Après avoir fait le tour des brillantes innovations urbaines réalisées par Jean-Claude Decaux, il est temps de s’atteler à l’histoire d’un des plus grands acteurs mondiaux du BTP. Nommé entrepreneur mondial de l’année 2015 par le cabinet EY, Mohed Altrad est le fondateur et PDG du groupe de matériel pour le bâtiment Altrad. Retour sur celui qui était prédestiné à devenir berger dans les pleines arides de Syrie.

 

 

L’école comme planche de salut

Mohed Altrad est né entre 1948 et 1951 dans le désert syrien. Il raconte être le fruit d’un viol. Sa mère appartient à une tribu bédouin que son père dirige. Elle accouche seule dans des conditions extrêmement précaires. En effet, elle arrache elle-même le cordon ombilical de son fils avec les dents. Elle est par la suite répudiée, exclue et finira par mourir quelques temps après la naissance de Mohed. L’homme d’affaire vit une enfance compliquée. Reclus car honteux d’être le fils d’une femme répudiée, il est rejeté. Il raconte par exemple dans une interview télévisée que des enfants de la tribu ont tenté de l’assassiner en creusant sa tombe et l’enterrant. Il s’en sortira par miracle. Mohed est élevé par sa grand mère qui lui voit un destin de berger. Cette dernière qui perçoit l’école comme une fainéantise interdit au jeune bédouin d’y aller jusqu’à ses 10 ans. Mohed apprend à lire tout seul et parvient finalement à se sédentariser contre l’avis de sa grand-mère grâce à un cousin vivant à Racca. Il y suivra un brillant parcours académique en décrochant son baccalauréat à l’âge de 17 ans. Il obtient par ailleurs les meilleurs résultats de sa région. 

 

La France comme terre d’accueil  

Grâce à ses remarquables résultats, Mohed Altrad parvient à obtenir une bourse  de l’état syrien pour venir étudier en France. Il débarque ainsi à Montpellier avec 200 francs en poche et apprend le français en 2 ans. Ses premiers pas sont difficiles. Le bédouin est déboussolé par un environnement radicalement opposé au désert syrien. Il raconte ainsi dans son autobiographie avoir été extrêmement surpris de voir un homme embrasser une femme dans la rue peu après son arrivée. Tout cela ne l’empêche pas de devenir un brillant étudiant. Le jeune syrien obtient plusieurs diplômes dont un à l’université de Montpellier II et un doctorat en informatique à l’université Paris-VIII. S’il a mis du temps à s’y adapter, Mohed a toujours loué son pays d’adoption : «Ce n’est pas Mohed Altrad qui a gagné, mais la France, ce merveilleux pays que je respecte tant » déclarait-il en 2015 au moment de recevoir le titre de meilleur entrepreneur mondial de l’année. 

 

La construction d’un leader mondial du BTP 

Altrad travaille comme ingénieur chez Thomson puis Alcatel. Il part ensuite travailler à Abou Dabi pendant 4 ans avant de rentrer en France. Il fonde alors avec un associé une société informatique qu’il revendront en 1984 à Matra. Un an plus tard, Altrad investit toutes ses économies dans un fabricant d’échafaudages en grande difficulté basé à Florensac (Hérault). L’immigré syrien développe l’entreprise et se lance en 1987 dans la fabrication d’équipements destinés aux collectivités. Il rencontre rapidement un grand succès. Le groupe Altrad s’internationalise dans les années 1990 et multiplie les acquisitions. Aujourd’hui, l’entreprise héraultaise emploie environ 20 000 personnes à travers le monde et réalise un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros.

 

Président de club et écrivain à ses heures perdues 

En 2011, Mohed Altrad qui s’intéresse depuis peu au rugby devient actionnaire majoritaire du Montpellier Hérault Rugby au bord de la faillite. Il évoque ainsi le centre de formation du club comme « un renvoi d’ascenseur à ce pays » puisqu’en formant plus de 1000 jeunes chaque année, l’académie héraultaise est devenue la plus grande école de rugby en France. Il est connu pour avoir rompu avec l’ancien modèle en donnant un coup d’élan au professionnalisme du club. L’entrepreneur est à l’origine de l’arrivée de joueurs à dimension internationale qui ont permis au club d’atteindre la finale du Top 14 en 2018.

Outre ses implications dans le rugby, le natif de Racca est un auteur reconnu de romans et d’ouvrages de management. Son autobiographie intitulée Badawi publiée en 1994 rencontre un franc succès et lui vaudra un prix littéraire décerné en 2003.

 

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