Bien au-delà d’une simple baisse passagère de la demande, le confinement induit un réel changement dans les habitudes de consommation des Français. Si certaines entreprises espèrent un retour à la normale, d’autres misent sur un bouleversement des marchés. Et, si la crise semble n’en être qu’à ses débuts, il est déjà possible d’apercevoir quels seront les gagnants de la situation.

 

Quelle typologie d’entreprises est susceptible de mieux résister à la crise du coronavirus ?

La crise sanitaire, et plus précisément le confinement mis en place depuis le 17 mars, a largement impacté les entreprises. Celles-ci ont dû s’adapter à la situation via des mesures de sécurité ou le télétravail et, ce, de manière rapide et brutale.

Dès le début de la crise, le gouvernement a proposé des dispositifs de soutien aux entreprises. Pour éviter les licenciement massifs, le chômage partiel a été mis en place. « Ce que nous voulons faire, c’est qu’il ne soit pas utile de licencier, d’essayer de faire en sorte que l’entreprise puisse continuer son existence », explique Edouard Philippe. Cette mesure concernait 20% des travailleurs français (quatre millions), jeudi dernier. Et ce chiffre ne fait que grimper : mardi 31 mars, seulement 3,6 millions de salariés étaient concernés, cela représente +10% en deux jours.

Dans un récent article, VentureBeat a étudié la situation de 1 041 entreprises américaines, l’objectif étant de déceler les secteurs les plus susceptibles de surmonter cette crise.

Source : Venturebeat

Sans surprise, le transport, le tourisme, l’hôtellerie et l’immobilier font partie des plus touchés. Mais quels sont les secteurs qui, au contraire, s’en tirent bien ?

 

 

La santé, un domaine plus que jamais d’actualité

S’il y a bien un secteur dont on ne cesse de parler actuellement, c’est celui de la santé ! Mais si les hôpitaux et les soignants sont cités quotidiennement par les médias, qu’en est-il des laboratoires pharmaceutiques et des entreprises biotechnologiques ? Est-ce que cette crise sanitaire leur bénéficie ?

 

Le marché des tests et des diagnostiques

L’entreprise Biosynex, spécialisée dans les diagnostics in-vitro, a connu un fort engouement sur les marchés financiers. Partant de 3,10€, le 21 février, son action est montée jusqu’à 16€ au 1er avril, pour atteindre 18,50€ le 6 avril. Et l’entreprise vient d’annoncer la mise en place des trois nouvelles solutions afin de diagnostiquer le Covid-19 plus rapidement, ce qui devrait aider son cours à grimper davantage.

De même, l’action de Novacyt a été multipliée par plus de huit, en deux mois. Son action s’envole également suite aux autorisations délivrées par plusieurs États comme la France ou les États-Unis. Enfin, Co-Diagnostic, une petite biotech américaine, a vu son cours s’envoler lorsque les médias ont appris qu’elle étudiait le Covid-19. Mais après un pic atteint le 2 mars, la valeur de l’action a chuté considérablement.

 

Focus sur la recherche de médicaments et de vaccins contre le Covid-19

Bien qu’un vaccin ne puisse être mis en circulation avant mi-2021, des test sur des volontaires humains ont débuté dans différents pays. Sur les marchés financiers, les entreprises en charge des tests sont particulièrement recherchées.

Gilead Sciences, qui a annoncé, en février, deux essais cliniques pour l’antiviral Remdevisir et qui a obtenu le statut de médicament « orphelin »* de la part de la FDA (Food and Drug Administration), a vu la valeur de son action augmenter considérablement. 

*Ce statut permet au laboratoire pharmaceutique de bénéficier, pendant sept ans, de l’exclusivité du produit et donc de bloquer la production de génériques.

Mais ce n’est pas un cas isolé. Aux Etats-Unis, Moderna Therapeutics, dirigé par le français Stéphane Bancel, a été l’un des premiers groupes à se lancer. Et Inovio, qui développe le vaccin INO-4800, devrait commencer les essais le mois prochain. Le laboratoire prévoit de produire un millions de doses pour fin 2020. Pfizer, Johnson & Johnson et Sanofi on également lancé des études vaccinales.

 

La boom de la télé-médecine

Par peur de croiser d’autres malades, la patientèle des médecins déserte les salles d’attente. Ce comportement a renforcé les différentes applications qui proposent des consultations vidéos. C’est le cas de Teladoc Health (Etats-Unis) ou Doctolib (France).

Lors d’une conférence de presse donnée le 18 mars, le co-fondateur et président de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau (HEC), expliquait avoir eu une demande des télé-consultations multipliée par 18, en février. Le 17 mars, elles représentaient 50% des consultations réservées via la plateforme. Et le nombre de professionnels de santé proposant la télé-consultation a été multiplié par six en deux semaines, entre 24 février et le 9 mars.

