À quoi ressemblera le paysage de l’enseignement supérieur demain ? C’est la question que s’est posée l’EDHEC BS qui a mené une large enquête avec l’Institut Montaigne et OpinionWay. Au cœur d’une crise qui bouleverse l’économie, mais aussi l’enseignement supérieur, l’école de management a tenté de comprendre comment ce secteur doit se réinventer.

 

L’EDHEC BS, l’Institut Montaigne et OpinionWay ont interrogé plus de 5 000 personnes en France, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, aux États-Unis et en Inde pour comprendre « leur perception de l’enseignement supérieur et de son évolution face aux défis du numérique, de l’emploi, de l’internationalisation et de l’inclusion sociale. » Cette étude a été réalisée en janvier 2020, mais une seconde vague d’enquête a été menée en juin pour prendre en compte l’impact du COVID-19 sur l’enseignement supérieur.

 

Enseignement supérieur : un retard de la France

Selon les premiers chiffres de l’enquête, les sondés indiquent que les établissements d’enseignement supérieur français ne préparent pas assez les étudiants à l’insertion professionnelle. Seuls 41% des Français sont satisfaits du travail des écoles et universités sur cette question. Dans les autres pays, le taux de satisfaction se situe entre 62% et 88%.

Quand on les interroge sur les forces de l’enseignement supérieur en France, les sondés sont seulement 13% à répondre « le lien avec le tissu économique », contre 22% à 34% pour le reste du monde. Au sein de l’Hexagone, ils sont 35% à dire que les Grandes Écoles et universités françaises doivent faciliter l’insertion professionnelle. Dans le reste du monde, cette insatisfaction s’élève à 19% en moyenne dans les autres pays.

Il en va de même pour les soft-skills, ces compétences douces qui sont surtout mises en avant par les Grandes Écoles dans leur communications. Là encore, la France est en retard par rapport à d’autres pays comme les États-Unis, l’Afrique du Sud ou l’Inde.

Globalement, les sondés sont également plus nombreux à dire que des changements importants doivent intervenir en France, notamment dans les formats et les supports d’apprentissage, mais également dans les enseignements proposés. Cette volonté de transformer le paysage de l’enseignement supérieur est moins marquée dans les autres pays. « En 2030, nous allons accueillir la génération alpha, celle qui est née en 2010, avec l’iPad et qui est une génération connectée. Faire rentrer la technologie dans les formats et dans les contenus va être un enjeu important », souligne Emmanuel Métais, DG de l’EDHEC BS.

Lire aussi : Découvre les chiffres de la dernière enquête insertion de la CGE !

 

COVID-19 : un fort impact sur les échanges internationaux

L’étude met également en avant la crainte des sondés sur le sujet de la mobilité internationale. En effet, si les Français restent optimistes, indiquant à 47% que la crise du COVID-19 n’aura pas d’effet sur les séjours académiques à l’étranger, les autres pays sont plus mitigés. En Inde, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, ils sont en moyenne 84% à penser que la crise limitera la mobilité internationale des étudiants.

Les Français sont d’ores et déjà très limités dans leurs déplacements à l’international. En effet, outre les frontières actuellement fermées, les États-Unis ont déjà annoncé que le visa étudiant ne sera pas reconduit ou délivré pour ceux dont l’université d’accueil propose des cours en ligne. Ainsi, ceux qui sont déjà sur place devront rentrer en France.

Lire aussi : Le retour salvateur des étudiants internationaux !

 

Les Grandes Écoles et universités à la traîne sur les sujets de sociétés

Globalement, tous les sondés attendent les écoles et universités sur des sujets de société comme la prise en compte des enjeux de développement durable, la lutte contre le racisme ou contre les inégalités femmes-hommes.

Si la France s’en sort plutôt bien sur le sujet du racisme (29% des sondés jugent que ce sujet est une priorité, contre 47% en moyenne dans les autres pays du monde), l’Hexagone est à la traîne en ce qui concerne la lutte contre les inégalités femmes-hommes. En effet, ce sujet revient chez 40% des sondés français contre 25% en moyenne dans le reste du monde.

« Nous devons répondre aux sujets de société auxquels l’humanité est confrontée comme le racisme, le développement durable. Cela va passer par une profonde transformation, à la fois des contenus des programmes, des compétences des enseignants, mais aussi de ce que l’on va apprendre aux étudiants. Cela va passer par une hybridation des compétences », explique le DG de l’EDHEC BS.

Quid de l’égalité des chances ?

La lutte contre les inégalités sociales est le sujet prioritaire dans l’enseignement supérieur aujourd’hui selon les sondés de cette étude. Cette question ressort également dans les autres pays où l’enquête a été menée, mais il n’est pas aussi prégnant. « C’est le dossier noir de l’enseignement supérieur français. Les écoles stagnent en France, contrairement au Royaume-Uni. C’est un échec de notre gouvernement qui devrait se saisir de cette question. La France ne se donne pas les moyens de ses ambitions », avance Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne.