Lancée aux États-Unis il y a quatre ans, la startup Rentberry met en relation propriétaires de logements et locataires potentiels. Si le concept n’est pas novateur, la plateforme se démarque par son business model plutôt étrange pour l’immobilier, et assez décrié outre-Atlantique.

 

Créée en août 2015 par Alex Lubinksy, la startup Rentberry mise entièrement sur le modèle des enchères. Les propriétaires qui souhaitent louer leur appartement sur la plateforme. Les locataires doivent indiquer la somme qu’ils sont prêts à débourser pour vivre dans ce logement. Petite subtilité : contrairement aux sites d’enchères comme eBay, Rentberry permet aux propriétaires de ne pas se baser uniquement sur l’enchère la plus importante. Celui-ci a accès au dossier complet des locataires et peut se fier à son jugement et décider de louer son bien à un locataire qu’il juge plus sérieux, sans prendre en considération le montant qu’il a proposé sur le site.

 

Jouer sur la précarité

À l’heure où le hashtag #LaPrécaritéTue tourne sur les réseaux sociaux, Rentberry s’épanouit dans un environnement où les plus pauvres se retrouvent privés de logement. Le désespoir des candidats est totalement exploité par une plateforme qui fait entrer en compétition les locataires. Mais à défaut d’une compétition basée uniquement sur le dossier, comme le font les agences immobilières actuellement (même si ce système peut avoir ses biais), Rentberry fait jouer la compétition sur le terrain financier. Plus vous êtes prêt à sortir d’argent, plus vous avez de chances d’obtenir un logement ; un système qui bénéficie aux plus favorisés, mais aussi, parfois, aux étudiants désespérés en quête d’un logement provisoire pour leurs études.

 

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Ce système a dopé le prix des loyers dans plusieurs villes des États-Unis. À San Francisco, les locations proposées sur Rentberry sont en moyenne 5% plus coûteuses que sur le marché traditionnel de l’immobilier. Si la différence paraît minime, il est important de noter que, selon le site du ministère des Affaires étrangères, le prix de la location d’un studio oscille entre 2 500$ et 3 000$ dans cette ville. Ainsi, cela représente une hausse allant de 125$ à 150$.

 

Qui est favorisé par Rentberry ?

Autre problématique : la sélection ne se résume pas seulement à la mise que les locataires ont entrée sur la plateforme, mais également sur leur dossier. Les propriétaires ont accès à toutes les informations sur les candidats au logement – RIP RGPD – et peuvent se baser sur ces données pour prendre leur décision. Ainsi, non content de discriminer les locataires par le prix, les biais que l’on connaît actuellement dans l’univers de l’immobilier (racisme, misogynie, etc.) peuvent se retrouver sur Rentberry. Des biais qui sont plus facilement identifiables, car il devient difficile, pour un propriétaire, d’expliquer pourquoi il accepte de brader le montant de son loyer au profit d’un locataire.

 

Une croissance maîtrisée, mais problématique

Depuis peu, Rentberry propose son service dans plus de 1 000 villes américaines. Mais cette croissance est vue d’un mauvais œil par de nombreuses métropoles du pays. En 2018, le conseil municipal de Seattle vote la mise en place d’un moratoire d’une durée d’un an pour bloquer l’arrivée de la plateforme. Rentberry décide de porter plainte et perd son procès en 2019. Aujourd’hui, la startup agace les associations de locataires qui jugent qu’elle permet aux propriétaires d’escroquer plus facilement des locataires qui sont très peu protégés aux États-Unis.

Rentberry ne fait pas des ravages qu’outre-Atlantique. Le site s’est ouvert à plus de 50 pays, dont la France. À Paris, la plateforme fait grimper les prix (qui sont pourtant censés être encadrés par arrêté municipal). Il suffit de consulter le site pour réaliser assez rapidement que le système de Rentberry n’est pas compatible avec la législation en vigueur. Un studio de 12m2 dans le 15e, censé être proposé à la location, au maximum à 400€, est disponible sur la plateforme à 840€.

En plus de ne pas respecter la loi, le futur business model de Rentberry pourrait poser problème. À l’heure actuelle, le site prélève une commission de 25$ sur chaque transaction. Mais désormais, il souhaite récolter 25% de la différence entre le montant de la location proposé par le propriétaire et l’enchère la plus importante. Cette technique fait donc le pari d’une surenchère des biens proposés et pourrait donc, à terme, pousser les propriétaires à accepter des mises plus élevées. Rentberry serait également tenté de faire disparaître de la plateforme les appartements dont les loyers ne décollent pas.