 

Masques et gel hydroalcoolique : une pénurie constante et une demande croissante

Dans tous les pays, les fabricants de gels hydroalcooliques et de masques ont vu leurs stocks s’écouler très rapidement.

Malgré tout, la demande continue d’augmenter : les Laboratoires Gilbert prévoient de vendre 4,2 millions de flacons de lotion hydroalcoolique d’ici fin mai. Cela représente cinq fois leur performance de l’année passéeSelon l’institut d’études Nielsen, la demande de gels désinfectants a augmenté de 91% en janvier-février, par rapport à 2019.

Et les fabricants de masques tels que Euromédis ou Alpha Pro Tech ne sont pas en reste, leur situation est similaire. Flairant l’aubaine, certains groupes chinois ont même investi massivement dans les technologies adéquates pour pouvoir fabriquer des protections. « Une machine à faire des masques, c’est devenu une planche à billets », explique un directeur des ventes d’une entreprise du sud du pays, au Parisien.

Dans la même veine, on retrouve Clorox, fabricant américain de produits d’entretien à base de javel. Sur son site, l’entreprise a mis en avant ses différents produits ménagers qui se sont montrés efficaces pour éradiquer le virus.

capture d’écran du site Clorox.com

 

Grande distribution : la grande gagnante du confinement ?

Avant même l’annonce du confinement, les différentes enseignes de grande distribution ont été submergées par la demande. Dès le 17 février, Nielsen a enregistré une forte hausse des achats (volume et chiffre d’affaires), signe d’un début de stockage.

Le 29 février, Nielsen enregistrait une évolution des unités vendues de +100% pour les pâtes et les conserves de poissons, contre +70% pour les céréales et +50% pour le riz.

De nombreux produits manquent à l’appel et les chaînes de distribution ont parfois été accusées d’avoir augmenté leurs prix devant la forte demande. Néanmoins, ces suspicions ont été démenties.

 

Un épidémie qui booste le drive

Comme pour la télé-médecine, les différents dispositifs qui permettent d’éviter les contacts humains ont été pris d’assault. C’est le cas des drives, qui croulent sous les commandes.

Avant même l’annonce du confinement, les Français ont largement augmenté leur consommation. Si la semaine du 2 au 8 mars a été exceptionnelle pour la grande consommation, les chiffre sont encore plus surprenants lorsqu’on se concentre sur le drive : 30 millions d’euros de chiffres d’affaires réalisé le 6 mars et une progression de 29,4% en valeur (contre 6,2% en 2019).

 

Le secteur de l’e-commerce et de la livraison

Au global, ce sont tous les services de livraison à domicile qui battent des records, tout comme l’e-commerce.

La situation de crise vécue par Uber (jusqu’à 70% de trajets en moins à Seattle, Los Angeles, New York, etc.) a obligé son PDG à prendre la parole. En un mois, l’action a chuté de 64%, mais Dara Khosrowshahi tient à rassurer ses investisseurs : même avec une réduction de 80% du nombre de courses jusqu’à la fin de l’année, l’entreprise disposerait encore de 4 milliards de dollars de liquidités propres.

S’ajoute à cela UberEats qui se porte à merveille et qui connait une forte hausse des commandes. En effet, le système de livraison de repas reste la roue de secours pour les restaurants qui ne peuvent plus accueillir du public.

Autre exemple gagnant : Amazon. Pour faire face à la hausse de la demande aux Etats-Unis, l’entreprise a annoncé chercher 100 000 nouveaux employés quand de nombreuses multinationales annulent leurs recrutement. Mais, en France, la situation est plus mitigée : le groupe reçoit toujours des commandes mais le taux d’absentéisme sur les sites logistiques de l’entreprise avoisine les 50%. De nombreux collaborateurs ont décidé d’exercer leur droit de retrait, estimant qu’ils n’avaient pas à être exposés au coronavirus ou être vecteurs de propagation. Toutefois, le groupe reste tout de même doublement gagnant grâce à son service Prime Video, également boosté par la sédentarité des populations.

Le confinement, une aubaine pour le secteur des loisirs

Qu’on soit en télé-travail, en activité partielle ou en études, le confinement induit dans la majorité des cas, plus de temps libre.

Les services de VOD connaissent une très forte hausse, si bien que YouTube et Netflix ont dû baisser la qualité de leur vidéos, pour ne pas trop peser sur les réseaux et libérer de la bande passante pour les travailleurs.

De même, Disney + a décalé sa date de sortie en France, au 7 avril, suite à une demande du gouvernement, motivée par les mêmes raisons.

