signature accords NEOMA et McGill
Analyse

Quand le monde se ferme, les business schools s’ouvrent : l’exemple de NEOMA au Canada

Le 13 octobre 2023, un petit séisme a secoué le monde académique québécois. Le gouvernement nationaliste de François Legault entérine une mesure lourde de conséquences pour les universités de sa province : les frais de scolarité pour les Canadiens non-Québécois doublent, passant de 9 000 à 17 000 dollars. Quant aux étrangers, ces derniers devront régler au minimum 20 000 dollars par an (dont la quasi-totalité est captée par l’État) pour espérer étudier sur le territoire.

Dans un pays où la démographie est particulièrement atone – moins de 1,4 enfant par femme en 2025 – on peut imaginer le désarroi de McGill, Concordia, de HEC Montréal ou de l’Université Laval face à une telle orientation politique. Le Canada est loin d’être un cas isolé. Partout la “mondialisation heureuse” semble laisser place à des réflexes identitaires ou, tout du moins, à des phénomènes de repli auxquels le monde estudiantin n’échappe pas. De l’autre côté du Pacifique, la Chine, grande pourvoyeuse d’étudiants à l’international, est moins encline qu’il y a dix ans à laisser sa jeunesse se former en Occident.

Pourtant, dans ce climat compliqué, les accords internationaux continuent de se nouer à un rythme effréné. Nous avons demandé son sentiment sur la question à Delphine Manceau, Présidente de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) et Directrice Générale de NEOMA Business School. Son école vient justement de signer un partenariat avec McGill, l’une des universités les plus prestigieuses du Canada.

L’interview de Delphine Manceau, directrice de NEOMA Business School et présidente de la CGE

Le contexte géopolitique rend-il plus difficile la signature de nouveaux accords avec des universités étrangères ?

Delphine Manceau : Non, bien au contraire. Dans un contexte géopolitique tendu, les universités ont le sentiment qu’elles jouent un rôle d’autant plus central pour tisser des liens entre les pays. Dans un tel contexte, il est plus important que jamais d’ouvrir l’esprit des plus jeunes par le voyage et les rencontres avec d’autres cultures.

On l’observe particulièrement avec nos partenaires aux États-Unis. J’ai le sentiment que les universités américaines sont actuellement très ouvertes lorsqu’il s’agit de nouer des accords ambitieux pour contrecarrer la politique de Trump. Il y a un vrai momentum pour renforcer notre présence dans ce pays toujours très attractif.

Ces accords se veulent évidemment réciproques. Si en Europe nous avons – sans doute grâce au programme Erasmus – la culture du semestre à l’étranger, les Américains vont privilégier des séjours d’immersion plus courts et très intenses. Nous leur proposons notamment des summers schools de deux semaines ou d’un mois focalisés sur des thématiques spécifiques, par exemple le sport.

 

Est-ce que les risques accrus de tensions – voire de conflits armés – dans des zones autrefois considérées comme sûres (on peut penser à Dubaï ces derniers mois) ont un impact important sur votre stratégie d’accords internationaux ?

On regarde cela attentivement, bien sûr. Concrètement, nous avons dû réaffecter nos étudiants en partance pour les Emirats. Nous recevons également moins d’étudiants britanniques, car nos partenaires au Royaume-Uni font face à de sérieuses difficultés financières.

C’est aussi dans ce type de contexte que notre stratégie prend tout son sens. Le fait d’avoir une multitude de partenaires plutôt que des campus en propre nous confère beaucoup d’agilité dans notre offre internationale, que nous modelons au gré des tendances, des préférences des étudiants ou bien des crises géopolitiques. Au passage, ce type de départ assure une immersion en profondeur dans le pays, puisque nos étudiants se trouvent avec pas ou peu de Français autour d’eux.

 

Dans ce contexte tendu, comment est perçue la France par vos partenaires ? Y a-t-il des différences notables entre les régions du monde ?

La France est perçue comme un pays stable, de grande qualité académique comme le prouve notre très forte présence dans les classements du Financial Times (environ un tiers du top 100 est occupé par des écoles françaises, ndlr). Notre pays est aussi une porte sur l’Europe, qui permet de visiter le continent voire d’y travailler à terme.

Plus globalement, notre écosystème d’écoles constitue un véritable atout pour le soft power français. Nous avons une tradition de l’internationalisation depuis toujours. Pour exemple, NEOMA a aujourd’hui 400 partenaires internationaux et 31% d’étudiants étrangers. Ce n’est pas du tout la norme ailleurs en Europe.

Les écoles françaises sont particulièrement bien considérées en Asie, et de plus en plus en Asie du Sud-Est qui représente un vivier d’étudiants considérable. Nos liens historiques avec l’Afrique du Nord et le Maghreb jouent également en notre faveur. Il ne faut également pas oublier l’Amérique latine, bien que l’Espagne soit naturellement leur première destination d’études en Europe.

 

Dans les top écoles de management françaises, l’impératif de l’expérience à l’étranger pendant le cursus pourrait-il être remis en cause à terme ?

