires des diplômés travaillant à l’étranger en ramenant le salaire au coût effectif de la vie. Pour vous permettre de mieux vous figurer ces chiffres, nous avons aussi converti les salaires en euro PPA France (parité PPA 2016 euro France/ dollar US = 0,796. Source OCDE).

 

Méthodologie

Cette année 100 écoles ont participé au processus de classement. Pour ce faire, elles ont dû prouver que leur programme était à temps plein, qu’il y avait au minimum 30 diplômés par an et qu’elle possédait une accréditation AACSB ou EQUIS. Suite à cela, les données ont été récoltées de deux manières différentes : dans les écoles (42%) et parmi les alumni ayant été diplômés en 2015 (58%). 20% au moins de ces derniers doivent répondre. Puis, les critères suivants ont été principalement pris en compte :

– pour la première fois, l’augmentation du salaire, qui est la différence moyenne entre le salaire de premier emploi et le salaire 3 ans après l’obtention du diplôme

– la progression carrière, qui est la différence du niveau d’ancienneté et la taille de l’entreprise entre le premier et l’emploi actuel des alumni

On note que d’autres critères, qui pèsent moins, ont été considérés comme la suppression des plus hauts et plus bas salaires, la proportion hommes/femmes, ou encore la proportion d’étudiants étrangers.

 

Le classement des salaires de sortie des écoles de commerce 2019

RangRang FTÉcoleSalaire en $Équivalent en €
12HEC Paris96 24987586.59
24ESSEC Business School93 46185049.51
35ESCP Europe80 34673114.86
439Audencia Business School68 95762750.87
517EDHEC Business School68 86662668.06
640emlyon business school65 27059395.7
725SKEMA Business School62 33356723.03
843GEM60 20054782
948TBS58 72053435.2
1041NEOMA Business School58 30053053
1184Université Paris-Dauphine58 25053007.5
1260IMT-BS58 21452974.74
1332IESEG School of Management57 27352118.43
1446KEDGE Business School56 83551719.85
1555Rennes School of Business56 33251262.12
1662ESSCA School of Management55 83950813.49
1793ISC Paris55 18050213.8
1851IAE Aix-Marseille Graduate School of Management55 08850130.08
1958ICN Business School54 49349588.63
2072EM Strasbourg52 07847390.98
2194La Rochelle Business School51 26246648.42
2252Montpellier Business School50 82746252.57
2371EM Normandie50 05345548.23
2477BSB49 64145173.31
2598ESC Clermont48 59344219.63

 

Analyse

Si certaines valeurs semblent cohérentes avec notre idée du classement des écoles de commerce françaises, il y a tout de même certains chiffres qui paraissent contre-intuitifs. Audencia offrirait-elle un meilleur salaire que l’emlyon et l’EDHEC ? Il ressort de cette étude principalement quatre « groupes » d’écoles.

 

Les Parisiennes en tête du classement des salaires de sortie des écoles de commerce

La renommée des trois Parisiennes semble confirmée : il y a un net écart entre ces trois écoles et toutes les suivantes. En effet, si HEC, l’ESSEC et l’ESCP proposent un salaire supérieur à 62k euros environ, la quatrième école offre en moyenne 55k. Il est aussi pertinent de relever la hiérarchie claire et connue qui existe entre les trois parisiennes, puisqu’il y a une différence de 8k environ à chaque fois.

 

Le top 6

Avec des salaires situés entre 53k et 55k, les écoles du top 7 classique sont au coude-à-coude dans ce classement. Ici, il convient de considérer deux points : d’abord, Audencia BS se place au-dessus de l’EDHEC et l’emlyon dans ce classement, puis il y a un léger décrochage de Grenoble EM.

Comme nous l’avions expliqué l’an passé, le niveau de salaire d’Audencia peut s’expliquer notamment par les étudiants qui ont suivi un double cursus à l’école d’ingénieurs Centrale Nantes. En effet, les doubles diplômés sont quasi-systématiquement mieux rémunérés. Ceci étant, les autres écoles du top 7 proposent également à leurs étudiants une telle formation. Finalement, puisque la différence est minime au sein de ce second groupe et sachant qu’il ne s’agit que d’estimations, il est plus pertinent de relever les ressemblances de ces écoles plutôt que d’essayer de les classer entre elles.