Mais le loisir ne s’arrêtent pas à ça : même si les sorties occasionnelles pour faire de l’exercice restent tolérées, les applications pour faire du sport à la maison connaissent un véritable engouement. Certains programmes se sont lancés dans des campagnes d’acquisition de nouveaux utilisateurs, via des cours gratuits en live :

Enfin, l’industrie du jeu vidéo a également le moral au beau fixe. Juste avant le confinement, le nombre de consoles vendues a progressé de +140%. Les ventes de jeux ont également connu un véritable bond :

Un univers mignon, non anxiogène, des animaux parlants comme voisins… depuis sa sortie, le jeu Animal Crossing est partout sur les réseaux sociaux. Les joueurs profitent du confinement pour y passer du temps et certains ont même eu l’idée d’y organiser leur mariage annulé à cause de la pandémie.

Dans un tout autre registre, le jeu Plague Inc., dans lequel le joueur essaie de faire se propager une maladie contagieuse, a connu un succès fulgurant. Sorti en 2012, le jeu s’est placé en tête des téléchargements au début de la pandémie, si bien qu’il a été interdit par la Chine le 27 février, sans justifications.

 

Le télétravail : un secteur prometteur

Car oui, il y a également des Français qui travaillent ou étudient. Et, grâce à eux, les outils de travail collaboratif et de visioconférence ont acquis de nombreux utilisateurs.

Slack, MicrosoftTeams, Discord ne connaissent pas la crise. Récemment, Zoom a fait la Une des articles grâce à Bird et TripActions, deux entreprises américaines qui ont annoncé leur plan de licenciement par visioconférence. Dans le cas de Bird, ce sont 400 personnes qui se retrouvent désormais sans emploi. De plus, elles ont reçu pour consigne de renvoyer leur ordinateur professionnel par voie postale.

De nombreuses entreprises B2B ont entrepris des opérations séductions, en offrant la gratuité de tout ou partie de leurs services. C’est notamment le cas de Hubspot qui a baissé le prix de ses abonnements et a rendu disponible certaines options pour l’ensemble de ses utilisateurs. Mais les grands groupes ne sont pas les seuls à pouvoir s’autoriser cela et, comme évoqué précédemment, les petites structures flexibles s’en tirent assez bien.

Par exemple, Klaxoon, une startup française qui a pour objectif de « révolutionner les réunions », a vu son nombre de demandes d’informations augmenter considérablement. Le PDG de l’entreprise rennaise, Matthieu Beucher, a affirmé avoir réceptionné « 5.000 appels, [soit] dix fois plus que d’habitude », en un temps record. La startup a même lancé un programme gratuit pendant 3 mois, pour tous les nouveaux clients, de quoi se faire un bon coup de pub !

 

Et la bourse dans tout ça ? 

Si toutes les places boursières ont connu des frayeurs ces derniers temps et que les indices ont grandement chuté au début de la crise, ce n’est pas le cas de toutes les valeurs.

 

Le « Stay-at-home » index de MKM Partners

Au lieu de parier sur la baisse des cours, certains choisissent plutôt de se concentrer sur les sociétés qui ne cessent de croître et qui sortiront gagnantes de la crise du coronavirus. La société d’investissement MKM Partners a déjà trouvé ses 33 favoris.

Entreprise Siège social Activité
Activision Blizzard Etats-Unis Développeur et éditeur de jeux vidéos
Alarm.com Etats-Unis Service de surveillance à distance
Alibaba Chine E-commerce
Amazon Etats-Unis E-commerce
Atlassian Australie Editeur de logiciels
Blue Apron Etats-Unis Livraison de kits pour cuisiner
Boingo Wireless Etats-Unis Fournisseur d’internet
Campbell Soup Etats-Unis Industrie agroalimentaire
Central Garden & Pet Co Etats-Unis Produits animaux
Citrix Systems Etats-Unis SaaS B2B
Clorox Etats-Unis Produits d’entretien
Diamond Eagle Etats-Unis Gestion d’actifs
eBay Etats-Unis Courtage en ligne
Facebook Etats-Unis Réseaux sociaux
GrubHub Etats-Unis Livraison de repas
JD.com Chine E-commerce
Match Etats-Unis Sites de rencontre
Netflix Etats-Unis Plateforme de VOD
New York Times Etats-Unis Média
Nexstar Media Etats-Unis Média
Okta Etats-Unis Gestion d’identité et d’accès sécurisés
Peloton Etats-Unis Matériel d’exercice et média
Purple Innovation Etats-Unis Literie
Shutterstock Etats-Unis Banque d’images
Sirius XM Etats-Unis Services de radio
Slack Etats-Unis Plateforme de communication
Sonos Etats-Unis Systèmes Hi-Fi
Sturm Ruger & Co Etats-Unis Armes à feu
Tecent Music Chine Streaming musical
Yelp Etats-Unis Avis participatifs
Zillow Etats-Unis Annonces immobilières
Zoom Etats-Unis Plateforme de télécommunication
Zynga Etats-Unis Jeux vidéos

 

Mais bien-sûr, ces valeurs ne sont pas les seules à sur-performer, c’est également le cas des autres citées dans cet articles ou … de l’or, une des valeurs « refuges », comme en témoigne le cours de Newmont Mining, une société d’extraction minière.