Les classes préparatoires font peur à tous les étudiants… Tous ? Un irréductible élève résiste encore et toujours ! Ce Lyonnais d’origine repousse, en effet, les limites de l’imaginable en réalisant non pas sa deuxième, ni sa troisième, ni sa quatrième, mais bien sa cinquième année de classe prépa dans un troisième établissement différent. Nous avons voulu en savoir plus sur sa scolarité unique, OVNI dans l’univers programmé des études supérieures.

Quelles raisons l’ont poussé à poursuivre l’aventure ? Pourquoi être retourné en prépa en ayant pourtant été admis à l’EDHEC, après avoir cubé ? Quel est désormais son projet ? Rencontre avec Valentin PERRIN, étudiant au lycée Édouard Herriot.

 

Salut Valentin, tout d’abord, peux-tu nous décrire ton parcours depuis l’obtention de ton bac, en 2014 ?

Salut ! Après un bac S, j’ai intégré la prépa ECS des Minimes à Lyon. Après deux années plus agréables que studieuses, un cubage s’est imposé. Je l’ai réalisé aux Chartreux, toujours à Lyon. J’ai ensuite intégré l’EDHEC pour suivre leur double diplôme de droit des affaires avec l’Université Catholique de Lille.

En prépa, je me disais que je voulais devenir avocat, mais, quand j’ai commencé le droit, je n’ai pas du tout accroché et j’étais encore moins enthousiasmé par les cours d’école de commerce. Ce qui me passionne vraiment c’est la littérature, mais je n’avais jamais osé en faire un projet professionnel. Ce n’est qu’une fois confronté au management de manière concrète, en école, qu’il est devenu évident que je n’étais pas à ma place. Retour en prépa donc, mais littéraire cette fois, au lycée Édouard Herriot, à Lyon, où je suis en train de terminer ma khâgne.

 

Il est très fréquent pour des préparationnaires de cuber pour viser une meilleure école de commerce. Qu’est-ce qui a motivé ton choix ? Et pourquoi le faire dans une prépa différente ?

À l’annonce des résultats, j’étais très déçu parce que j’étais passé juste en dessous de mes objectifs de top 5. Comme j’avais entre 3 et 5/20 à toutes les épreuves de maths, je me disais qu’il était raisonnable d’envisager une modeste progression en cubant (c’était une erreur…). Bizarrement, c’est ma professeure de lettres des Minimes qui m’a conseillé de changer d’air, en me disant que, d’après son expérience, le cubage n’était profitable que s’il permettait une approche différente. J’ai été admis aux Chartreux, c’était la prépa dont j’avais rêvé en terminale, donc le choix était plutôt évident.

Avec le recul, ce qui a été décisif c’est que je n’avais pas vécu mes deux premières années de prépa comme une épreuve atroce. On avait un groupe d’amis extrêmement soudé, on ne se prenait pas la tête et j’avais des professeurs passionnés qui ont joué un rôle décisif dans ma décision finale de me réorienter en littéraire pour devenir enseignant à mon tour.

 

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Au bout de trois ans de prépa ECS, tu rentres à l’EDHEC et deviens même Président de l’association EDHEC Nations Unies, le tout en validant une licence de droit à l’Université Catholique de Lille. Peux-tu nous raconter cette expérience ? Et, surtout, pourquoi tu n’as pas continué ton cursus ?

En fait, paradoxalement, je garde un très bon souvenir de mon année d’école de commerce ! Je me suis investi à fond dans l’association de Model United Nations de l’EDHEC, ENU, et, comme la présidente partait en échange, je me suis retrouvé président en décembre de ma première (et seule) année d’école. Parallèlement, j’étais en double diplôme de droit, puisque c’était mon projet de devenir avocat d’affaires qui m’avait fait préférer l’EDHEC à l’emlyon sur SIGEM.

J’ai donc eu une année bien remplie, mais le projet associatif a rapidement pris le pas sur les cours qui ne m’intéressaient guère. EDHEC Nations Unies participe à deux compétitions de diplomatie (nous avons voyagé à Oxford et New York) et en organise une sur le campus de l’EDHEC pour les lycéens de la métropole lilloise. Au début, je ratais parfois des cours pour intervenir dans des lycées, puis, au fil de l’année, j’ai progressivement décroché des études à mesure qu’il devenait évident que je n’allais pas continuer dans cette voie. Curieusement, j’ai quand même validé ma licence de droit à l’issue de l’année (merci les travaux de groupe !), ce qui ne me sert strictement à rien dans ma nouvelle voie d’études, mais justifie vaguement ce passage éphémère en école de commerce.

J’ai beaucoup apprécié la vie étudiante en école, qui est certainement plus trépidante que les weekends BU en prépa, mais quand j’ai compris que je n’allais pas travailler en entreprise et que je voulais me tourner vers l’enseignement, il est devenu évident que je devais faire autre chose.

