Visuel illustrant l'avenir des mathématiques en prépa économique
Décryptage

La prépa économique doit-elle supprimer les mathématiques ?

En prépa économique, ECG ou ECT, les mathématiques ne servent pas seulement à résoudre des équations abstraites, mais ont une fonction absolument centrale, à la fois pratique et conceptuelle. Explorons cela dans cet article.

Une fonction annexe à l’économie

La France est d’abord perçue comme un « pays de l’élite mathématique », formant les plus grands mathématiciens au monde encore aujourd’hui (2ème place mondiale en Médaille Fields derrière les USA). Cette culture mathématique, d’abord transmise et auto-entretenue par les classes préparatoires scientifiques, s’est indéniablement étendue aux classes préparatoires économiques et commerciales, créées en 1920. Même si le niveau moyen de la population a quant à lui considérablement baissé : l’écart entre l’élite et la masse se creuse.

Les mathématiques restent cependant un héritage historique et intellectuel des classes préparatoires économiques et servent initialement à modéliser l’économie. Les concepts, comme l’offre et la demande, l’équilibre général, l’élasticité, la croissance ou le marché financier, reposent souvent sur des formulations mathématiques. La maîtrise des fonctions, dérivées, intégrales, limites, suites et matrices, bien que plus poussées dans la matière mathématiques, que leur application directe en ESH ou en éco-droit, permet de se représenter quantitativement ces phénomènes et de raisonner de manière rigoureuse.

Ensuite, les mathématiques développent la capacité de raisonnement logique et structuré. La résolution de problèmes en prépa économique ne repose pas uniquement sur une question de calcul : elle exige de savoir poser un problème, formuler une hypothèse, démontrer un résultat étape par étape et justifier ses choix. C’est exactement cette logique qui sera évaluée dans les concours et qui est directement transférable à la microéconomie et à la macroéconomie.

Les mathématiques, matière objective ?

L’apprentissage intensif des mathématiques joue un rôle indirect mais central dans l’entraînement intellectuel. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des outils techniques pour résoudre des équations : travailler les suites, les dérivées, les matrices ou les probabilités oblige l’étudiant à mobiliser simultanément plusieurs capacités cognitives, comme la logique, l’attention, la mémoire de travail et la gestion du temps. Cette sollicitation constante contribue à améliorer ce que l’on pourrait qualifier de « QI opérationnel », c’est-à-dire la capacité à analyser, synthétiser et traiter rapidement une masse importante d’informations.

Les mathématiques servent également à départager les candidats. Dans le système de concours français, les maths fonctionnent en partie comme l’un des départages les plus objectifs possibles. Avec un gros coefficient, elle est considérée comme une matière « sûre » à l’instar des langues vivantes, dans le sens ou avoir été bon pendant la prépa garantit presque dans tous les cas un reflet de ce travail dans les résultats du concours ; à l’inverse le « talent » ne pourra pas sauver ceux qui n’ont pas travaillé la matière de leur côté.

En effet, d’autres matières à gros coefficients, comme les dissertations (Culture générale, ESH, Géopolitique…), ont des notes plus volatiles, la subjectivité du correcteur étant renforcée, et le risque de hors sujet, plus grand. Les écoles privilégient donc les mathématiques pour éviter de recruter des candidats ayant enchaîné les « coups de bol » durant les épreuves plus subjectives.

Un rôle pour les futurs métiers

Elles permettent également de préparer à la finance de marché (trader, quant, data analyst, data scientist, hedge fund, gestionnaire d’actifs) et la finance d’entreprise (analyste M&A, private equity, corporate finance…) : deux voies extrêmement prisées qui recrutent en sortie d’école de management.

Les méthodes statistiques, probabilistes et algébriques sont des outils indispensables pour analyser des données, construire des modèles économétriques ou comprendre des instruments financiers complexes. En prépa, ces notions sont abordées dans un cadre théorique rigoureux, mais elles forment la base indispensable pour les études supérieures en économie, gestion ou finance.

