Visuel représentant la compétition entre les écoles du SIGEM, et l'INSEAD
Analyse Décryptage

L’INSEAD dans le SIGEM : le cauchemar des Grandes Écoles de management

L’INSEAD, l’école française réputée pour être classée parmi les meilleures au monde, ne recrute aujourd’hui aucun étudiant post-prépa. Mais que se passerait-il si l’institution choisissait d’entrer dans le système et d’intégrer le classement SIGEM ? Cette hypothèse interroge en profondeur l’équilibre des grandes écoles de commerce françaises.

Pour faire court, l’INSEAD est une marque mondiale. Son MBA et son MiM sont classés régulièrement top 5 mondial (Financial Times, Forbes…), son corps professoral est international, et ses diplômés occupent des postes clés chez McKinsey, Google ou JP Morgan aux USA. Autrement dit, l’absence de l’INSEAD dans le système post-prépa est actuellement un cadeau énorme pour les Parisiennes.

Pourquoi l’INSEAD n’intègre pas le SIGEM ?

Son positionnement

L’INSEAD a une promesse unique : « The Business School for the World ». Pas for the French, pas for Europe. For the World. Son modèle américain est volontairement élitiste et très international. Si elle visait traditionnellement un public global, professionnel, mobile, et non un public français de 20 ans, l’ouverture récente de son MiM montre qu’elle a changé de stratégie. Cependant la multiplication des modes de recrutement pour acquérir une masse de talents français n’est pas sa priorité.

Son statut d’outsider lui convient pour l’instant, car en entrant au SIGEM, elle devra tout de même agrandir ou même changer ses infrastructures. Car oui, ouvrir un PGE impliquerait des dépenses logistiques, pédagogiques et stratégiques énormes, pour un gain de position qui l’intéresse peu : l’INSEAD est déjà au minimum top 5 mondial en MBA et en MiM dans la plupart des classements de renom. Peut-être a-t-elle jugé que même à long terme, le retour sur investissement n’en valait pas la peine. Et ce, malgré les brillants candidats de prépa qu’elle pourrait recruter.

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Le choix de l’attente

Si l’INSEAD n’intègre pas le SIGEM, c’est qu’elle sait que certains alumni des écoles du SIGEM intègreront son réseau dans le futur, en MBA ou en EMBA. Cette absence arrange l’INSEAD elle-même : elle évite de se « salir les mains » dans la compétition française, tout en conservant son aura inaccessible. Si elle intègre le SIGEM, mais qu’elle « fait un flop », tombant hors du top 3 du classement des préférences la première année, elle aurait littéralement tout à perdre. De plus, son MiM actuel est peut-être même plus sélectif à rejoindre que celui des parisiennes ; une ouverture massive aux prépas lui ferait donc perdre de la « valeur ».

L’INSEAD applique une stratégie qui lui offre une position optimale dans l’écosystème français. En récupérant via son MBA les diplômés déjà « validés » par le marché du travail, elle bénéficie du meilleur des deux mondes : le système investit dans la formation initiale des talents, tandis qu’elle « écrème » ensuite les meilleurs profils, français ou non, une fois formés et expérimentés.

Et si l’INSEAD intégrait le SIGEM 

Note de l’auteur : l’INSEAD n’a jamais prétendu vouloir intégrer les concours post-prépa, et il est tout à fait possible qu’elle ne le fasse jamais. Le reste de cet article est un exercice de spéculation stratégique, un « et si ? » poussé jusqu’à ses conséquences logiques. Il ne reflète la stratégie officielle d’aucune institution mentionnée. Les estimations et projections avancées ici sont des hypothèses de travail, pas des prédictions.

Un scénario aux conséquences explosives 

Imaginons que l’INSEAD décide de créer une filière post-prépa, avec des places ouvertes au concours BCE. Cette raison stratégique serait pour une captation des meilleurs talents français en MiM ainsi qu’une diversité des étudiants de son MiF. Elle qui est basée à Fontainebleau, le classement SIGEM tel que nous le connaissons serait immédiatement bousculé, et le terme de « Parisiennes » perdrait tout son sens. En effet, HEC-ESSEC-ESCP deviendrait vraisemblablement HEC-INSEAD-ESSEC dans certaines grilles de préférences. Car l’INSEAD bénéficierait d’avantages clés décisifs.

