mercredi, décembre 2, 2020
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Frais de scolarité en école de commerce : une hausse inévitable

De plus en plus de médias s’intéressent au cas des écoles de commerce et expliquent comment les frais de scolarité de ces dernières ont flambé depuis quelques années. Cependant, cette hausse semblerait inévitable. Décryptage d’un mécanisme dont les rouages se sont mis en route il y a déjà plus décennies.

 

Depuis plusieurs années, Major-Prépa mène une enquête annuelle sur les frais de scolarité dont les premiers chiffres remontent à 2009. Le constat est sans appel : ils ont presque doublé en 11 ans. Les Parisiennes ont toute dépassé la barre symbolique des 50 000€ pour l’intégralité du Programme Grande École. Pourquoi les droits d’inscription ont-ils explosé ces dernières années ?

 

Le statut des écoles de commerce en France

Avant de comprendre la hausse de ces frais de scolarité, il convient de faire un léger détour pour mieux comprendre les structures juridiques des entreprises. Il existe plusieurs types d’écoles de commerce :

  • Les écoles publiques, qui sont au nombre de deux : EM Strasbourg, rattachée à l’Université de Strasbourg, et IMT-BS. Ces établissements affichent des frais de scolarité qui sont inférieurs à ceux des business schools du même standing.
  • Les écoles privées qui possèdent le statut d’associations, loi 1901. Ces écoles ne dégagent aucune marge financière et doivent réinvestir l’intégralité des frais de scolarité perçus dans l’établissement, au service de leurs étudiants. Parmi la multitude de business schools qui ont fait ce choix, on retrouve par exemple SKEMA Business School ou encore Rennes School of Business.
    • Les écoles privées à but lucratif. Très peu d’établissements sont à ce jour des for-profit organizations. Il s’agit de SA ou de SAS. C’est notamment le cas d’emlyon, depuis peu, mais aussi de l’INSEEC Grande École ou de l’ESCE, toutes deux membres du groupe INSEEC U.
    • Les écoles consulaires qui dépendent des chambres de commerce et d’industrie. Là encore, deux sous-catégories se dessinent : les EESC, qui affichent plus d’indépendance vis-à-vis de leurs chambres (Audencia, BSB, etc.) et celles qui possèdent encore le statut d’établissements consulaires, comme ESC Pau.

Pour en savoir plus sur la structure juridique des Grandes Écoles, rendez-vous sur notre article dédié !

 

Les dépenses des écoles de commerce

Avant de revenir sur les dépenses des business schools, il est important de noter que l’intégralité des bénéfices dégagés par les écoles de commerce doivent être réinvestis dans la structure.

Dans un live réalisé sur Business Cool et Major-Prépa, Alice Guilhon, Présidente du chapitre des écoles de management de la Conférence des Grandes Écoles (CGE), et Christophe Germain, VP de cette même instance, ont tous deux détaillé le budget des écoles de commerce.

Sans surprise, le plus gros poste de dépense est la masse salariale, qui représente entre 50% et 60%. S’en suivent les locaux et leur gestion (eau, électricité, entretien, etc.) qui sont à la charge des écoles. Ils représentent de 5% à 10% du budget, selon les business schools. Tout le volet technologique, qui a été au cœur des enjeux des établissements ces derniers mois, avec le déploiement d’outils pour permettre l’enseignement à distance, correspond à 8 à 10% du budget. Les départements dits « supports » que sont le marketing, la communication, le recrutement… représentent 5 à 10%. Enfin, le budget est complété par d’autres dépenses comme les bourses fournies aux étudiants les plus précaires.

 

Une hausse généralisée des frais de scolarités en école de commerce

Comme indiqué en préambule, ces dernières années, les frais de scolarité ont augmenté de manière drastique. L’enquête de Major-Prépa met en avait une hausse moyenne de 81,5% entre 2009 et 2020. Elle dépasse même les 100% pour des écoles comme HEC Paris, ESCP BS ou emlyon bs.

Bien sûr ces augmentations dépendent grandement des établissements et plusieurs facteurs sont à prendre en compte. IMT-BS a vu ses frais de scolarité grimper de plus de 650% entre 2009 et 2020. Cependant, il faut pondérer cette hausse qui est due en partie à un rattrapage de l’école qui affichait des droits d’inscription de 3 000€ pour 3 ans en 2009, contre 23 000€ en moyenne pour les autres business schools la même année. Aujourd’hui, il s’agit toujours de l’établissement qui affiche les frais les plus bas.

Globalement les écoles hors Top-15 affichent des hausses plus mesurées que celles que l’on peut observer pour les business schools du Top-15. Les augmentations sont généralement comprises entre 4 à 6% par an en moyenne. Mais à l’heure où le coronavirus a bousculé les méthodes d’enseignement, poussant les écoles à passer au format distanciel, de nombreux foyers se sont retrouvés impactés par une crise sanitaire qui s’est rapidement transformée par une crise économique. Ainsi, ce phénomène observé depuis plusieurs années trouve écho dans la presse et tout le monde s’empare de ce sujet, sans comprendre forcément ce qui alimente cette hausse qui est inévitable.

