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Le Social-Business, l’utopie capitaliste ?

Le Social-Business, l’utopie capitaliste ?
Mélaine Compain

Le Social-Business, définition et limites

Alors que le terme d’entrepreneuriat social englobe toutes les actions et les projets qui auront un but social, le terme de social-business définit plus précisément toutes les entreprises lucratives basées sur une stratégie économique pérenne et dont l’objectif principal est social (et également environnemental), c’est-à-dire qu’il vise à améliorer les conditions de vie d’une population.

Par exemple, une association caritative n’est pas considérée comme un social-business car elle ne crée pas elle-même les richesses qui lui permettraient d’agir sur le long terme. Effectivement, elle dépend de dons extérieurs. La force et l’intérêt du social-business résident justement en ce point. L’entreprise fonctionne comme une entreprise traditionnelle : sa longévité ne dépend que de sa gestion et non d’un apport constant en capitaux, elle ne vend pas à perte, cependant, les profits sont en partie réinvestis pour rendre l’activité encore plus efficace sur le plan social (après une période de remboursement des investisseurs).

Pour faire simple, tout le monde est gagnant, le producteur comme le consommateur. En plus de cela, l’entrepreneur tire de cette expérience la satisfaction d’aider des personnes qui connaissent des difficultés tout en gérant un business rentable. Qui a dit que le social business n’était pas rentable ?

Concernant son financement, le social-business n’a pas pour vocation de générer des bénéfices pour celui qui souhaite investir, les grands investisseurs à la recherche de la maximisation des profits n’y auront évidemment pas grand intérêt. Cependant, pour les philanthropes, le modèle est beaucoup plus avantageux que l’habituel système de don puisqu’après avoir donné, ils récupèrent la mise initiale et peuvent ainsi investir à nouveau. Il n’y ni pertes ni gains mis à part celui de la satisfaction d’avoir contribué à rendre le monde meilleur par le développement économique.

L’investissement de départ pour les social-business qui constituent le moyen le plus efficace d’agir sur le plan social pour les donateurs vient donc de ce flux qui représente tout de même environ 390 milliards de dollars par an (et oui, quand même …).

 

Un exemple concret : Muhammad Yunus

Maintenant que la présentation théorique est faite, passons à une présentation plus concrète des social-business dans le monde. Pour cela, il n’y a pas meilleur exemple que l’énorme travail fait par Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix en 2006 pour ses entreprises Grameen. Par le hasard des choses, il se trouve que c’est la personnalité qui m’a fait connaître et aimer cette branche de l’économie qui a tout pour représenter l’avenir du capitalisme.

L’histoire est simple, en rentrant dans son pays natal, le Bangladesh, Muhammad Yunus s’est rendu compte que les problèmes de développement économique et de pauvreté venaient de la difficulté à trouver de l’argent pour pouvoir monter un commerce sans se retrouver dépendant d’un prêteur et sans crouler sous des taux d’intérêt exorbitant.

Il s’est également rendu compte qu’avec seulement 27 dollars, il était possible de prêter à 42 personnes pour les aider. C’est ainsi que l’idée de ne prêter qu’aux pauvres va naître. Contrairement aux banques traditionnelles, cette banque va accompagner les emprunteurs dans leurs projets afin de les aider à devenir autonome économiquement.

Il s’est vite rendu compte que, contrairement aux préjugés des banques traditionnelles, les pauvres étaient solvables et que l’activité pouvait être rentable. Ainsi est née la banque de micro-crédit répondant au nom de Grameen Bank.

Par la suite, Muhammad Yunus développera d’autres « Grameen » comme la Grameen Phone pour développer les services de téléphonie mobile dans les milieux défavorisés ou encore la Grameen Danone. Cette dernière initiative se greffe à un partenariat avec Danone et permet de produire des aliments nutritifs et abordables pour les plus pauvres.

Tout cet empire est basé sur le même modèle, le social-business.

Pour plus de détails, le Prix Nobel bangladais a écrit plusieurs livres au sujet du social-business et de son histoire que je vous recommande afin de découvrir une autre façon de voir l’économie.

 

En école de commerce, le Social-Business a le vent en poupe

Aujourd’hui, le concept d’une économie qui s’intéresse aux enjeux sociaux et environnementaux sans oublier la performance économique gagne du terrain et tend à s’imposer de plus en plus dans le paysage entrepreneurial. Un grand nombre d’écoles de commerce propose des associations dans ce domaine comme Enactus qui incite à s’investir dans l’entreprenariat social.

Ce réseau d’associations étudiantes constitue par ailleurs un excellent moyen d’acquérir une expérience en tant qu’entrepreneur en s’investissant dans un projet qui, de la même manière que les social-business, repose sur la prise de conscience des problèmes sociaux et environnementaux tout en étant viable économiquement. Alors qu’aujourd’hui la nouvelle génération d’étudiants en école de commerce recherche de plus en plus un métier ayant du sens et une éthique, le social-business semble avoir de l’avenir.

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