La capacité d’un étudiant à assimiler et à appliquer des concepts mathématiques complexes permet aux écoles de « trier » les candidats qui pourront ou non supporter le volume et l’intensité des Master en Finance une fois en école et devenir des salariés opérationnels dans les plus grandes entreprises, face à une concurrence mondiale, et particulièrement asiatique, vue comme extrêmement féroce en maths. En s’assurant que leurs étudiants aient, par le passé, eu des bonnes notes en maths en sortie de prépa, les écoles savent qu’ils pourront ingurgiter un flux d’informations dense, structurer une pensée et persévérer dans un travail exigeant, compétences nécessaires s’ils décidaient de s’orienter dans des métiers réputés à parfois plus de 70h par semaine.

Pourrait-on se passer des mathématiques en prépa EC ?

Avec la réforme de la filière ECG, les mathématiques pourraient à terme devenir une simple option, offrant ainsi une plus grande flexibilité aux profils moins orientés vers les disciplines quantitatives.

En quoi les étudiants prenant l’option Géopolitique ont-ils encore besoin de maths en prépa, sachant que la matière n’est plus la continuité du cursus scientifique ECS (maths approfondies) ? Pourquoi un étudiant certain qu’il ne veut aucunement faire de la finance n’a-t-il pas l’option d’enlever les mathématiques comme critère d’évaluation en prépa ?

On pourrait envisager qu’une partie des places dans des écoles soit réservée à des candidats ne suivant pas les mathématiques. Ces derniers auraient alors des débouchés plus restreints (ils ne pourraient pas accéder au Master in Finance), ce qui permettrait de concilier ouverture et spécialisation. C’est déjà le cas chez les ingénieurs : les places par école sont précisément limitées suivant le cursus choisi : MP, PC…

De plus, en s’engageant à ne pas travailler dans tel ou tel secteur (via un diplôme légèrement différent), les étudiants rassureraient les écoles, qui ne perdraient pas leur « crédibilité » auprès des banques d’investissement due à une faible performance de leurs alumni. D’ailleurs, mieux l’école est classée, et donc prisée comme « target school » par les plus grands fonds, plus élevé sera son coefficient en mathématiques. Rien n’est laissé au hasard.

Rejoindre les écoles sans faire de mathématiques ?

Cette réforme aurait des conséquences pour certains profils. Les étudiants très bons dans d’autres domaines mais moins performants en mathématiques, et qui ne souhaitent pas s’orienter vers la finance ou les doubles diplômes avec les écoles d’ingénieurs, pourraient bénéficier d’une ouverture plus large vers les écoles. L’écrasante majorité des débouchés ne nécessitent pas le niveau en mathématiques demandé en prépa ECG : ressources humaines, supply chain, marketing, RSE, gestion, entrepreneuriat, luxe… D’autres métiers, liés à la comptabilité, à l’audit et au commerce itinérant, n’ont quant à eux rien à voir avec la rigueur des mathématiques de prépa, et sont déjà enseignés directement en école.

Cette ouverture est pour l’instant déjà rendue possible aux voies littéraires A/L (prépa littéraire sans mathématiques) et AST qui sont désormais un vivier de recrutement conséquent. Quant aux voies d’admission parallèle, ou BBA, le fait de ne pas avoir fait une CPGE peut encore rebuter certains recruteurs français, notamment dans les cabinets de finance (ce qui est relativement logique) ou en conseil en stratégie (par tradition culturelle du réseau d’alumni).

Conclusion

En définitive, les mathématiques en prépa économique sont bien plus qu’une discipline : elles sont le pilier d’un système de formation et de sélection. Si une évolution vers plus de flexibilité est envisageable, leur rôle central semble indissociable de la valeur que le système français accorde à la rigueur analytique et à la sélection par les concours. La multiplication des voies d’accès et la démocratisation du modèle des Grandes Écoles semble cependant s’affranchir des mathématiques ; pourquoi alors ne pas rendre la matière optionnelle, pour certains futurs préparationnaires ?

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