Depuis plusieurs semaines, les étudiants composent leurs examens à distance, coronavirus oblige. Pour faire face à la crise et adapter les partiels à la situation, beaucoup de professeurs ont privilégié la remise de dossier plutôt que la digitalisation de devoirs sur table. Malgré tout, certaines écoles ont opté pour cette solution, en choisissant des outils permettant de surveiller les étudiants qui passent leur examen.

 

Pour s’assurer que les étudiants ne trichent pas, les Grandes Écoles ont déployé de nombreux outils, parmi lesquelles une plateforme qui bloque toutes les fonctionnalités de l’ordinateur, sauf le logiciel sur lequel s’affiche le test.

D’autres outils ont été mis en place comme Proctorio. Cette solution exige de l’étudiant qu’il réalise un scan à 360° de la pièce dans laquelle il réalise son examen. Problème : cette pièce est généralement une chambre et, par conséquent, la propriété privée de l’étudiant. Une école a-t-elle le droit de réaliser une telle intrusion dans la vie de ses élèves, se justifiant par la volonté d’éviter la triche ?

 

Examens à distance : les étudiants de HEC Paris mécontents

Face à cette problématique, les élèves de HEC Paris ont décidé d’écrire une lettre ouverte à leur DG, Peter Todd. Ils mettent en lumière le fait que ces solutions posent plusieurs questions sur la vie privée : « les logements où les étudiants se trouvent actuellement sont des espaces privés. Plus précisément, il s’agit d’espaces dont ils ne sont pas propriétaires et – souvent – pas même locataires. Le passage des examens via cette plateforme nous paraît donc perturber l’intimité de l’ensemble des membres du foyer dans lequel réside l’étudiant. »

Les élèves de HEC Paris sont également inquiets de la gestion des données personnelles récoltées lors de l’examen. Que fait Proctorio du scan de la pièce ? Comment la plateforme conserve-t-elle l’enregistrement qui est réalisé avant le test ?

Les étudiants de la Parisienne se sont également exprimés, entre autres, sur la fracture numérique qui empêche certains élèves d’accéder au logiciel ou même de réaliser l’enregistrement nécessaire pour pouvoir passer ses examens. Autant de questions légitimes qui se posent à HEC, mais qui pourraient survenir dans d’autres écoles. Selon nos dernières informations, HEC Paris n’aurait toujours pas répondu aux étudiants.

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Est-il pertinent de continuer à se méfier des tricheurs ?

Dans un monde où l’information est accessible sur internet, les étudiants se forment avec des vidéos YouTube et où les Grandes Écoles organisent conférence sur conférence pour nous expliquer et répéter inlassablement que les formations sont construites pour insuffler des postures plus que des savoirs, que les connaissances acquises seront obsolètes d’ici quelques années et qu’il faut apprendre à apprendre, est-il pertinent de se méfier des tricheurs et de vouloir tout surcontrôler ?

Ne doit-on pas être fier d’un étudiant qui aura su aller sur internet, dénicher l’info parfaite dont il a besoin à un instant T, une initiative qu’il sera amené à reproduire sur le marché du travail ?

La mise en place d’examens à distance démontre aujourd’hui la schizophrénie d’un écosystème qui promet de former des managers éclairés, des étudiants ouverts, capables de construire leur pensée et de s’adapter aux évolutions rapides de notre monde, mais qui souhaite tout de même vérifier des connaissances à travers des tests qui ne laissent que peu de place à la réflexion à grand renfort d’outils qui contrôlent les ordinateurs des étudiants. Elles auraient pu, au contraire, profiter de cette crise pour proposer d’autres formes d’évaluation, censées justement faire appel aux capacités de réflexion. Certaines écoles ont ainsi préféré demander aux élèves de rendre des dossiers ou de se pencher sur des études de cas.

Plus qu’un durcissement des règles à l’encontre des étudiants, empiétant sur leur vie privée, les écoles auraient dû profiter de cette crise pour repenser entièrement des méthodes d’évaluation qui ne sont pas le reflet de la promesse faite aux étudiants ou même à la presse spécialisée lors des diverses conférences organisées tout au long de l’année.