Le NewGen Talent Center de l’EDHEC et JobTeaser viennent de rendre publics les résultats d’une étude sur les débuts de carrière. Quelles sont les attentes et les craintes des jeunes de 18 à 30 ans vis-à-vis de leur premier emploi ? Comment cherchent-ils leur premier job ? Quels sont les critères qu’ils jugent déterminants pour accepter un contrat ? Comment s’imaginent-ils évoluer dans leur premier poste ? Réponses et analyses…
Marché en tension, difficultés d’accès à l’emploi, destruction des jobs par l’IA, obsolescence des compétences… Le contexte n’est pas à l’optimisme pour les (futurs) jeunes diplômés qui se questionnent sur la fluidité de leur insertion dans la vie professionnelle. Pour autant, « ils sont plus de 90% a avoir une vision globalement positive du monde économique » , assure Manuelle Malot, directrice du NewGen Talent Center de l’EDHEC qui, en treize années d’activité, a interrogé près de 100 000 jeunes autour de la relation école/entreprise/étudiant. Avec JobTeaser, la business school vient de publier les résultats d’une étude intitulée « Jeunes diplômés : comment les recruter en 2026« .
Premier job : quand les jeunes diplômés activent leur réseau personnel
Sur les 2 578 répondants de 18 à 30 ans, dont la moitié encore en études, 77% indiquent utiliser d’abord les plateformes généralistes (LinkedIn, Indeed…) comme canal principal pour leur recherche d’emploi. Juste ensuite vient la plateforme de leur établissement, sollicitée par 75% des répondants. Intéressant : ils sont 59% à adresser en parallèle des candidatures spontanées, ce qui traduit les tensions du marché.
Sur les trois profils interrogés (diplômés d’universités, d’écoles d’ingénieurs et d’écoles de commerce), les profils « managers » sont ceux qui sollicitent le plus leur réseau personnel dans le cadre de la recherche d’un premier emploi (59%) contre seulement 40% des (futurs) diplômés de l’université et 48% des (futurs) ingénieurs. Sans surprise, une minorité indique utiliser les réseaux sociaux à des fins de recherche d’emploi (13%) et les cabinets de recrutement sont la dernière ressource sollicitée (8%).
54% des diplômés d’écoles de commerce plébiscitent le secteur banque et assurance
Sur le podium des critères les plus importants pour le choix d’une entreprise, le secteur d’activité domine largement. Cité par 57% des répondants, il figure en Top1 loin devant la notoriété (25%) ou les recommandations directes (9%). En fin de cursus, 84% des étudiants sont capables d’identifier le secteur où ils souhaitent exercer.
Si la banque/assurance (54%), la comptabilité/audit/conseil (39%) et le commerce de gros et de détail (17%) sont les secteurs qui attirent le plus les (futurs) diplômés d’écoles de commerce, avec un large plébiscite pour le premier cité, les diplômés d’écoles d’ingénieurs préfèrent l’industrie (36%), l’informatique/programmation (35%) et les technologies de l’information et de la communication (31%).
La parole des salariés : source privilégiée des jeunes diplômés pour s’informer sur les entreprises
Pour se renseigner sur les entreprises, les (futurs) diplômés se fient avant tout aux avis des étudiants et Alumni (à 80% et même 82% pour les profils « managers »). Trois autres sources leur semblent ensuite pertinentes à niveau à peu près équivalent, mais loin de la première (autour de 45%) : la parole des salariés perçue comme authentique, les forums et événements ou encore les classements.
En revanche, ils sont peu nombreux à faire confiance aux contenus institutionnels produits par les entreprises (18%) ou aux informations circulant sur les réseaux sociaux (19%). « Le contenu corporate, les discours lissés ne passent plus auprès des jeunes qui veulent ressentir l’entreprise de façon concrète en ayant des retours d’expérience, en écoutant des témoignages. Il y a aujourd’hui une prime à l’incarnation, à la ‘marque collaborateur‘ » , analyse Mickaël Giaj, insight manager chez JobTeaser.
