Les bullshit jobs sur Linkedin
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Pourquoi les « Bullshit Jobs » envahissent LinkedIn ?

Quiconque possède un compte LinkedIn n’a pu échapper à cette frappante réalité : le premier réseau social professionnel à l’échelle mondiale pullule d’intitulés de postes plus ubuesques les uns que les autres. La typologie des « bullshit jobs » s’étend des classiques « Business developer » et sa version start-up « Growth hacker » – qui ne signifient pratiquement rien tant ils englobent des fonctions différentes – aux excentricités sémantiques les plus exubérantes : « Thought leadership officer » ou autres « Key account manager » dont on se demande à quoi peut bien ressembler leur journée au bureau.

On peut évidemment s’amuser de ses titres ronflants et – il faut bien le reconnaître – tout à fait dénués de sens pour la plupart. Néanmoins, l’évolution des intitulés de postes est intéressante à plus d’un titre : elle est emblématique des mutations structurelles de notre économie et, plus largement, de notre société tout entière.

 

LinkedIn, autel de la mégalomanie

L’avènement récent dans notre société des réseaux sociaux a eu pour corollaire une habitude généralisée de se valoriser plus que de raison. LinkedIn ne déroge bien sûr pas à la règle, a fortiori parce qu’il concerne le monde professionnel où se survaloriser est déjà la norme. Cela se traduit par des « CEO & Founder » qui correspondent dans 80% des cas à « patron de moi-même ». L’usage de l’anglais qui s’est imposée comme langue hégémonique sur LinkedIn participe tout autant à brouiller les pistes : c’est nettement plus facile de pipoter dans une autre langue que la sienne.

 

La disparition de la compétence technique ?

Depuis la révolution industrielle du XVIIIème siècle, la machine a progressivement remplacé l’homme dans une multitude de tâches, s’avérant plus efficace ou moins couteuse que son alter ego fait de muscles et de chair. Si les machines furent autrefois confinées à la réalisation de tâche répétitives et à faible valeur ajoutée, la révolution de l’informatique et de l’intelligence artificielle que nous connaissons aujourd’hui rebat les cartes. Les machines sont désormais capables d’exécuter rapidement des tâches de plus en plus complexes, autrefois l’apanage des « têtes bien faites » ; ceux qui possédaient la compétence technique. Cette tendance ne semble pas prête de s’estomper avec le développement exponentiel de l’intelligence artificielle, basé sur les progrès du deep learning et le machine learning.

Il en résulte une dévalorisation des compétences techniques, y compris celles des « cols blancs », qui pourrait surement s’accélérer dans les années à venir. Aura-t-on toujours besoin de comptables ou de contrôleurs de gestion humains ?

Dans un pamphlet des plus cyniques « The Utopia of rules », l’essayiste David Graeber interprète les « bullshit jobs » comme un moyen pour les élites de prouver leur propre légitimité en s’inventant des fonctions inutiles plutôt que de sombrer dans l’oisiveté.

 

Les bullshit jobs… le sont-ils vraiment ?

En s’efforçant d’être un peu plus optimiste, on peut aussi se dire que l’homme s’adapte aux réalités nouvelles du travail et se réfugie là où il sera toujours le meilleur. Le pilotage stratégique de l’entreprise ou d’une de ses unités, notion que l’on retrouve dans la moitié des descriptifs des bullshit jobs, est sans doute l’un des exemples les plus probants de ces derniers bastions imprenables réservés à l’intelligence humaine, en tant que ceux-ci nécessitent des qualités qui nous sont propres. Dans un autre registre, certains nouveaux jobs tels que les CHO « Chief happiness officer » s’assurent du bien être des salariés, qui va de pair avec productivité et faible absentéisme. Preuve que de nouvelles considérations de la relation employeurs/employés émergent progressivement.

Parmi les qualités et compétences revalorisées par ce nouveau paradigme du marché du travail, on peut citer la capacité à prendre en compte des facteurs très divers (et pas seulement quantifiables) afin de prendre de bonnes décisions, mais aussi la créativité, l’empathie, le savoir-être… toutes ces compétences nettement plus abstraites sont aujourd’hui définies par la dénomination « soft skills » qui s’oppose donc aux savoirs purement pratiques, les « hard skills ».

Par extension, ces nouveaux métiers basés en partie ou totalement sur les soft skills sont bien plus difficiles à définir que ceux qui reposent sur une compétence technique précise. On comprend dès lors que l’on peine à identifier instantanément les fonctions qui se cachent derrière chacun d’eux.

Bien conscientes de ce virage que prend actuellement le monde du travail et décidées à l’anticiper, les business schools mettent presque toutes à l’honneur le développement de ces soft skills au cœur de leur pédagogie ; au risque d’être elles-même taxées de sanctuaire du bullshit par leurs étudiants…

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