KEDGE BS et l’IFC Renmin : un partenariat original !

KEDGE BS et l’IFC Renmin : un partenariat original !

0
42

Les écoles de commerce françaises sont très friandes de partenariats internationaux. Bien souvent, elles s’allient avec des universités étrangères, ou bien d’autres business schools.

C’est ainsi que notre curiosité a été agitée lorsque nous apprenons que KEDGE Business School dispose d’un partenariat avec l’Institut Franco-Chinois de Renmin, au sein de son campus délocalisé à Suzhou, ville de 4 millions d’habitants hébergeant en son sein un gigantesque parc industriel sino-singapourien abritant également 80 000 étudiants. C’est ainsi que nous retrouvons à quelques centaines de mètres le campus chinois de SKEMA Business School.

 

L’IFC Renmin, établissement sui generis

L’IFC Renmin est une véritable expérience de l’enseignement supérieur. Elle a été créée en 2010 à l’issue d’un forum de l’enseignement supérieur franco-chinois par :

  • L’université de Renmin (basée à Beijing), l’une des plus sélectives en Chine
  • L’université Paul Valéry de Montpellier
  • L’université Paris – Sorbonne
  • KEDGE Business School

 

La genèse du projet est lointaine. Lors de l’adhésion de la République Populaire de Chine à l’OMC en 2001, l’ouverture de coopérations sino-étrangères dans l’enseignement supérieur en constituait l’une des pierres angulaires. Ces coopérations se font de trois formes différentes :

  • Des programmes de coopérations sino-étrangères, comme le MBA de KEDGE en partenariat avec la Shanghai Jiao Tong University (22ème executive MBA mondial, 4ème français derrière ceux d’HEC, de l’INSEAD et de l’ESCP)
  • Des facultés de coopérations sino-étrangères, à l’instar du modèle de l’IFC Renmin
  • Des joint-ventures, de véritables établissements autonomes disposant de leur propre personnalité morale (comme l’université sino-britannique de Nottingham à Ningbo créée en 2004 ou encore l’université sino-britannique Xi’an Jiaotong – Liverpool créée en 2006).

Les IFC ont donc le statut de facultés sino-étrangères au sein d’une université publique chinoise. Ils ne bénéficient pas de la personnalité morale et doivent se plier au cadre légal mis en place par l’État central.

Mais ce n’est pas pour autant que ces établissements ne sont pas puissants : l’IFC Renmin a fait l’objet d’un investissement de 40 millions d’euros, et peut accueillir 2500 étudiants. L’établissement ne compte pas moins de 29 enseignants côté français. Ils sont placés sous l’égide de Jean-François Vergnaud.

 

Un cursus totalement inédit

Aujourd’hui, ce sont 1200 étudiants qui profitent de ce campus flambant neuf. Si quelques Français peuvent venir en échange à Suzhou, ce sont principalement les étudiants chinois qui profitent de ce dispositif, selon le cursus suivant :

  • Deux années préparatoires intenses avec des cours poussés de français
  • Une année au sein du partenaire de leur choix, à Paris, Montpellier, Bordeaux ou Marseille, afin d’y obtenir la licence de leur choix :
    • Licence de Finance : KEDGE Bachelor, parcours finances à Bordeaux ;
    • Licence IFC Gestion de l’Economie : Licence AES, Montpellier 3 ;
    • Licence Français : Licence LEA à la Sorbonne ou Communication à Montpellier 3.
  • Une nouvelle année à Suzhou
  • Une dernière année pour obtenir leur Master 2 à Paul Valéry ou à La Sorbonne, ou bien le Master en Management de KEDGE BS

Dans les faits, 63% des étudiants optent pour le Master de KEDGE BS. Les frais de scolarité s’élevant à 8200€ pour tous, l’école bordelo-marseillaise réalise donc 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel grâce à ce programme.

 

Ce qu’en pensent les étudiants

Nous avons rencontré Léna Chen (étudiante en deuxième année), Jacqueline Zhang et Vivianne Sun (étudiantes en quatrième année). Précision : elles ont toutes choisi un prénom « français » au début de leur cursus et font partie des tous meilleurs étudiants au gaokao, le redoutable examen préparé par 9,4 millions de candidats chaque année.

Si Léna et Vivianne ont opté pour le parcours IFC Renmin – KEDGE BS, Jacqueline, elle, s’oriente vers le commerce international à La Sorbonne. En quatrième année, Vivianne a d’ores et déjà passé un an à Bordeaux tandis que Jacqueline a fait de même à Paris.

Toutes commencent leur récit avec la même constante : l’incroyable pression parentale sur les études. Elles n’avaient pas le droit à l’erreur. Pour Vivianne, cette pression existe même depuis l’enfance, dans la mesure où sa mère est institutrice. Pour elles, ce parcours présente un énorme avantage : « En cinq ans, j’obtiens trois diplômes, dont deux en Europe. » précise Léna, qui ajoute également que le cinéma français lui a donné envie de découvrir notre pays.

Exténués par la charge de travail, il est courant de croiser des étudiants qui roupillent dans les bibliothèques

Jacqueline insiste aussi sur l’excellence académique du programme. Non sans fierté, elle nous explique presque sans accent que l’exode rural a poussé de nombreuses familles comme la sienne à s’installer en ville, parfois difficilement, et que le gaokao, « seul examen égal pour tous sert de véritable ascenseur social ». Elle affirme également que de nombreux camarades choisissent de présenter d’autres concours à l’issue de leur quatrième année, celui de Sciences Po Paris par exemple. Ce n’est pas le choix qu’elle a fait : « Je préfère continuer mon cursus. Je trouve que mes professeurs sont vraiment à la frontière de l’époque. » Formulation à laquelle Léna et Vivianne adhèrent sans réserve.

À la question de savoir si elles se voyaient faire carrière en France, la réponse est encore une fois la même : non. Si Jacqueline et Vivianne ont adoré pouvoir visiter l’Europe, elles affirment que le dynamisme européen est bien inférieur à celui chinois.

Elles vantent également un coût de la vie plus modéré. Elles peuvent se loger à Suzhou pour 2000 yuans (255 euros) et assurent se « faire plaisir » pour moins de 3000 yuans (382 euros) par mois. Elles nous citent l’exemple de leur dernière sortie : un cinéma où chacune d’elle a pris du coca et du pop-corn. Elles en ont eu pour 80 yuans (10€) à trois.

Pour finir, Léna nous confie son appréhension. Celle de se balader seule en France, craignant pour sa sécurité. « En Chine, tout est beaucoup plus facile. On utilise AliPay et on n’a jamais besoin de prendre d’argent sur soi. En France, j’ai entendu que beaucoup de Chinois se faisaient voler. »