samedi, avril 17, 2021
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Anne-Cécile Suzanne : De l’audit au monde agricole

Diplômée d’Audencia et de Sciences Po, Anne-Cécile Suzanne a toujours voué une passion pour le monde de l’agriculture, son père ayant possédé sa propre ferme. Après avoir évolué pendant plusieurs années dans l’univers des Big Four, au sein de Deloitte, elle plaque tout pour se consacrer à sa passion : le monde agricole ! Zoom sur son parcours atypique.

 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours académique ?

Anne-Cécile SuzanneJ’ai fait un bac S dans l’Orne, à Mortagne-au-Perche, une petite ville de campagne. Dans mon lycée, nous n’étions pas forcément accompagnés dans notre orientation. Je n’avais jamais entendu parler de la prépa. J’ai eu la chance de croiser une étudiante de Sciences Po Rennes qui m’a conseillé de faire une prépa B/L. Tout mon parcours découle de cette conversation. Je n’ai pas été acceptée dans cette filière que je voulais vraiment faire. J’ai donc fait du porte-à-porte à l’issue de mon bac et j’ai bénéficié d’un désistement de dernière minute, quatre jours après la rentrée, au lycée Guist’hau de Nantes.

 

Comment s’est déroulé votre cursus post-prépa ?

À l’issue de cette classe prépa, j’ai tenté les concours pour intégrer une école de commerce. Les écrits se sont bien passés, j’étais bien classée. Mon père est tombé malade et le contexte compliqué a fait que je n’étais pas investie quand j’ai passé les oraux des Parisiennes. Heureusement, j’ai réussi les oraux d’Audencia. J’ai intégré l’école de commerce nantaise et j’ai trouvé une vraie famille. J’ai beaucoup appris et je me suis éclatée !

Durant ma formation, je devais partir en échange à Boston, mais l’état de santé de mon père s’est dégradé. L’école m’a permis de revenir en France et j’ai dû gérer la ferme au pied levé.

Après son décès, j’ai dû embaucher un salarié qui m’épaule toujours aujourd’hui. Il m’a aidé à jongler entre la ferme et mon stage chez EY, à la fin duquel on m’a proposé un poste. J’ai refusé, car je ne me sentais pas d’entrer dans la vie active tout en ayant la gestion de la ferme, à côté. J’ai donc intégré Sciences Po et c’était un excellent choix. Ça m’a permis de prendre confiance en moi. Mon master en affaires publiques m’a ouvert l’esprit sur tout un tas de sujets et a motivé mon engagement politique. J’ai ensuite tenté les concours de l’ENA. Je n’ai pas réussi, mais cette préparation intensive m’a beaucoup forgée.

 

C’est à ce moment-là que vous êtes entrée dans la vie active ?

J’ai rejoint Deloitte après mes études, tout en continuant à être agricultrice. Je conseillais des organisations publiques comme Pôle Emploi ou le ministère des Armées. J’ai participé à d’importantes réorganisations. Mon expérience à la ferme m’ayant appris à manager, j’ai sauté deux grades au lieu d’un après ma première année. Deloitte m’a ainsi donné beaucoup plus de flexibilité et m’a permis de faire du télétravail.

Cependant, c’était très dur d’être entre Paris et la Normandie. Entre mes stages, mes études et mon emploi, j’ai fait ces allers-retours pendant huit ans. J’ai donc arrêté pour prendre la direction d’une coopérative agricole qui gère 45 salariés et réalise 30 millions de CA. C’est une expérience assez rare pour une personne de 30 ans.

 

Comment jongliez-vous entre Deloitte et le monde de l’agriculture ?

C’était une organisation sans schéma prédéfini. J’étais toute seule en 2013 pendant quelques mois, puis j’ai recruté un salarié début 2014. Il est toujours là aujourd’hui. C’est quelqu’un sur qui je peux me reposer. Ça m’a permis d’avoir un interlocuteur fiable quand j’étais à Paris.

C’était aussi une organisation éprouvante. Je n’avais pas de week-end, car je travaillais sur la ferme le samedi et le dimanche. Je rentrais parfois le soir pour repartir tôt le lendemain matin. Je gère une exploitation polyculture-élevage qui produit des céréales tout en accueillant des animaux. Il y a une partie administrative, mais aussi physique, comme nourrir les animaux.

 

Pourquoi avoir décidé de quitter votre poste chez Deloitte ?

J’étais malheureuse à Paris. Je suis plus heureuse à la campagne. Je me réveille le matin en pensant agriculture, je me couche en pensant agriculture. Malgré tous les avantages, je voulais travailler dans l’univers agricole. À 29 ans, j’ai exprimé mon envie d’évoluer dans l’univers de l’agriculture et de la ruralité et je voulais consacrer ma vie à ce sujet.

Lire aussi : Les perspectives de recrutement dans le conseil dans le monde post-COVID.

 

Votre formation à Audencia et Sciences Po vous aide-t-elle au quotidien dans la gestion de votre exploitation ?

Oui, j’ai repris l’exploitation en 2013-2014. Financièrement, c’était un peu compliqué. Mes études à Audencia m’ont outillée pour savoir m’adresser correctement aux banques, pour savoir aussi analyser avec lucidité mes bilans intermédiaires de gestion. Quand on est agriculteur, c’est plus difficile de convaincre les partenaires financiers que quand on est un haut diplômé à la tête d’une start up prometteuse.

 

Vous êtes également engagée sur le plan politique.

Mon engagement politique a le même sens que ma carrière professionnelle. Je veux que tout ce que je fais ait un sens. Cette quête de sens passe par l’engagement médiatique et politique. Je souhaite me battre pour l’agriculture. C’est ma raison d’être. Les médias et la politique sont un levier essentiel pour faire bouger les choses.

 

Quelle est la suite pour vous ?

À titre personnel, je souhaite approfondir mes connaissances sur le sujet agricole. Sur le plan professionnel, je vais apprendre à diriger une entreprise. C’est différent de diriger des gens, surtout quand on est une femme de 30 ans. Aujourd’hui, je suis à la tête d’une coopérative qui rassemble près de 800 agriculteurs, dans une zone particulièrement touchée par les difficultés que rencontre le monde agricole. Je n’ai plus qu’à me lancer et changer les choses.

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