 

Les étudiants d’écoles de commerce se mobilisent

Face aux confinements successifs qui ont poussé les business schools à passer à l’enseignement à distance, nombreux sont les étudiants à avoir réclamé un remboursement des frais de scolarité. Une pétition allant dans ce sens a même été mise en ligne. Elle a réuni plusieurs milliers de signatures. Dans un tweet publié récemment, le BNEM (Bureau national des écoles de management) appelle les élèves d’écoles de commerce à être plus mesurés dans les revendications, les frais de scolarité représentant 70% des ressources des business schools.

Contacté par la rédaction, Étienne Loos, président du BNEM explique : « L’expression des étudiants est légitime. Cependant, les pétitions ont des limites dans la mesure où elles n’apportent pas de solutions et le spectre de propositions qui en émane est extrêmement réduit, voire nul. Nous préférons être force de proposition et c’est pourquoi le BNEM a lancé une étude sur l’impact du confinement dans les Grandes Écoles. Nous utiliserons nos résultats pour travailler avec la CGE et faire évoluer la situation des étudiants, notamment sur les sujets de l’isolement, des stages, de l’international, de l’insertion sur le marché du travail et des frais d’inscription. »

Découvre pourquoi il est impossible pour les écoles de commerce de rembourser les étudiants :

 

Frais de scolarité en école de commerce : les raisons de la hausse

Tout d’abord, il faut savoir que la scolarité d’un étudiant de niveau master coûte environ 20 000€ en France en école de commerce, contre 10 000€ pour l’université (à la charge quasi-exclusive de l’État). Bien évidemment, ce montant dépend de chacun des établissements. Cependant, comme il est facile de le constater, ce coût total de la formation n’est pas représentatif de la somme versée par les étudiants.

Qui paie la facture ? Dans le cadre des universités, c’est principalement le contribuable qui finance la scolarité des étudiants de niveau master qui doivent débourser 243€ par an, s’ils ne sont pas boursiers. Cependant, il est important de noter qu’a été entérinée la décision de faire payer une somme plus importante pour les élèves extraeuropéens. Ainsi, ils devront débourser 3 770€ par an pour effectuer une formation de niveau master.

En revanche, pour les Grandes Écoles de commerce dont les droits d’inscription ne dépassent pas encore les 20 000€, l’argent doit être trouvé ailleurs. Parmi les sources de financement, on retrouve bien évidemment la formation continue, mais aussi les alumni, les fondations, les partenaires entreprises ou encore le recrutement d’internationaux, qui doivent souvent payer plus cher que les étudiants nationaux pour accéder à un Programme Grande École.

Les écoles de commerce perçoivent également des subventions de la CCI. Cependant, ces dernières années, ces aides ont été grandement réduites. Les dotations des chambres de commerce et d’industrie ont été diminuées par les différents gouvernements. En 2018, l’annonce a été faite de réduire leur budget de 400 millions sur les 4 prochaines années. « Aujourd’hui, les chambres de commerce n’ont plus les moyens de financer les écoles », explique Alice Guilhon. Face à une telle réduction des recettes, les écoles n’ont pas d’autre choix que d’augmenter les frais de scolarité.

L’autre phénomène, c’est la compétition internationale. De nouveaux postes de dépenses se sont invités dans les écoles de commerce qui commencent à s’installer à l’étranger, multipliant les ouvertures de campus, mais qui veulent être visibles à l’étranger via le recrutement de professeurs internationaux, par exemple. « Il y a 16 000 établissements qui délivrent un diplôme de management dans le monde. Nous nous devons d’être compétitifs au niveau de la technologie, des services proposés aux étudiants… Nos coûts explosent », indique la présidente du Chapitre des écoles de management de la CGE.

Enfin, toujours sur le volet international, les écoles de commerce françaises augmentent également leurs frais de scolarité pour devenir attractives par rapport aux autres établissements d’enseignement supérieur étrangers qui affichent des droits d’inscription beaucoup plus élevés. Selon les membres de la CGE qui ont témoigné dans la vidéo ci-dessous, cela nuit à l’image des formations françaises puisque les internationaux pourraient penser qu’un programme qui est moins cher est forcément de moins bonne qualité.

Tous ces éléments combinés conduisent inévitablement à la hausse de frais de scolarité, une dynamique qui ne semble pas prête de s’arrêter tant les écoles manquent d’accompagnement financier de l’État et éprouvent le besoin de se développer pour être visibles en France, mais aussi rivaliser avec les meilleures institutions internationales.

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