Des bonus aux concours en fonction du contexte socioéconomique ?

Bonus concours

Après avoir fait parler de lui en novembre, à cause de la vente des coordonnées de candidats, le SAT fait à nouveau l’actualité. Cet examen, qui vise à identifier le niveau des étudiants avant leur entrée à l’université, a décidé de mettre en place de l’adversity index, un système qui prend en compte le passé du candidat, mais aussi l’environnement familial et économique dans lequel il évolue.

 

Depuis plusieurs années, le College Board [l’organisme qui possède le SAT, NDLR] teste l’adversity index, un outil de mesure qui veut replacer les résultats des candidats à cet examen très populaire dans leur contexte socioéconomique. L’objectif est de mettre en avant les « avantages » et « désavantages » de celui qui passe le test. Ce système a été mis en place dans 50 universités et écoles américaines, mais le College Board a décidé d’étendre le dispositif à 200 établissements d’ici 2020.

 

Pallier les critiques du SAT

Depuis de nombreuses années, le SAT est critiqué par les établissements. De nombreuses écoles de la Ivy League ont abandonné cet examen comme critère d’entrée. Le principal reproche : le manque de diversité. En effet, les écoles et universités qui recrutaient leurs étudiants par ce biais estiment qu’il favorise avant tout les candidats les plus aisés qui sont capables de se payer des cours privés pour améliorer leurs résultats.

Pour contrecarrer les critiques, le College Board a créé cet outil qui vise à « mettre en contexte les réussites des étudiants selon leur lieu de vie et leur lycée. Il ne donne pas d’informations sur l’étudiant, mais sur son environnement », explique un porte-parole de l’association. Cependant, pour Randofl Arguelles d’Elite Prep San Francisco, la mise en place de l’adversity index est le signe que le SAT ne permet pas de juger efficacement le niveau d’un candidat. « Si le score d’un test standardisé nécessite la création d’un algorithme pour déterminer s’il s’agit d’une mesure valide, peut-être qu’il est temps de corriger le test en lui-même plutôt que d’essayer de le contextualiser. »

 

Une mesure qui favorise la discrimination positive

Les écoles qui ont utilisé ce dispositif ont admis qu’il était d’une aide très précieuse. L’assistant-vice-président de Florida State University a expliqué qu’il avait permis de recruter des candidats qui n’auraient peut-être pas été acceptés dans l’école sans l’adversity index.

Cependant, tout comme la France qui se posait la question des points bonus pour les étudiants boursiers, ce système accorde un avantage ceux qui viennent de milieux défavorisés, une mesure dénoncée par certains experts. Heather Mac Donald du Manhattan Institute explique : « l’adversity score offre un bonus à ceux qui viennent de quartiers où le crime et la pauvreté sont élevés. Être élevé par un seul parent sera également un facteur positif. » Ainsi, ces situations donnent un avantage à ceux qui n’étaient pas issus d’un milieu très aisé, mais qui pourraient désavantager ceux qui n’ont pas connu d’accident de la vie.

 

Un dispositif intrusif ?

Si le College Board se veut rassurant sur les informations récoltées sur les candidats, SAT Adversity reste problématique. En effet, il affiche des données sur les absences de l’étudiant au lycée, mais aussi d’autres critères comme la stabilité familiale, le revenu médian du foyer ou encore le nombre de crimes commis. Ces informations sont comparées avec les moyennes au sein du quartier dans lequel vit le candidat. L’institution se base sur des données fournies par les établissements d’où proviennent les candidats. Il peut ainsi également afficher d’autres critères comme le nombre d’élèves par classe ou le pourcentage de lycéens qui sont ensuite allés à l’université.

SAT

Ces informations peuvent également produire l’effet inverse. Au lieu de favoriser l’accès aux étudiants, elles pourraient également les pénaliser. Quelle université voudrait d’un élève qui grandit dans au sein d’une famille qui n’est pas stable et où le revenu est assez faible ?

Il est à noter que ces données très précises – trop peut-être ? – ne sont pas accessibles aux étudiants qui ne connaîtront pas leur adversity score. Pour Michael T. Nietzel, ancien président de Missouri State University, ce refus de permettre aux candidats d’accéder à leur note prouve que le College Board n’est pas vraiment à l’aise avec ce dispositif.