 

Surprise, en 2018, tu décides donc de recommencer un cursus de classe préparatoire, en prépa littéraire cette fois-ci. Quel est désormais ton objectif alors que tu vas terminer ta seconde année dans quelques mois ?

Au départ, mon projet était de me réorienter en lettres modernes pour devenir enseignant, ce qui ne supposait pas du tout de retourner en prépa ! Les profils d’étudiants qui repartent en master à la sortie de leur école de commerce ne sont pas si rares. Mais j’avais l’impression de ne pas tout à fait avoir acquis le bagage culturel nécessaire avec les cours de lettres de prépa ECS. Je me suis donc inscrit sur Parcoursup et, au moment de choisir entre la fac et une hypokhâgne, je me suis dit, d’expérience, que la prépa était le meilleur choix pour engranger un maximum de connaissances et rattraper mon retard en latin, matière obligatoire pour passer l’agrégation de lettres modernes.

Refaire une prépa me permet aussi de tenter le concours de l’ENS, qui est un peu le Graal des études littéraires. C’est sur ça que je me concentre en ce moment. Je devais passer mes troisièmes concours en avril, mais pour le moment tous les lycées sont fermés et on n’a aucune information sur la façon dont les concours vont se dérouler avec la pandémie actuelle. Peut-être que je vais devoir faire une sixième année de prépa pour les passer !

 

La question que se posent sûrement beaucoup de nos lecteurs est toute simple, comment as-tu annoncé à ton entourage (parents, amis…) que tu décidais de quitter l’EDHEC pour découvrir une 1re année de prépa littéraire ? Comment ont-ils réagi ?

Je me souviens que mes parents ont été étonnamment compréhensifs vu l’ampleur du choix. Je leur ai d’abord expliqué que je voulais changer d’études, le choix de retourner en prépa est intervenu beaucoup plus tard, en comparant les différentes options qui s’offraient à moi.

L’annonce a été plus compliquée vis-à-vis de mes camarades d’EDHEC Nations Unies, auprès desquels je m’étais engagé pour un mandat de président, mais j’étais loin d’être indispensable à un groupe extrêmement soudé et motivé et mes amis voyaient bien au quotidien que j’avais complètement décroché des cours de l’EDHEC et que j’allais dans le mur.

Bien sûr, mes amis de prépa ne se gênent pas pour me chambrer, puisqu’ils sont tous sur le point d’entrer dans la vie active alors qu’en 2020 j’en suis exactement au même point qu’en 2016, mais j’ai juste accepté que c’était le meilleur choix pour mon nouveau projet professionnel et qu’il fallait serrer les dents pour encore deux ans.

 

Tu as, de toute évidence, pris un chemin unique. Si tu devais choisir une personne (personnalité ou proche) qui t’a inspiré et qui a eu, directement ou indirectement, un impact sur tes choix de vie, ce serait qui ?

Dans ma première prépa, on chambrait souvent mon ami Jean de Bonnières parce qu’il avait réussi à faire deux fois sa première année d’ECS, ce qui en théorie n’est pas possible. À l’époque ça nous paraissait incroyable qu’il sorte de prépa à 22 ans (maintenant que je termine, à 24 ans, ma cinquième année de prépa, je suis beaucoup plus blasé) ! Mais, en fait, Jean avait compris que c’est au cursus classique de s’adapter à nos besoins, pas l’inverse. On a tous les deux fait quelques entorses au cursus honorum, mais, aujourd’hui, Jean s’apprête à commencer une brillante carrière en finance et moi je fais ce qui me plaît et je ne regrette pas mon choix. Les quelques années de retard pèsent finalement assez peu quand il s’agit de choisir un métier pour les quarante prochaines années.

 

Pour terminer, quel mot souhaiterais-tu adresser à un préparationnaire ou un étudiant d’école de commerce qui se pose des questions sur son parcours, sur son avenir ?

On répète beaucoup aux préparationnaires que le classement des écoles compte peu après l’intégration, je pense que c’est très vrai. Il faut vraiment vous demander ce que vous voulez faire en sortie d’études et agir en fonction, quitte peut-être à carrément sortir du moule, car la prépa ouvre en fait beaucoup plus de portes qu’on ne réalise d’ordinaire. Une fois que j’ai décidé de faire des lettres, mon parcours a pu prendre une forme peu orthodoxe, mais au moins depuis deux ans je suis serein sur mon avenir.

Toutefois, si vous voulez vous réorienter, mais avez mal vécu votre prépa, ce qui n’était pas mon cas, il est beaucoup plus logique de changer de cursus en s’appuyant sur ses crédits ECTS pour ne pas repartir à BAC+1, ce qui a quand même un côté un peu démoralisant au départ.

 

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