D’abord, un prestige mondial supérieur à n’importe quelle école supérieure française chez les entreprises mondiales, bien qu’encore méconnue du grand public de l’Hexagone. Aussi, une promesse de débouchés internationaux sans égal, comparable à la Harvard Business School ou Chicago Booth. Enfin, un effet d’aura immédiat sur les candidats les mieux classés, qui sont pour la majorité souvent issus de grandes prépas parisiennes, et donc plus au fait de certains débouchés mondiaux ou de certaines écoles, dont l’INSEAD.

L’effet de l’INSEAD dans le SIGEM en 2025

L’Institut Européen d’Administration des Affaires siphonnerait probablement les candidats admissibles à HEC mais non admis, notamment les admis habituels de l’ESSEC et de l’ESCP (fuite des cerveaux). Ces dernières perdraient mécaniquement en attractivité, en devenant les « deuxièmes choix » ; et l’ESSEC ne serait plus à HEC ce qu’est CentraleSupélec à Polytechnique, à savoir : une école à la pédagogie innovante et divergente par rapport à l’école d’ingénieur numéro 1 ; l’INSEAD prendrait ce rôle.

HEC Paris, menacée ?

Cependant, HEC Paris conserve à court terme, des atouts qui limiteraient l’hypothèse d’une prise de leadership immédiate de l’INSEAD ; car elle possède une marque enracinée dans l’imaginaire des préparationnaires depuis deux siècles, une puissance d’alumni incomparable en France, et une proximité avec les grands recruteurs européens. Le réseau HEC dans la haute fonction publique, la politique, la finance parisienne reste sans équivalent, et ces logiques pèsent lourd au moment des choix SIGEM. De plus, l’INSEAD n’a pas encore de culture post-prépa : il lui faudrait plusieurs années pour rassurer les classes préparatoires, et prouver que sa formation initiale rivalise bien avec HEC Paris.

Par tradition et sécurité, HEC reste la numéro 1 ; mais cela n’empêchera pas l’effet domino de l’intégration de l’INSEAD d’atteindre ensuite l’EDHEC, l’emlyon, SKEMA, etc., à mesure que les places se décaleraient. KEDGE pourrait ne plus faire partie du top 10 au SIGEM. L’INSEAD et HEC Paris constitueraient alors une élite bicéphale, et les autres écoles françaises devraient redéfinir leur positionnement. On dirait alors : « je vise le top 6 » au lieu de dire « le top 5 », on arrêterait de parler de « top 3 » ou de « Parisiennes » pour plutôt parler du « top », et le narratif deviendrait : « HEC et l’INSEAD ou rien ».

Des défis logistiques

Pas assez de préparationnaires

La BCE et ECRICOME brassent chaque année environ 9 000 candidats, toutes voies confondues (ECG, ECT, littéraires) ; et pour un total s’ajustant en conséquence (certaines écoles en bas du SIGEM ne remplissent pas toutes leurs places post-prépa). Si l’INSEAD prend comme HEC, à savoir environ 400 places, cela représenterait une variation de 4,5% du total, soit une perturbation importante du système. Et pas des moindres : ce ne seraient pas 400 étudiants choisis au hasard, mais 400 étudiants parmi les meilleurs, donc les promotions des écoles du dessous arriveraient avec un niveau d’entrée relativement « plus faible » que les années précédentes.

Cependant, cet effet serait contrebalancé : l’ouverture de l’INSEAD pourrait en dissuader un grand nombre de cuber, car il y aurait alors, par effet de siphonnage, plus de chances d’obtenir mécaniquement une place à l’ESSEC, l’ESCP, l’EDHEC ou l’emlyon (écoles généralement les plus visées après une troisième année de prépa). En réalité, ce sont les écoles hors du top 13 au SIGEM qui, peinant déjà à remplir leurs effectifs, se retrouveraient les plus affectées par cette entrée, et non la première moitié du tableau des écoles.

L’administratif, une épine dans le pied pour l’INSEAD ?

Aucun obstacle administratif ne s’oppose à son intégration. L’INSEAD fait partie de la Conférence des Grandes Écoles, est triplement accréditée et délivre le grade de Master reconnu par l’État. Alors oui, elle ne fait pas partie d’une Chambre de Commerce et d’Industrie, mais l’EDHEC non plus (association de loi 1901), tout comme l’ESSEC qui n’était historiquement pas rattachée à une CCI ; donc ce n’est pas une condition obligatoire pour intégrer l’une des deux banques.

