A l’occasion des élections européennes du 26 mai 2019, Business Cool vous propose une série d’articles inédits sur la politique pendant et après l’école de commerce. Au programme, des études, des réflexions sur les liens entre politique et école de commerce et bien sûr des interviews de personnalités politiques issues d’écoles de commerce. Virginie Calmels en fait partie et elle a accepté de répondre à nos questions.

Après une classe préparatoire au lycée Claude-Bernard à Paris, Virginie Calmels intègre la promotion 1993 de TBS (Toulouse Business School). Sa carrière l’amène à travailler pour de nombreuses entreprises, de Numéricable à Iliad (Free) en passant par la start-up néerlandaise Skygate BV. Mais c’est surtout dans l’audiovisuel qu’elle se fait connaître, notamment en 2002 lorsqu’elle est nommée dirigeante du groupe Canal Plus. Elle devient ensuite entre autres présidente d’Endemol France en 2007 puis directrice générale de Endemol Monde en 2012.

Son engagement politique débute en 2014 aux côtés d’Alain Juppé, elle devient alors 1ère adjointe de la ville de Bordeaux et est chargée de l’économie, la croissance durable, l’emploi et les sites majeurs d’attractivité économique. En 2015, elle est investie tête de liste Les Républicains (LR) aux élections régionales pour la région Nouvelle Aquitaine. Elle ne parvient pas à s’imposer mais devient la cheffe de file de l’opposition. Elle joue également un rôle actif dans son parti politique LR, elle en a notamment été la première vice-présidente (numéro 2) de décembre 2017 à juin 2018. 

 

  • A TBS (Toulouse Business School), envisagiez-vous déjà de faire de la politique ? Pourquoi ne pas avoir fait Sciences Po?

Par goût personnel, à l’issue de mon bac C, j’avais envisagé Sciences Po mais mes professeurs m’avaient suggéré une classe préparatoire à HEC « étant bonne en maths ». J’ai toujours pensé un jour m’engager en politique, par appétence personnelle, mais à l’issue d’une carrière dans le business, plutôt comme un engagement citoyen une fois mes enfants élevés, c’est à dire beaucoup plus tard.

 

  • Avez-vous milité en école?

Non je n’ai jamais eu de carte de parti jusqu’à la fin 2015 comme tête de liste LR aux Régionales en Nouvelle-Aquitaine, donc très tardivement. Même comme 1ère adjointe à la Mairie de Bordeaux, j’ai été élue sans être encartée. Pour autant, je ne dissuade pas de le faire, c’est un engagement citoyen intéressant et formateur.

 

  • Avec le recul que vous avez sur votre scolarité à TBS, que vous a apporté l’école de commerce dans l’exercice de vos mandats politiques ? 

Je crois important de recevoir une formation et une expérience professionnelle avant un engagement politique. J’appréhende ce dernier comme une mission et non pas comme un métier, même s’il est évident que la politique requiert un savoir faire et une compétence qui s’apprennent. La liberté conférée par un autre métier permet de ne pas tomber dans la compromission et de savoir dire non car on ne court pas après un mandat comme gagne pain.

 

  • Pensez-vous qu’il faille nécessairement travailler dans le secteur privé avant de faire de la politique ?

La politique peut être précaire et malheureusement ceux qui n’ont pas connu le secteur privé se retrouvent souvent en grande difficulté une fois leur mandat achevé. Je conseille toujours aux jeunes qui m’entourent et qui s’engagent en politique d’avoir d’abord un vrai métier qu’ils seront peut-être un jour heureux de retrouver.

 

  • Est-ce que à vos yeux, diriger Canal Plus puis Endemol vous a donné une certaine légitimité aux yeux des Bordelais et des Français ? Est-ce aussi un élément nécessaire pour s’imposer et être reconnue dans un parti politique ?

Avoir exercé des responsabilités et obtenu des résultats concrets confèrent une crédibilité et une certaine légitimité vis à vis des acteurs économiques. Mais le monde politique exige d’autres qualités et savoir faire dont il faut faire preuve pour obtenir une forme de reconnaissance, car ce n’est pas une véritable méritocratie. Le monde politique valorise davantage il me semble le succès électoral (la conquête) plutôt que les résultats (l’exercice du pouvoir) et les qualités requises ne sont pas les mêmes et souvent pas incarnées par les mêmes personnes.

 

  • Pensez-vous que les hommes et femmes politiques viendront de plus en plus du privé à l’avenir, est-ce un souhait de la part de nos concitoyens ? Est-ce l’un de vos souhaits ?

Dans mon livre « J’assume », j’explique en quoi pour moi la politique devrait être une mission et non pas un métier. J’espère que les aller/retour entre politique et secteur privé se multiplieront en évitant, bien évidemment, l’écueil des conflits d’intérêt. Nos concitoyens aspirent à des hommes (ou femmes) politiques compétents donc pas forcément débutants mais apprécient qu’ils aient pu exercer un autre métier. Le non cumul des mandats conduira probablement des politiques à envisager une autre activité une fois leur mandat expiré. Mais si je crois à la capacité des personnes issues du secteur privé à faire de bons responsables politiques, je crois aussi que cela ne s’improvise pas et que l’expérience d’élu est cruciale pour devenir vraiment efficace.