Grenoble École de Management ouvre son laboratoire, GEM Labs, à proximité de son campus grenoblois. Fruit de six ans de réflexion et d’expérimentation, le bâtiment de 5 000m² abrite les dernières innovations pédagogiques déployées par l’école pour former les managers d’aujourd’hui et de demain.

 

Réparti sur trois niveaux, le tout nouveau laboratoire de GEM, nommé GEM Labs, est constitué de plusieurs plateaux d’expérimentation. Ce bâtiment s’inscrit dans un contexte où les Grandes Écoles cherchent plus à transmettre des postures à leurs élèves que des savoirs qui deviennent rapidement obsolètes.

 

GEM Labs : le laboratoire des pratiques managériales

Chaque étage est constitué de plusieurs plateaux permettant aux étudiants d’être confrontés à des situations ou des types de management qu’ils sont susceptibles de rencontrer dans la vie professionnelle. Au rez-de-chaussée, la société fictive « Flashtel » offre aux élèves une mise en situation au sein d’un centre d’appels téléphoniques. « Les étudiants réalisent deux simulations. La première se déroule avec un style de management néo-taylorien, la deuxième les plonge dans une entreprise au management horizontal. Nous leur faisons vivre des situations d’inconfort cognitif et émotionnel. Ensuite, on échange pour remettre en question les pratiques managériales », précise Sylvie Blanco, fondatrice du GEM Labs.

Flashtel GEM Labs

L’idée de ce bâtiment et de remettre en question les process établis dans les entreprises en formant les managers existants, mais également en diplômant des élèves sensibles aux nouvelles pratiques. Sylvie Blanco explique que les initiatives mises en place par l’école permettent également d’interroger sur l’innovation. « Elle doit s’argumenter et ce n’est pas toujours le cas dans l’entreprise. La technologie a de nombreux atouts, mais il faut que les gens sachent pourquoi ils adoptent ces outils pour éviter toutes les dérives. »

Pour repenser l’innovation en entreprise, GEM accueille également le Technology Innovation Management Lab (ou Tim Lab), coconçu avec Korus. Destiné avant tout aux professionnels, cet espace reproduit le parcours idéal d’un projet d’innovation pensé en mode design thinking. Pendant deux jours, les équipes s’isolent avec un coach et des étudiants.

GEM a également créé un lieu dédié à l’expérimentation des nombreux serious games développés par l’école. Cette dimension est d’ailleurs tellement prégnante au sein de l’établissement que les étudiants peuvent rendre leur Grand Mémoire sous forme de jeu. Cette salle, baptisée « Playground », accueille notamment Finethics, un jeu en réalité virtuelle qui place les étudiants dans une situation de dilemme éthique et moral.

 

Le Biz Lab

Le dernier étage du bâtiment est entièrement dédié au Biz Lab, un laboratoire d’expérimentation pour étudiants et entreprises. L’idée est de retranscrire le parcours d’achat d’un client potentiel de la manière la plus exhaustive possible. Ainsi, l’étage se découpe en quatre zones : un appartement, une rue, une épicerie et un magasin de vêtements de ski. L’ensemble de ces salles est connecté et abrite quelques caméras pour mieux comprendre les attitudes de chacun.

GEM Labs

Au sein de l’appartement connecté, on retrouve une cuisine, une table, un canapé, une télévision. « L’idée est de comprendre comment la publicité touche un individu selon qu’il se trouve sur le canapé avec son portable ou à table avec des amis. »

L’appartement débouche sur une rue connectée dans laquelle on retrouve des écrans publicitaires, un dispositif permettant de stimuler l’odorat pour susciter une intention d’achat, mais également un appareil qui permet d’identifier le sexe, l’origine et l’âge des personnes qui passent. Cette rue débouche ensuite sur une épicerie, créée en partenariat avec Auchan et Panzani, au sein de laquelle les étudiants en spécialité « Management de points de vente » peuvent s’essayer à la mise en rayon et constater son influence sur la décision d’achat. Il abrite également des dispositifs d’oculométrie pour comprendre où se pose le regard du client.

Enfin, GEM a renouvelé l’expérience du magasin connecté, déjà présent au sein du précédent laboratoire. Des puces RFID sont placées dans le cordon de l’étiquette de prix du vêtement. Elle déclenche une ambiance lumineuse et sonore lors de l’entrée en cabine d’essayage. Des informations sur les produits s’affichent alors sur un écran. Un faux compteur de likes affiche un nombre au hasard, déterminant si la popularité d’une veste ou d’un pantalon influe l’intention d’achat. Un casque de réalité virtuelle permet également de se mettre en condition et d’imaginer le rendu d’un équipement, une fois sur les pistes.

GEM Labs
Cabinet d’essayage du magasin connecté

 

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Pourquoi avoir créé le GEM Labs ?

Ce laboratoire représente un coût de 15 millions d’euros : 11 millions émanent directement de la CCI qui loue le bâtiment à GEM, 2 millions ont été dépensés pour mettre les locaux aux normes ERP et 2 millions ont été nécessaires pour l’acquisition du matériel et la construction des plateformes.

La business school grenobloise entend bousculer les pratiques managériales des étudiants, leurs idées reçues, mais aussi transmettre, de façon plus pérenne, des savoirs et des postures. C’est notamment le cas des serious games proposés au sein du Playground. « Nous voulons mettre les étudiants au pied du mur pour voir comment ils peuvent réagir dans des situations problématiques. Nous échangeons ensuite avec eux pour les confronter à leurs décisions. Cela va créer un ancrage mémoriel plus fort puisqu’ils vont vivre des émotions intenses. »

De leur côté, les entreprises peuvent expérimenter librement, au sein de laboratoires qu’ils ne pourraient pas forcément mettre en place en interne, tout en établissant un premier contact avec les étudiants. « Aujourd’hui, la data est clé. Grâce à GEM, nous continuons à apprendre, à mieux comprendre l’impact des publicités et l’influence des données sur les actes d’achats », explique un représentant de Panzani.

Enfin, les processeurs observent un engagement significatif des étudiants grâce à l’expérimentation concrète. Ivan Laurens, Professeur Associé en marketing, fait travailler ses élèves sur le modèle du comportement du consommateur développé par Engel et Blackwell. Il a constaté qu’en moyenne neuf étudiants sur dix sont plus motivés, posent plus de questions et trouvent l’activité beaucoup plus stimulante.

Aujourd’hui, GEM imagine, pourquoi pas, créer une alliance avec plusieurs business schools afin de répliquer et déployer à plus large échelle les dispositifs mis en place au sein de l’école.