Cochant toutes les conditions, un refus qu’elle rejoigne la BCE ou ECRICOME ne pourrait vraisemblablement pas venir du Ministère de l’Enseignement supérieur. Mais il existe une résistance réelle : les écoles regroupées par la BCE, déjà en place, pourraient faire blocus face à l’entrée d’un acteur aussi puissant, de peur d’un rééquilibrage brutal du classement SIGEM, de la hiérarchie perçue, et surtout : du manque à gagner potentiel !

Une montée en puissance discrète

L’INSEAD, pour ne pas provoquer une levée de boucliers immédiate de la part des écoles de management, pourrait adopter une stratégie incrémentale en n’ouvrant que peu de places via la BCE pour commencer. Une croissance maîtrisée lui permettrait d’ancrer sa présence dans le SIGEM sans perturber brutalement l’écosystème, tout en grignotant peu à peu les parts d’attractivité des écoles déjà installées.

1) Pour montrer patte blanche, elle mettra seulement à disposition une trentaine de places en première année, dans le cadre d’un programme PGE sur mesure avec une L3 nouvellement créée. Puis, chaque année, elle augmentera progressivement le nombre de places : 60, puis 100, puis 130…

2) Elle pourrait, pour s’intégrer dans l’écosystème, soit rejoindre les épreuves mutualisées existantes, comme « Management HEC / INSEAD » pour les ECT, soit créer ses propres épreuves sur-mesure, comme « Géopolitique INSEAD» (deux matières en rapport avec son cœur de métier). Devenir conceptrice ne concerne que les écrits ; en parallèle, elle instaurerait une sélectivité extrême aux oraux : entretien de motivation en anglais, épreuve de culture générale, tests psychotechniques… pour maintenir un positionnement prestigieux.

3) Elle s’engagerait à promouvoir le modèle de la classe préparatoire aux lycéens, afin de faire augmenter le nombre de candidats ECG / ECT, et ainsi ne pas léser les écoles plus basses qui verraient dans l’apparition de l’INSEAD un préjudice économique…

Et si la BCE refusait l’INSEAD ? 

L’INSEAD pourrait se tourner vers ECRICOME, qui aurait plus de chances d’accepter cette entrée. Un effet d’aubaine massif apparaît alors pour les cinq autres écoles du groupe, tant sur le plan financier que de l’attractivité : les meilleurs candidats de la BCE, habituellement non inscrits à ECRICOME, payeraient le concours uniquement pour viser l’INSEAD. En retour, les autres candidats, habituellement admissibles à NEOMA, KEDGE… subiraient une baisse mécanique de leurs notes, car la gaussienne d’évaluation serait réajustée à la hausse par la présence de copies émanant de classes préparatoires d’élite (Louis-le-Grand, Henri IV, Stanislas…). La sélectivité des écoles, un problème que beaucoup pointent, serait donc réhaussée.

L’INSEAD fixerait une barre d’admissibilité très haute, proche de 17,5, rendant en pratique l’accès à son programme aussi sélectif qu’HEC et sa barre de 15,3 (2025) à la BCE, malgré un outil de sélection plus accessible. Si l’INSEAD venait à se heurter à un refus de la Banque Commune d’Épreuves, que ce soit pour des raisons politiques ou de résistance passive, elle pourrait tout à fait rejoindre le concours ECRICOME, devenant un concours à part entière chez ceux considérant aujourd’hui ses épreuves comme un « entraînement avant la BCE ».

En clair, ECRICOME ou pas, l’entrée de l’INSEAD au SIGEM actera la fin de l’oligopole direct de l’ESSEC et de l’ESCP aux tout premiers rangs. Cela pousserait les Parisiennes à se réinventer pour survivre, ce qui, à long terme, pourrait améliorer la qualité globale de l’enseignement supérieur français.

Des freins structurels qui n’en sont pas

Pourquoi s’arrêter à un recrutement Bac+3 comme elle le fait actuellement via son MiM? Pourquoi ne pas aller chercher les meilleurs profils encore plus tôt, directement à la sortie de prépa en Bac+2 ? Des obstacles structurels subsistent si l’INSEAD envisage d’ouvrir une filière en L3 post-prépa, qui pourraient expliquer pourquoi elle ne l’a pas encore mise en place.

