Je m’appelle Dimitri, j’ai 23 ans, je suis en dernière année à NEOMA Business School (campus de Reims) et accessoirement co-fondateur de Business Cool. La conjugaison de mes vœux de départ à l’étranger et de la loterie des affectations (qui sont, à NEOMA, corrélées aux résultats obtenues en M1, même si cela devrait être réformé prochainement) m’a conduit ici, à Cape Town, à quelque 13 000 kilomètres de Paris. Mon échange a débuté autour du 10 juillet : pas de grandes vacances ici, puisque nous sommes au cœur de l’hiver austral. C’est donc depuis la capitale de la province du Cap-Occidental, aux confins du continent africain que j’écris cet article.

J’ai l’honneur d’inaugurer une série d’articles intitulée “C’est comment ton échange ?”, qui permettra à des étudiants comme moi de faire un retour d’expérience quant à leur semestre académique à l’étranger et, ainsi, de répondre aux éventuelles questions de ceux qui partiront prochainement. C’est parti !

 

Vivre à Cape Town

Un environnement exceptionnel

Il est frappant de constater que peu de personnes connaissent réellement l’Afrique du Sud. Bien souvent, notre vision française de ce pays se limite à l’apartheid, Nelson Mandela et la Coupe du monde 2010. Je dois moi-même avouer que j’ai atterri à Cape Town sans vraiment savoir ce qui m’y attendait ; j’avais pour seuls bagages ma valise et quelques connaissances géopolitiques héritées de ma classe prépa.

C’est assez étrange car, en toute sincérité, cette ville ressemble bien souvent à un petit coin de paradis. En tout cas, c’est indéniable du point de vue de sa localisation : imaginez-vous une ville où la température ne descend jamais en dessous du 10-15°C mais n’excède que rarement 35°C, bordée par une mer turquoise et surplombée par Table Mountain, une immense montagne qui doit son nom à son sommet presque parfaitement plat. Il n’y a pas un nuage dans le ciel 250 jours par an, les plages de sable fin sont dignes d’une carte postale et, bien que l’Océan Atlantique soit relativement froid, on peut se baigner et surfer tout au long de l’année.

La ville en elle-même est très agréable à vivre. Elle est assez propre, très peu polluée. La végétation est omniprésente et les routes sont très larges, à l’américaine. Il y a peu de transports en commun, à l’exception de quelques vans réservés aux plus modestes dans lesquels un crieur harangu les passants pour qu’ils montent afin de rentabiliser au mieux chaque trajet. Il faut donc impérativement posséder une voiture pour se déplacer, ou bien utiliser Uber ou une autre appli du genre.

 

15 ans après la fin de l’apartheid, une société toujours aussi clivée

Cape Town est, à l’image du pays tout entier, extrêmement modelée par les inégalités sociales. Avec un indice GINI de 63%, l’Afrique du Sud est le pays le plus inégalitaire au monde. Au Sud-Ouest de la ville, le quartier de Camps Bay et sa magnifique plage constituent les 170 hectares les plus riches de toute l’Afrique, tandis qu’à quelques kilomètres de cet ilot de richesse se trouve Khayelitsha, l’un des plus grands Township d’Afrique, au sein duquel les habitants s’entassent dans des baraques de fortune et peinent à subvenir à leurs besoins de base. Bien que l’apartheid ait cessé il y a plus de 15 ans, les inégalités sociales se confondent toujours autant avec les inégalités raciales : le salaire d’une personne blanche est en moyenne de 660€, contre 180€ pour une personne noire.

Ces disparités se ressentent constamment dans la vie quotidienne : au restaurant, 95% des clients sont blancs, 95% des serveurs sont noirs. La culture du pourboire est très importante dans l’économie de service, ce qui encourage par la même occasion le développement de l’économie informelle. Ainsi, il est d’usage au restaurant de laisser au moins 10% de tips aux serveurs, tant les salaires de ces derniers sont faméliques. De la même manière, des Noirs (je n’ai jamais vu un Blanc faire cela…) sillonnent la ville vêtus d’un gilet jaune et, moyennant quelques rands, aident les automobilistes à faire leur créneau pour se garer, rapportent les caddies des clients après les courses, etc.

Cette main d’œuvre disponible et très bon marché tirent fortement vers le bas le prix de toutes les prestations de service basique. A Cape Town, prendre un Uber, aller au pressing ou faire appel à une femme de ménage ne coûte presque rien. A l’inverse, la ville est relativement chère lorsqu’on habite dans les quartiers les plus huppés. Voici quelques repères de prix indicatifs :

  • 1kg de pomme de terre (je vous conseille toutefois la patate douce !) : 10 rands (60 centimes)
  • 1kg de poulet : 70 rands (un peu moins de 4,70€)
  • Une pinte de bière : 40 rands (2,50€)
  • Un resto pas mal (sushi, burger, pizzeria) : 200 rands pourboire inclus (13€)
  • 10 minutes de Uber : 60 rands (4€)
  • Un paquet de cigarettes : 40 rands (2,50€)
  • Une chambre dans une maison dans les beaux quartiers (CBD ou proche de la mer) : 6000 rands par mois (400€)
  • Louer une voiture lambda : 5000 à 6000 rands par mois (370€)

Bien sûr, à salaire égal, on vit bien plus aisément à Cape Town qu’en France, mais il ne faut pas non plus penser être le roi du pétrole pendant six mois lorsqu’on effectue son échange en Afrique du Sud.

