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France Business School : Autopsie d’un échec

France Business School : Autopsie d’un échec

En 2015, après trois courtes années d’existence, France Business School (FBS) ferme ses portes. Comment expliquer l’échec de cette fusion ? Et deux ans après cette disparition, qu’en reste-t-il comme héritage ?

 

A l’origine de la fusion

En 2012, quatre écoles de commerce françaises décidèrent d’unir leurs forces au sein d’une nouvelle école censée devenir un nouveau poids lourd de l’enseignement supérieur. Au sein de cette structure centralisée, l’ESC Amiens, l’ESC Clermont, l’ESC Brest et l’ESCEM (Tours, Poitiers, Orléans) pensaient pouvoir changer de dimension et peser véritablement sur la scène internationale grâce à ce nouveau mastodonte, fort de ses quelque 7 000 élèves et 600 salariés dont 170 professeurs permanents. Avec à la mise en commun de leurs moyens de recherche, de leurs outils pédagogiques et de leur réseau d’anciens, ces écoles ambitionnaient de bousculer l’ordre établi. En outre, l’époque était propice aux fusions puisque les créations de SKEMA, NEOMA et KEDGE eurent lieu respectivement en 2009 et en 2013 pour les deux autres.

 

L’important n’est pas la chute, mais l’atterrissage

Durant les trois années de sa courte existence, France Business School fut confrontée à de nombreuses difficultés. Le refus du grade Master en 2015 provoqua définitivement la chute de l’édifice dont les fondations branlaient cependant depuis sa création. Parmi les principaux symptômes des maux qui touchaient France Business School, on peut citer le nombre insuffisant de candidats qui conduisit à un sous-effectif chronique et une sélectivité quasiment nulle (90% d’admis la première année). Conséquence direct du manque de candidats, les difficultés financières de l’école s’aggravèrent rapidement pour celle-ci. Ainsi, elle n’atteignit que 33 millions d’euros de chiffre d’affaires la première année, loin des 42,5 millions prévus. L’école eut également des difficultés à mettre en place le volet international de son programme, pourtant largement vanté par ses plaquettes. Ainsi, pour pouvoir tenir la promesse faite aux étudiants d’étudier en Chine, France Business School fit appel à une société chinoise pour leur fournir des cours, provoquant une vive déception des étudiants par rapport à la qualité des contenus.

 

Des erreurs de gestion

Dans son rapport publié en février 2017, la cour des comptes épingle plusieurs erreurs de gestion qui ont fortement déstabilisé France Business School. Premièrement, les outils de comptabilité et de gestion financière des écoles composant FBS n’ont pas été uniformisés lors de la fusion. Il en résulta des erreurs et surtout une non-conformité avec les règles comptables qui compromirent fortement la fiabilité des comptes de l’entité.

En outre, FBS ne respecta pas non plus les règles de la commande publique. Ainsi, toute entité publique doit, à partir d’un certain montant, faire un appel d’offre public pour ses dépenses de fournitures. Cependant FBS, notamment dans le cadre de ses cours à Shanghai, a fait fi de ces règles et se plaça de fait en porte-à-faux avec la juridiction française.

 

Un mauvais timing

Il pourrait être amusant de constater qu’une école de management puisse commettre tant d’écueils dans la discipline qu’elle enseigne, si ces erreurs n’avaient pas eu de graves conséquences pour ses étudiants. Confondre vitesse et précipitation semble avoir été le mot d’ordre de la direction de FBS, précipitant la chute de leur création.