L’ouverture d’un PGE et des Masters

Les enseignants de l’INSEAD dispensent leurs cours exclusivement en anglais. Maintenir un enseignement dans cette langue ne découragerait pas les candidats étant donnés les succès de l’English Track dans toutes les autres écoles. Cependant, ouvrir une filière L3 impliquerait de constituer une équipe pédagogique capable d’enseigner sur un cycle de trois et non deux ans. Par ailleurs, créer une L3 supposerait d’intégrer un système propre à la France, inexistant dans le modèle anglo-saxon ; un léger manque de cohérence pour une école se voulant internationale. Cela dit, rien n’empêcherait ensuite les L3 de rejoindre le MiM déjà existant en se mêlant aux internationaux par la suite.

L’INSEAD ne propose aujourd’hui que son Master in Management, déjà classé 3ème mondial par le Financial Times, pour ses jeunes recrues actuelles de 130 étudiants (son MBA et son EMBA sont réservés aux plus âgés). Mais elle n’offre pas de MSc – Masters Spécialisés (Data, RH, Marketing…). Il faudrait donc soit qu’elle ouvre des places dans son MiM comme on l’a vu, soit qu’elle repense son système de Masters en en ouvrant d’autres (comme son MiF qu’elle vient de créer en 2025). Foreshadowing ?

Ses partenaires nationaux et internationaux

À ce jour, l’INSEAD ne dispose que de quelques partenariats : Sorbonne Université (double diplôme en  management de l’innovation), Tsinghua (pour ses EMBA), Wharton (en MBA), et dans une moindre mesure : John Hopkins. À titre de comparaison, les autres grandes écoles de commerce françaises ont généralement plus de deux cents partenariats internationaux avec une vingtaine de doubles diplômes, ce qui ne limite pas les options d’ouverture et de spécialisation pour les étudiants. Du fait de ce nombre restreint de partenaires, d’exception certes, elle n’offre pas d’échanges ou de diplômes joints pour ses étudiants en pré-expérience.

Deux scénarios sont envisageables : soit l’INSEAD se pense comme elle-même comme internationale (comme c’est déjà le cas), soit elle aligne son positionnement en phase avec le marché afin de proposer des doubles diplômes, échanges ou autres tracks en M1 ou M2. Dans ce cas, l’INSEAD devra donc se constituer un catalogue de partenaires spécifiques, ce qui représente un travail stratégique de longue haleine.

La professionnalisation inexistante à l’INSEAD

Comme à HEC, l’alternance n’existe pas chez l’INSEAD. De surcroît, l’INSEAD n’a quasi aucune « culture asso », contrairement aux écoles de commerce françaises. Des associations se développent, oui ; mais chez nos étudiants, la richesse de la vie associative pèse parfois lourd dans les choix SIGEM, et rien de comparable à ne serait-ce qu’un WEI, ne se retrouve chez l’école bellifontaine. Mais est-ce vraiment bloquant ? Pas nécessairement. Chaque année, de très bons profils du concours BCE choisissent déjà des établissements encore plus exigeants et à l’image plus austère, à savoir trois écoles très rigoureuses hors du SIGEM, et à culture associative réduite.

École Discipline dominante Nombre de places via BCE 
ENSAE Paris Économie, statistique, data 18
École Normale Supérieure de Paris Saclay  Économie, gestion 4
ESM Saint-Cyr Coëtquidan Sciences humaines, logistique, armée Environ 40

Ces écoles qui ont un taux de remplissage avoisinant les 100%, prouvent que le « sérieux » ou la rigueur académique ne rebutent pas les meilleurs profils issus de prépa. Une INSEAD exigeante pourrait parfaitement séduire le même vivier. Peut-être même que l’INSEAD, si elle devait recruter en post-prépa, passerait par cette voie d’admission parallèle.

Une solution pour l’intégration de l’INSEAD ?

Ouvrir une délégation pour le marché français

Admettons qu’elle se lance. L’INSEAD devrait-elle alors absorber une autre école de commerce afin de faire face aux freins structurels évoqués précédemment (professeurs, masters, associations, alternance…), et ainsi limiter les coûts de transition ? Oui, mais qui ?  Personne ne joue dans sa catégorie. La différence de positionnement est cruciale, et les alumni râleront de partager leur diplôme avec une école considérée inférieure. Cependant, cela n’a pas empêché l’ESCP de s’accaparer Novancia malgré la colère des étudiants.

