Lancé en février 2005 et racheté par Google en 2006 pour 1,65 milliards de dollars, YouTube est devenue une plateforme incontournable pour les créateurs de contenu et influenceurs.

 

Quel modèle économique pour YouTube ?

En 2005, YouTube estimait que son modèle économique, basé sur la publicité, lui permettait d’engranger 20 millions de dollars par mois. Néanmoins, l’entreprise avait souffert de critiques puisque ses coûts de fonctionnements avaient alors été évalués à 30 millions de dollars par mois.

A l’époque, YouTube n’était vu que comme une n-ième startup du web, sans modèle économique viable. Depuis, la plateforme a montré ses preuves et a su convaincre Google et de nombreux utilisateurs. En effet, une étude de StatistaCharts menée en mars 2019 montrait que YouTube représenterait 37% du trafic mondial internet sur mobile, bien devant Facebook (8,4%) et Snapchat (8,3%). Chaque mois, plus de 2 milliards d’utilisateurs utilisent la plateforme et visionnent plus d’un milliard d’heures de vidéos.

Selon une récente annonce réalisée par Alphabet [maison mère de Google, NDLR], YouTube aurait rapporté 15 milliards de dollars en 2019, soit 10% des revenus de Google. Au-delà des revenus générés par la publicité, YouTube a convaincu 20 millions d’utilisateurs avec son offre Premium à 11,9€/mois.

Mais ce business modèle repose en grande partie sur … la production de contenu ! En effet, chaque jour ce sont 720 000 heures de vidéos qui sont uploadées. Et YouTube l’a bien compris, la plateforme pousse les internautes à monter leur business, en surfant sur le mythe des youtubeurs millionnaires.

 

Youtubeur : entre mythes et réalités

Les vidéos ou les articles à propos des salaires des youtubeurs pullulent sur internet. Chaque média n’hésite pas à faire sa petite enquête ou à réaliser des calculs fictifs pour savoir combien gagne tel créateur de contenu. De leur côté, les youtubeurs continuent à faire des vidéos sur le sujet, sachant que cela attire toujours plus de clics.

Mais au final, aucun consensus n’est trouvé et aucun montant exact n’a été révélé. Pourtant, si de nombreux influenceurs ont tenté de dissuader les jeunes de se lancer dans une telle carrière, notamment parce qu’il devient de plus en plus difficile d’en vivre sans avoir de partenariats, cette profession continue de faire rêver les jeunes générations qui n’hésitent pas à se renseigner sur les écoles à faire pour devenir youtubeur.

 

Les formations pour devenir youtubeur

Ce « manque de formation » à l’égard des métiers de créateur de contenu sur le web, que ce soit youtubeur, ou plus généralement influenceur, pour inclure l’ensemble des réseaux sociaux, poussent certains organismes peu scrupuleux à monter des formations de basse qualité, qu’ils n’hésitent pas à vendre à des prix plutôt élevés.

Ces écoles vantent l’aspect de plus en plus professionnel de YouTube. En effet, une webcam ne suffit plus et il est nécessaire d’être accompagné pour monter sa chaîne YouTube. S’il est vrai que les réseaux sociaux et YouTube possèdent désormais des codes à intégrer et respecter pour voir son business décoller, ces organisations surfent avant tout sur les espoirs des apprentis-influenceurs, qui se détournent alors de formations qui pourraient pourtant paraître plus adéquates pour leur inculquer des techniques en audiovisuel, communication, marketing, gestion de projet et d’entreprises, etc.

Si quelques youtubeurs ont fait des Grandes Écoles, il n’existe cependant pas de voie royale pour réaliser ce type de métier. Nombreux sont ceux qui se sont contentés du bac ou ont arrêtés leurs études supérieures en cours de route.

Toutefois, le fait de faire des études, notamment une école de commerce, permet à certains d’en tirer profit et d’être préparés à la gestion de sa propre entreprise. Par exemple, Tibo InShape, passé par un Bachelor TBS, a rapidement proposé, en parallèle de sa chaine, une boutique de merchandising pour vendre des produits dérivés et diversifier ses revenus. Il a même fait polémique en proposant des vidéos et des dédicaces payantes à ses abonnés.

