Le chemin vers le saint stage est très probablement semé d’embûches, un véritable parcours du combattant même, si vous allez jusqu’au au bout et que vous passez les screenings. Par chance, les process de recrutement sont à peu près similaires pour toutes les banques, selon si vous postulez à un off cycle ou à un summer (la procédure est plus simple pour un spring) ce qui fait que vous pouvez savoir à quoi vous attendre. Le corporate M&A (le fait de travailler dans le service M&A d’une entreprise en particulier) n’est pas spécifié dans cet article même si les thèmes sont très proches et peuvent vous aider.

 

Retenez : il y a énormément de candidats qui postulent aux offres proposées par les banques les plus “prestigieuses”, comme JPMorgan, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Citi, BAML pour les anglo-saxonnes, CACIB, SoGé, et BNP pour les françaises (liste bien sûr non exhaustive). Cette prolifération des candidatures permet aux banques d’adopter un processus de recrutement non seulement long et exigeant, mais aussi extrêmement codifié. Ecole, premières expériences professionnelles, expériences associatives, tenue, CV… tout y passe, et c’est normal même si cela peut paraître frustrant souvent.

 

Nous avons voulu vous offrir une vision large et complète des processus de recrutement en M&A, mais notez que ces process peuvent légèrement changer selon les banques.

 

Avant, allez voir notre premier article sur le screening du CV et de la lettre !

 

Après le premier screening, quelles étapes ?

Votre école, vos expériences passées, et la motivation affichée dans votre lettre ont fait mouche et vous êtes désormais convoqués au second rand. Vous allez désormais être évalués sur vos capacités à l’oral, vos soft skills, mais aussi et surtout sur vos connaissances des rouages de la banque d’affaires, de la finance d’entreprise et de la comptabilité. Le second round (premier tour d’entretien) est généralement composé de deux entretiens entre 30 et 45 minutes chacun. Un second écrémage se fera pour passer au troisième et dernier round composé lui de trois entretiens d’une durée similaire.

Le premier commence avec une partie fit sur vos motivations, des éclaircissements sur vos expériences, des interrogations sur la banque, etc… Ensuite arrivent les questions de plus en plus fines et précises sur une large panel de sujets attrayant à la banque d’affaires : compte de résultat, bilan, DCF, BFR, LBO éventuellement, bridge et méthode d’évaluation. On peut vous demander par exemple, très simplement, de retrouver un chiffre d’affaires à partir d’un EBITDA et d’une marge, d’expliquer la construction d’un DCF, ou de détailler l’enregistrement d’une opération au bilan d’une entreprise fictive. Vous pouvez aussi être interrogés sur des caractéristiques d’un secteur en particulier, comme par exemple “Le BFR d’une entreprise d’un secteur X a-t-il tendance à être positif, négatif ou nul ?”. Enfin, on peut vous poser des questions sur le market sizing, en vous demandant d’évaluer la taille d’un marché donné.

Notez que vous n’allez pas être tout de suite pénalisé si vous ne savez pas répondre du tac au tac à une question, mais au contraire avancez vos pistes avec le manager qui vous interviewera. Si on vous demande par exemple comment une entreprise enregistre une opération de rachat dans son bilan comptable et que vous doutez, commencez simplement par dire qu’il y a une baisse de trésorerie engendrée et soumettez l’idée qu’il va y avoir une hausse autre part dans l’actif. Idem pour le market sizing, vous ne devez pas lâcher un chiffre au hasard sorti de nulle part, mais expliquer votre raisonnement et comment vous faites pour arriver à un tel chiffre : nombre approximatif de clients potentiels et leur propension à payer pour tel service, etc… Pas de panique donc ! Faites preuve d’initiative.

 

 

Comment m’y préparer ?

En commençant par parfaitement maîtriser vos cours de finance et de comptabilité. Normalement, vos professeurs savent à quoi vous pouvez vous attendre et n’auront rien omis dans leur cours. Insistez sur les détails qui ont pu vous échapper lors du cours. “D’accord, et si mon entretien est bientôt alors que je n’ai toujours pas abordé cette notion dans mon cours ?”. Alors passez directement à l’étape suivante.

Il existe de nombreuses ressources en ligne vous permettant de préparer ces entretiens ! Sites spécialisés (Wall Street Oasis,…), ouvrages d’ex managers,… Il y a énormément de ressources disponibles. Vous pouvez aussi mettre la main sur un guide de préparation qui circule de génération en génération. Ces ressources ont éventuellement l’avantage d’être dessinées par des experts du secteur qui sont passés par l’épreuve du feu, et peuvent contraster avec des cours peut-être trop théoriques (des professeurs qui n’ont jamais connu autre chose que le milieu universitaire, ça arrive).

Multipliez par la suite les entretiens blancs avec des personnes susceptibles de vous aider, qui ont déjà eu leurs entretiens ou qui ont déjà travaillé dedans. Vous pourrez vraiment évaluer vos connaissances et voir comment vous vous situez, d’autant plus si l’évaluateur est exigeant avec vous (c’est conseillé).

Enfin, prenez votre téléphone et contactez ceux qui ont déjà passé de tels entretiens : camarades de promo, générations au dessus ou même une autre connaissance. Non seulement vous affinerez vos connaissances sur ces entretiens -on pourrait vous donner un exemple de question à laquelle vous n’avez pas pensé- mais vous pourrez aussi avoir un feedback sur le stage ou le milieu. Cela ne peut qu’être utile ! Un tel témoignage vous éclaircira aussi sur toutes vos interrogations n’ayant pas attrait au contenu de l’entretien : quel temps d’attente, disposition du bureau, à quel moment vous asseoir, que dire exactement avant de vous quitter (oui oui, c’est très important).

Vous l’avez compris, il va falloir être proactif si vous voulez maîtriser tous les ressorts des entretiens. La formation dispensée par l’école est souvent insuffisante, ce qui est compréhensible car le niveau d’exigence des banques est très élevé : vous allez déjà devoir maîtriser des notions très pointues que nombre de vos camarades ne connaitront que de nom.

 

Quelle tenue pour les entretiens ?

Là aussi, il va falloir faire un sans-faute et suivre le maitre mot suivant : sobriété. Vous devez donner l’impression de rentrer parfaitement dans l’esprit de la banque, évitez donc tout accessoire vestimentaire farfelu comme une cravate rouge, des chaussettes roses, ou une montre bling bling dont la marque serait reconnaissable. Optez toujours pour une chemise blanche parfaitement repassée, un costume classique foncé, chaussure noire et chaussettes noires, et une cravate bien mise bleue ou unie. Et une sacoche/mallette éventuellement, sobre et à couleur unie. Il en va de votre sans-faute.

 

Un exemple de process : l’off cycle chez JPMorgan

Prenons avant un exemple de process de recrutement avec la banque JPMorgan : pour démarrer un off cycle de 6 mois en juillet, il faut postuler aux alentours d’octobre, soit 9 mois avant. Screening, premier et second tours d’entretien tiennent généralement en deux mois et on vous propose l’offre aux alentours de la mi-décembre. Les entretiens ont lieu au bureau de la banque place Vendôme. Il y a environ 300 candidatures par off cycle. Une quinzaine va au premier tour (2 entretiens), 7 environ vont au second tour (3 entretiens), et enfin seulement 3 places sont proposées.