Or, étant donné que l’INSEAD se veut ultra internationale, seule une petite minorité des étudiants de son MiM sont français. La grande majorité de ses étudiants venant du monde entier, et si l’école intégrait la BCE, elle devrait relever fortement son quota d’étudiants français. Or cet objectif contredirait sa stratégie, risquerait de la faire chuter dans les classements qui évaluent l’ouverture internationale, et lui ferait perdre instantanément son statut unique.

Comment lutter contre son propre ADN international ?

L’idéal serait donc qu’elle crée une filiale, admettons « INSEAD Young » uniquement pour son MiM français, distincte de son campus principal de par sa localisation et de ses programmes MBA, EMBA, PhD et MiM classique. Ce serait la seule manière de se voir classer deux fois dans les rankings internationaux. Car plusieurs cas similaires existent. Par exemple, le CEMS (un réseau d’écoles mondiales co-délivrant un Master commun, dont les cours sont dispensés par HEC Paris pour la France). HEC apparaît donc indirectement deux fois dans les classements, une fois pour ses propres programmes et une fois via le classement du CEMS pour les doubles diplômes français qu’elle offre à ses étudiants étrangers.

Autre exemple, celui de l’EMBA de l’ESSEC. L’ESSEC et Mannheim BS apparaissent bien individuellement dans le Financial Times 2025, mais leur programme conjoint culmine à la 21ème place sous le nom ESSEC & Mannheim EMBA. Les exemples ne manquent pas. Rien n’empêcherait donc l’INSEAD, à condition d’un montage juridique approprié, d’une alliance conjointe, ou d’une absorption avec une autre business school française non rattachée à une CCI ; de créer une entité parallèle uniquement dédiée à la conquête du SIGEM.

L’INSEAD, numéro 2, vraiment ?

Cela parait improbable, mais ce n’est pas impossible, et cela n’a rien d’ une prophétie auto-réalisatrice. S’il est vrai qu’un préparationnaire de 20 ans ne choisit pas une école pour son classement MBA, il choisit une école pour y vivre trois ans. L’INSEAD à Fontainebleau, sans assos, sans alternance, sans MSc, sans échanges, sans vie étudiante comparable, n’offre rien en comparaison de l’ESSEC / ESCP avec leurs campus neufs ou en rénovation, leurs 200+ partenaires mondiaux, leurs vie asso, et leurs doubles diplômes ingénieurs ? 

Mais les classements comptent pour beaucoup, énormément. Ce sont les pages les plus consultées sur tous les sites étudiants et ce n’est pas un hasard. En l’absence de rang SIGEM la première année, les candidats vont se tourner vers le Financial Times, le QS Ranking ou Forbes, ou même des articles français comme ceux du DAUR, et ils ne font qu’y consacrer l’école bellifontaine. Il est difficile d’anticiper cela mais une partie des étudiants choisiraient alors l’INSEAD plutôt que l’ESSEC,  sur la base du prestige et des rankings. Il va sans dire que d’autres bi-admis se montreraient évidemment plus conservateurs.

Conclusion : L’INSEAD comme Deus ex Machina

L’INSEAD veut-elle détrôner HEC en France ? En l’état, rien ne semble entraver son entrée dans la compétition ; si elle décide de se mettre en marche, personne ne pourrait l’en empêcher légitimement. Et le classement SIGEM, dès l’année suivante, en résulterait profondément redessiné, au grand dam de nos Grandes Écoles de commerce, qui, bien que toutes plus grosses d’année en année, devraient redéfinir, elles aussi, leurs stratégies globales, afin de pallier les effets entraînés par l’arrivée de ce mastodonte.

À terme, HEC Paris, « l’école à la française », pourrait-elle alors perdre sa place de numéro un face à « la business school for the world » ? Il y a fort à parier que l’INSEAD ne tuerait pas HEC, pas même à long terme ; mais sa présence redéfinirait la hiérarchie en place en créant deux voies d’élite complémentaires, installant ainsi une coexistence stable entre voisins à la manière d’Harvard et du MIT ou de Cambridge et Oxford. Saclay et Fontainebleau sont deux villes voisines mais éloignées, qui sont historiquement et respectivement attachées à HEC, garante du MiM, et l’INSEAD, maître du MBA. Même si elle n’existe pas au SIGEM, cette cohabitation existe déjà, reste à savoir si l’INSEAD décidera de la rendre officielle.

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