Cette expérience est primordiale. Au-delà du plaisir que l’on peut éprouver à voyager à l’étranger et du gain de maturité qui en découle, elle est déterminante pour leur employabilité et leur pertinence au sein des organisations qu’ils rejoindront. De la même manière, c’est très important que nos étudiants français côtoient des étudiants étrangers sur nos campus. Cet environnement international est une rupture profonde avec ce qu’ils ont vécu avant, à l’exception de celles et ceux qui ont connu une vie d’enfant d’expatriés.

Le modèle du départ systématique va donc persister sous toutes ses formes : échange, stage, double-diplôme.

En ce qui nous concerne, c’est une priorité stratégique que de renforcer notre offre en la matière. Nous avons d’ores et déjà 400 partenaires, plus de places d’échange que d’étudiants. L’idée n’est plus d’augmenter le nombre d’universités dans notre giron, mais bien de continuer à continuer à monter en gamme, d’offrir davantage de doubles diplômes et de parcours d’excellence à l’instar du “Global 2”.

En outre, nous développons un portefeuille de doubles diplômes internationaux qui s’ouvre à d’autres disciplines que le management, comme la santé, l’économie sociale ou le droit. En témoignent leMSc Health Care Management à Chang Gung University (Taïwan), le Master Management dell’economia sociale à l’Università degli Studi di Bologna (Italie) ou encore l’International Business and Law au Management Center Innsbruck (Autriche), etc.

 

En termes de partenariats, quelle est votre stratégie / votre ambition vis-à-vis du Canada ?

L’année prochaine, nous aurons 103 étudiants tous programmes confondus qui vont partir au Canada. C’est indéniablement un pays dont l’attractivité se renforce. Le Canada est très en pointe dans des secteurs porteurs comme celui de la tech, de l’IA, les jeux vidéo, etc.

Nous comptons 26 partenaires au sein du pays, et le Canada est dans le top 5 des destinations les plus convoitées par nos étudiants chaque année. Sur l’aire géographique francophone du Canada, nous entretenons des liens privilégiés avec quatre partenaires : HEC Montréal, Concordia, Laval et McGill.

Justement, vous avez récemment signé un accord avec McGill. Est-ce que la demande de vos étudiants pour des expériences au sein des meilleures universités mondiales est plus importante qu’autrefois ?

Dans un CV, mettre un nom d’une top université fait indéniablement la différence. Si un étudiant cherche à travailler au Canada, et plus généralement dans la sphère anglo-saxonne. Cette signature est aussi pour nous une manière de montrer aux autres facultés étrangères le niveau de nos partenariats et d’en attirer de nouveaux. C’est un cercle vertueux.

 

Pourquoi McGill a signé avec NEOMA plutôt que d’autres en France ?

Il y a le contact humain bien sûr:le courant est tout de suite passé entre les directions. Il faut aussi rappeler que NEOMA, c’est 80% de professeurs internationaux, et une recherche académique en forte montée en puissanceces dernières années. Ce sont des arguments que les étudiants n’ont pas en tête, mais qui sont déterminants pour des universités de ce niveau.

Pensez-vous que le Canada va remplacer les US en termes d’attractivité pour les étudiants en Amérique du Nord ? Quelle est la tendance actuelle en matière de choix à NEOMA ?

À date, nous envoyons cette année 103 étudiants au Canada, contre 137 aux États-Unis. Le contingent qui part aux US est en légère baisse, mais c’est selon moi assez conjoncturel. Il ne faut pas exagérer la tendance, certes réelle, de désamour vis-à-vis des États-Unis. Pour autant, et indépendamment de cela, le Canada a en effet le vent en poupe.

 

Plus généralement, quelles sont les destinations qui font aujourd’hui rêver les étudiants ?

L’Asie remonte beaucoup, on sent que l’effet repoussoir du Covid-19 se dissipe. La Corée du Sud notamment est de plus en plus attractive, pour son image d’excellence académique mais aussi par son soft power culturel grandissant en France.

On a également senti la montée de l’Europe après le Covid, mais la tendance est en train de se tasser. Un petit groupe d’étudiants ne veulent pas prendre l’avion pour des raisons écologiques, et privilégient donc notre continent, mais cela ne refaçonne pas en profondeur la dynamique des choix pour autant.

De manière générale, les étudiants vont autant raisonner au moment des choix d’échange en fonction du pays, voire de la ville, qu’en fonction de l’université et de son prestige. C’est l’intérêt pour nous d’avoir le portefeuille d’échange le plus large de toutes les business schools françaises. On est en mesure de s’adapter aux aspirations de chaque étudiant.

REÇOIS GRATUITEMENT NOTRE GUIDE AST

Tu es candidat(e) aux concours AST et tu souhaites intégrer une école de commerce via les admissions parallèles ? Choix des écoles, rédaction du CV, de la lettre de motivation, préparation aux oraux… Découvre tout ce qu’il faut savoir sur cette voie d’accès aux Grandes Écoles de commerce avec notre guide 100% gratuit !