Ainsi, la fusion fut actée alors même que certains détails pratiques n’avaient pas été réglés de manière suffisamment précise pour qu’elle s’accomplisse avec succès. Pour exemple, le cas des postes redondants dans la nouvelle structure ne devait être réglé que par le non-remplacement en cas de départ à la retraite, ce qui apparaîssait clairement insuffisant pour faire des économies d’échelle et donc assurer des finances saines à la structure. De même, comme évoqué plus haut, les systèmes comptables n’avaient pas été uniformisés et de manière plus large l’organigramme de fonctionnement de la structure n’avait pas été précisément établi. Enfin, les contrats des salariés n’avaient pas été harmonisés, créant de facto des inégalités de traitement entre les travailleurs de FBS. Cette injustice provoqua une grogne sociale réelle. Autant d’erreurs qui ne pardonnent pas quand on se prétend le futur poids lourd de l’enseignement supérieur.

Des choix pédagogiques douteux

Si ces erreurs de gestion nuisirent évidemment à FBS, ce sont les choix concernant les étudiants qui eurent les effets les plus délétères sur l’école.

Pour commencer, penchons-nous sur le mode de recrutement qui fut mis en place par l’école et qui contribua grandement au désintéressement des étudiants à l’égard de FBS. Ainsi, l’école décida de ne pas rejoindre les banques d’épreuves de la BCE ou d’Ecricome dont faisaient partie les quatre écoles qui composaient FBS. Cette décision fut actée en septembre 2012 mais le mode de sélection de étudiants ne fut connu qu’à partir de janvier 2013, empêchant pendant quatre mois l’école de communiquer sur ses recrutements. Cette décision, très loin d’être anecdotique, fragilisa grandement la crédibilité de l’établissement auprès des principaux intéressés. En effet, avant d’investir une somme importante dans une formation, l’étudiant s’assure nécessairement de la fiabilité de cet investissement. Or, une école incapable de communiquer sur ses recrutements laisse, au mieux, une image de négligence, au pire, d’incompétence. Plus récemment, en 2016, l’ICN prit un risque considérable en quittant Ecricome et Tremplin avant d’être assurée d’intégrer la BCE et Passerelle.

Le mode de recrutement finalement choisi apparut pour le moins étrange dans le paysage des grandes écoles de commerce françaises. Adieu les habituels concours et place aux « Talent Days », des journées de recrutement semblables à celles mises en place par certaines entreprises. FBS devait, par cette innovation, être capable de recruter des profils variés et de ne pas laisser échapper des perles rares non adaptées au système scolaire classique. Cependant, à trop chercher l’originalité, FBS s’est perdue en rendant illisible et non désirable son système de recrutement aux yeux des étudiants. Loin des codes habituels, ce qui aurait pu provoquer la curiosité voire un attrait, cette excentricité n’a provoqué que méfiance et rejet de la part des candidats.

 

La chute et ses conséquences

En 2015, un avis défavorable quant à l’attribution du grade de Master mit définitivement à terre l’édifice France Business School. Les quatre écoles qui composaient l’établissement reprirent leur indépendance et tentèrent de revenir à la situation antérieure. Deux ans après, quel bilan peut-on en tirer ?

La grande perdante de France Business School, dont elle fut la première inspiratrice, semble être l’ESCEM. Ainsi, avant qu’eut lieu la fusion, elle avait détenu puis perdu les accréditations EQUIS, possédait toujours AACSB et toquait à la porte du top 15 des écoles de commerce françaises. Cependant après la chute de FBS, elle perdit son visa master pour son programme Grande Ecole et l’abandonna dans la foulée. En 2016 elle se fit racheter par l’ESC la Rochelle et pourrait tenter de relancer son PGE en 2018.

L’ESC Amiens connait également une passe extrêmement difficile depuis la fin de France Business School. Ainsi, comme l’ESCEM, elle ne put obtenir le grade Master en 2015 et par conséquent réduisit ses effectifs étudiants ainsi que ses salariés. Passée non loin de la disparition, l’école semble se redresser lentement mais sûrement, bien qu’elle soit loin de son standing passé.

L’ESC Clermont et l’ESC Brest ont elles réussi à limiter la casse, en récupérant le grade Master dès qu’elles retrouvèrent leur indépendance. A noter que depuis cette mésaventure, l’ESC Brest est devenue Brest Business School et est passée sous pavillon chinois.

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