Ensuite, on remarque que Grenoble EM décroche un peu de ce second groupe, avec lequel il marque une différence de 6k environ. En effet, selon le classement équivalent de l’année passée, Grenoble appartenait clairement à ce second groupe puisqu’il se classait sixième.

 

Le gros du peloton

Les 12 écoles que nous retrouvons ensuite suivent un schéma à peu près similaire à celui du groupe précédent : les écarts sont très faibles et l’ordre est un peu perturbé. Par exemple, on retrouve SKEMA BS au-dessus de Grenoble EM ou KEDGE BS après IMT-BS. On remarque aussi l’introduction d’universités, d’IAE ou encore d’écoles post-bac comme Dauphine, l’IAE d’Aix-Marseille et IESEG School of Management. D’ailleurs, on remarque que cette dernière a gagné 14 places en une année dans le classement initial du Financial Times.

 

Le groupe de fin

Il s’agit des écoles qui offrent un salaire inférieur ou égal à 40k euros en moyenne trois années après l’obtention du diplôme. Dans ce groupe, les écarts sont encore une fois minimes. On note aussi que la tendance est au rattrapage de l’intégralité de ce groupe par rapport au précédent : si l’année passée il y avait un décrochage marqué, ce n’est plus du tout le cas. En effet, il y a environ le même écart entre la 7ème et la 24ème école qu’entre la première et la 4ème.

 

Lire aussi : les salaires de sorties en école de commerce par secteur.

 

Explication des tendances des salaires de sortie en école de commerce

L’étranger

Comme les salaires des expatriés sont presque toujours plus élevés qu’en France (d’environ 15%), la proportion d’étudiants travaillant à l’étranger est déterminante puisque plus cette proportion est élevée, plus le salaire moyen est haut. Par exemple, 36% des jeunes diplômés d’HEC travaillent hors de France contre 20% à GEM ou Audencia.

 

Les doubles-diplômes

La proportion de doubles diplômes a aussi son importance. En effet les élèves ayant une double casquette (la plus répandue et recherchée étant le statut Ingénieur-Manager) sont souvent valorisés sur le salaire. Pour exemple, au sein d’une Big 4 en audit, un double diplôme Parisienne-Centrale/Supélec est rémunéré 1950€ en stage contre 1750€ pour un diplôme de Parisienne seul.

 

Grandes entreprises

Enfin certaines grandes entreprises aux salaires les plus attractifs ne recrutent que dans le top 5 ou le top 3. C’est le cas de beaucoup de grandes banques anglo-saxonnes ou de cabinets de conseil en stratégie. S’il n’est pas impossible de rentrer chez Goldman Sachs ou BCG sans être diplômé du Top 3, cela devient de plus en plus compliqué à mesure que l’on s’éloigne du sommet des classements.

Mise en garde

Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution. Comme nous l’avons dit, il existe plusieurs sources qui nous donnent les montants des rémunérations des étudiants à la sortie ou 3 ans après leur diplôme, et pas un seul ne fournit des données similaires. Par exemple, pour l’Etudiant, si le top 6 est le même que pour le FT, l’IMT décroche la 7ème place et SKEMA la 25ème seulement. Par conséquent, si le Financial Times peut sûrement être considéré comme la source la plus fiable, il ne détient pas non plus la vérité absolue sur les chiffres exacts.

De plus la réalité des grilles de salaire en France ne coïncide pas tout à fait avec cette hiérarchie. De manière générale les grilles de salaires (lorsqu’elles existent) distinguent le groupe des parisiennes, le groupe des écoles de rang A avec l’emlyon et l’EDHEC, puis les autres écoles du top 15, parfois en séparant Audencia, Grenoble EM et NEOMA des autres. Cependant après 3 ans d’expérience, les écarts commencent déjà à se réduire, même si dans certaines entreprises l’école de formation a toujours une influence sur le salaire des années après avoir été embauché.

 

Conclusion

Ce classement, empli de surprises et approximations, nous apprend tout de même deux choses :

– les Parisiennes le dominent clairement et la hiérarchie entre les 3 écoles reste elle aussi bien établie

– la suite du classement est plus plate dans le sens où il n’y a pas de nette hiérarchie. Les écarts diminuent et certaines écoles isolées ont des résultats surprenants d’une année sur l’autre. Ce que l’on peut en dire est simplement que plus on descend dans le classement, moins la différence de salaire est marquée.