Mais ce n’est pas le seul à être passé par une Grande École ! On peut également compter : Amixem (Audencia), Le Rire Jaune (Kevin – Telecom SudParis & Henry – étudiant à l’ESSEC), Pierre Croce (BSB), DavidLafargePokemon (EMLV), Aypierre (Telecom SudParis), TheDollBeauty (ECE), Fanny Russo (ESDES), AllyFantaisies (HEC Montréal), HugoDécrypte (Sciences Po), etc.

Lire aussi : Les 20 célébrités qui ont fait une école de commerce.

Si de nombreux influenceurs ne sont pas très bavards concernant leurs études, d’autres n’hésitent pas à donner un coup de pouce (ou de pub) à leur alma mater, comme Bruno Maltor (KEDGE) :

Ou Jessica Pommier (ESC Clermont) :

Enfin, il y a également certains influenceurs qui ne souhaitent pas se lancer à temps plein dans le ce business et préfèrent avoir un job à côté, gardant YouTube comme un aspect récréatif de leur vie. On peut notamment citer Nathan Graff (étudiant à Grenoble EM) ou Elodie Romy (diplômée INSEEC) dont les chaînes Youtube distillent des conseils de mode et qui sont tous deux acheteurs, ou aspirent à l’être, dans des maisons de luxe.

 

La professionnalisation du « YouTube Game »

Au delà de la simple dualité YouTube/youtubeurs, le business autour de la plateforme s’est peu à peu mué en véritable écosystème, avec l’émergence de nouveaux acteurs dont les agences marketing spécialisées dans l’influence sur les réseaux sociaux et les agents ou « multi-channel networks » (MCN).

Emarketer estime que, d’ici 2022, le revenu généré par la publicité et le marketing d’influence sur YouTube surpasserait les 19 milliards de dollars.

 

Hivency, l’exemple d’une agence de marketing d’influence

Créé en 2016 par Dorian Ciavarella (La Rochelle BS & ESCP) et Sylvain Gasc (ESSEC & ESCP) alors qu’ils étaient encore étudiants, Hivency est une agence spécialisée dans les nano et micro-influenceurs.

Les deux fondateurs souhaitaient répondre, de manière concrète, aux besoins que les marques avaient, pour apparaître et se faire connaître sur les réseaux sociaux. Pour cela, ils ont parié sur les influenceurs, mais pas n’importe lesquels, ceux qui possèdent une communauté plus restreinte, mais plus engagée, que les mastodontes de YouTube, Instagram, Twitter, etc.

Leur service est en réalité une plateforme qui met en relation les marques et les influenceurs (« ambassadeurs »). N’importe quelle personne peut s’inscrire afin de recevoir des propositions de marques.

Hivency s’est rapidement développé, à l’aide de différentes levées de fonds :

  • 400 000 euros en octobre 2017 ;
  • 2,5 millions d’euros en août 2018, accordés par différents investisseurs dont Thierry Petit (Showroomprivé) et Hugues Le Bret (Compte Nickel) ;
  • 4 millions d’euros en décembre 2019, levés notamment auprès d’Alliance Entreprendre.

L’entreprise compte désormais 70 employés, répartis dans 2 bureaux, propose ses services à l’étranger (Allemagne et Espagne) et travaille pour des clients assez connus (Carrefour, Yves Rocher, L’Oréal, LVMH, etc.). Hivency souhaite désormais s’étendre sur d’autres réseaux comme TikTok.

 

Les networks, accompagnants incontournables pour les youtubeurs

Au départ, les « multi-channel networks » (MCN) ont été mis en place pour assurer davantage de visibilité aux youtubeurs et protéger leurs droits d’auteur : c’est par exemple le cas de VEVO, qui se charge de la diffusion de nombreuses musiques.

Mais peu à peu, ces MCN se sont mués en véritables agents et permettent aujourd’hui aux influenceurs, de plus en plus sollicités par les marques, de se délester du côté « business » de leur profession, pour ne se concentrer que sur la création de contenu.

Nombreux sont les youtubeurs qui ont décidé d’en rejoindre un, voyant leur charge de travail augmenter considérablement à cause de la recherche de partenaires, des négociations, des questions juridiques, etc.

Les partenariats sont désormais nécessaires aux influenceurs et s’ils souhaitent se lancer à plein temps dans le business, il est conseillé d’avoir plusieurs marques intéressées par ses projets : selon Reech, spécialisé dans le marketing d’influence, 65% des demandes de partenariats ne sont pas accompagnées d’une proposition de rémunération et pour 86% des personnes interrogées, l’activité d’influenceur rapporte moins de 5 000€ par an.