 

Etudier à University of Stellenbosch Business School

University of Stellenbosch Business School est l’une des écoles de commerce les plus prestigieuses du continent. Elle est la seule en Afrique subsaharienne à pouvoir se targuer de détenir la fameuse triple accréditation (EQUIS, AACSB, AMBA), gage de sa qualité et de son haut niveau académique. Contrairement à ce que son nom indique, l’école n’est pas, comme le reste de l’Université, située à Stellenbosch – une ville magnifique à quelques dizaines de kilomètres de Cape Town – mais à Bellville, à 20 minutes en voiture du centre.

Stellenbosch Business School a tissé de nombreux accords avec des institutions françaises afin de permettre aux étudiants de l’Hexagone d’y passer un ou deux semestres. Parmi les business schools, on retrouve emlyon business school, l’ESCP Europe, EDHEC Business School, NEOMA Business School, KEDGE Business School, SKEMA Business School, Rennes School of Business, l’EM Strasbourg, Burgundy School of Business, ou encore l’ESSEC Business School depuis peu.

Attention, cet échange n’est pas du niveau Bachelor ou Master comme la plupart de ceux que proposent les écoles à leurs étudiants du PGE, ici vous suivrez un MBA ! Cela signifie que les cours prodigués s’adressent avant tout à des professionnels qui ont déjà quelques années d’expérience de la vie en entreprise derrière eux. NEOMA exige ainsi que les étudiants qui prétendent à cet échange aient validé au moins 18 mois d’expérience professionnelle dans leur vie.

On se retrouve ainsi en cours avec un grand nombre de trentenaires, dont les parcours sont aussi fascinants qu’éclectiques. Certains sont ingénieurs, d’autres cadres dirigeants souhaitant donner un coup d’accélérateur à leur carrière. Un autre vient du Zimbabwe, il m’a dit avoir économisé 8 ans pour s’offrir cette formation et espère créer son entreprise dans son pays natal une fois celle-ci achevée.

Le rythme des cours est donc adapté aux contraintes de ces étudiants un peu particuliers, qui pour certains travaillent toujours en parallèle de leur formation : peu de cours en présentiel, généralement le soir, mais pas mal de travail personnel par ailleurs. Il ne faut pas travailler d’arrache-pied si l’on souhaite seulement valider, mais en revanche il y a beaucoup d’efforts à fournir pour celui qui veut tirer la pleine mesure de tout ce qui est enseigné. Le contenu intrinsèque des cours est plutôt tourné vers les fondamentaux du management tels que la finance, la gestion des opérations ou encore le leadership, mais il y en a aussi certains plus spécifiques comme par exemple Perspectives of African frontiers. Nous sommes libres de choisir n’importe quels cours, du moment qu’ils nous permettent de valider le minimum d’équivalent crédits ECTS que notre école exige. Cela nous laisse donc du temps pour profiter de l’Afrique du Sud.

 

Kiffer son échange à Cape Town

La transition est toute trouvée : il y a un nombre incalculable de choses à faire aux alentours de Cape Town, et plus généralement dans cet immense pays qu’est l’Afrique du Sud. Je ne vais pas tout détailler de peur de transformer cet article en blog voyage, mais on peut citer pêle-mêle le Cap de Bonne Espérance, la plage des pingouins (Boulders Beach), les randonnées somptueuses qui mènent au sommet de Table Mountain, le Namaqualand (le désert fleuri d’Afrique du Sud), la Garden Road où l’on croise autruches et babouins qui mène à Port Elizabeth, les multiples réserves naturelles qui abritent des girafes, des lions, des éléphants, des koudous, la ville d’Hermanus et ses baleines, le désert fleuri au Nord…

Et l’insécurité dans tout ça ?

Je me rends compte que je n’ai même pas évoqué ce qui revient sur toutes les lèvres de mes proches quand je leur parle de mon échange : “et alors, ça craint pas trop ?”. Je dirais qu’on ne se sent pas en insécurité dans la ville, surtout en plein jour. Ce qui est plus délicat pour un Européen, c’est d’être confronté à la misère, tout de même très visible dans les rues. Elle est forcément exacerbée par le fait que la richesse côtoie ici la pauvreté, et ces inégalités tellement palpables sont difficile à supporter. En revanche, déambuler le soir dans les rues passantes un peu ivre et seul est clairement déconseillé. Cape Town est néanmoins beaucoup moins dangereuse que Johannesburg par exemple. Le risque principal est davantage de se faire voler ses effets personnels, faites bien attention à cela.

Allez, je ne résiste pas à l’envie de vous montrer quelques photos 😉

 

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