3 semaines : la durée maximale pour recruter un(e) jeune diplômé(e)
Autre enseignement de cette étude : au delà d’une durée de 22 jours, la moitié des jeunes diplômés en recherche d’emploi sont prêts à abandonner leur candidature. Ils considèrent qu’au delà de trois semaines entre la première réponse du recruteur à leur candidature et la proposition finale, le délai est trop long. Entretiens, études de cas, échanges entre managers/équipes RH… « Il est nécessaire de tenir informés les candidats des différentes étapes et de la durée globale du processus pour instaurer un climat de confiance« , conseille Mickaël Giaj. Étapes trop nombreuses (cité par 43% des répondants), absence de visibilité concernant la rémunération (43% également) ou manque d’affinité avec le recruteur (36%) peuvent aussi pousser les candidats à l’abandon.
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Un CDI ? OK, mais je reste 17 mois, pas plus !
Plus investis que les discours relatifs aux générations Y et Z le laissent penser, 96% des répondants assurent que le travail est pour eux un facteur d’épanouissement personnel. Dans un contexte global complexe et incertain, les 18-30 ans ne se détachent pas du monde du travail. C’est même pour 57% des répondants un facteur très fort d’épanouissement personnel, soit 7 points de plus par rapport à la précédente édition de l’enquête.
Ils sont d’abord en quête d’un CDI (59%), même si d’autres formes de contrat gagnent du terrain, en particulier auprès des (futurs) diplômés d’écoles de management. VIE et graduate programs intéressent respectivement 16% et 12% d’entre eux, peut-être davantage conquis par la perspective de débuter leur carrière par une succession de missions différentes. Ils envisagent d’ailleurs de rester moins longtemps dans leur première entreprise que précédemment : 17 mois en poste au sein d’un premier job semble la durée idéale, soit 3 mois de moins que les réponses enregistrées lors de la précédente édition de cette enquête, en 2024.
Évoluer dans son premier job comme sur un campus
Une « bonne rémunération » est la réponse fournie par 60% des répondants auxquels on demande ce qu’ils attendent en priorité de leur futur emploi. « Le salaire n’est cependant plus perçu comme le symbole d’un statut mais comme un moyen de gagner son autonomie, une ressource de vie, de liberté » , observe Geneviève Houriet Segard, responsable adjointe de l’EDHEC NewGen Talent Center.
Il revêt pour les jeunes diplômés une importance quasi égale à l’environnement de travail, qui doit être, à l’image du campus, « un lieu de vie et de rencontre pour apprendre et travailler de manière collaborative » , poursuit Geneviève Houriet Segard. Entretenir de « bonnes relations avec l’équipe » (59%) et pouvoir « se former et développer des compétences » (58%) sont également deux critères auxquels les répondants accordent une forte importance. Au pied du podium, ils veulent aussi « un travail qui a du sens » (52%), « un environnement de travail bienveillant » (51%) et « des tâches stimulantes » (51%).
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Des candidatures boostées à l’intelligence artificielle
67% des répondants se déclarent mal à l’aise avec un recrutement automatisé par l’IA alors qu’ils en font paradoxalement un usage massif dans leurs candidatures : 92% l’utilisent pour améliorer leur dossier ; 83% pour améliorer leur CV et autant pour rédiger des messages à l’attention des recruteurs. 82% indiquent s’en servent pour obtenir des informations clés sur l’entreprise visée et 80% pour lister les questions essentielles à poser lors en entretien. « Les candidats attendent une rencontre avec le recruteur » , résume Geneviève Houriet Segard.
Leur confiance remarquable dans l’IA pousse par ailleurs 45% des répondants à la consulter pour orienter leur choix de métier quand 48% signalent qu’ils s’y sont fié pour leurs choix d’études. 56% estiment cependant que leurs études les forme insuffisamment à l’IA alors qu’ils perçoivent son impact sur leur futur métier comme puissant : 3/4 d’entre eux estiment que l’IA va changer en profondeur leur manière d’exercer leur métier, c’est 6 points de plus que l’an dernier. 32% craignent que leur métier ne devienne obsolète dans les prochaines années à cause de l’IA, soit 5 points de plus qu’en 2024. Le défi est de taille pour les établissements d’enseignement supérieur !