Ca semble presque trop gros pour y croire. Il y a quatre jours, le journal local lyonnais Médiacités annonçait sur son site internet que le chef de file des Républicains et patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez avait été choisi par l’emlyon business school pour animer un électif intitulé “enjeux de société”. L’objectif affiché par l’école quant à ce cours était de “discuter des problématiques clés pour le futur” et ce, de manière “tout à fait apolitique”.

Pour cette dernière assertion donc, on repassera.

 

Un cours “pas très politiquement correct” et “sans bullshit”

L’émission Quotidien animée par Yann Barthès s’est en effet procuré une bande audio de ce cours sans doute fournie par un étudiant qui assistait à celui-ci. On y entend l’homme politique promettre à son auditoire de l’amener “dans les coulisses de la vie politique” où “tout n’est pas sympathique […] je ne risque pas d’être très politiquement correct.” avant de le mettre fermement en garde “le moindre interface qui sort du moindre élève, là pour le coup ça se passera très mal“. Il poursuit en expliquant aux étudiants que ce cours doit rester un espace de liberté et que la confidentialité de celui-ci est par conséquent une nécessité, avant d’asséner : “Si ce n’est pas le cas, je vais juste vous ressortir le bullshit que je peux sortir sur un plateau médiatique“.

Laurent Wauquiez se paye quelques responsables politiques

Si on ne perçoit pas vraiment le lien entre “le diktat de la transparence” “le nouvel âge du populisme” et “la question du flux migratoire” – sujets censés jalonner le cours de monsieur Wauquiez – avec les propos rapportés par Quotidien, c’est là la moindre des révélations ubuesques offerte par l’émission présentée par Yann Barthès.

On entend par la suite Laurent Wauquiez donner son avis sans filtre sur la vie politique de notre pays, mais aussi sur le style vestimentaire d’Emmanuel Macron “Macron, pour être cool, il fait comme moi : il se met en bras de chemise. Jamais un président de la République s’était mis en bras de chemise.

 

Le patron des Républicains s’est laissé aller à des réflexions nettement plus compromettantes : “Pour trouver du charisme [sur le compte Instagram d’Angela Merkel] il faut se lever de bonne heure !” ou encore, en évoquant l’affaire d’un de ses anciens camarades de droite Gérald Darmanin – alors sous le coup de deux enquêtes, l’une pour viol depuis classée sans suite et l’autre pour abus de faiblesse toujours en cours – : “Il a fait une interview sur France Info avec Apathie, c’est un monument à regarder ce truc !” avant d’ajouter “C’est du Cahuzac puissance 10 ce truc, il sait très bien ce qu’il a fait […] lui, je ne lui promets pas un grand destin“.

Toujours au sujet de l’affaire Darmanin, il explique avoir été au sein de son parti l’un des rares à demander la démission immédiate du ministre de 35 ans : “Beaucoup ont dit qu’il doit rester au nom de la présomption d’innocence. En débattant avec eux et en les regardant dans les yeux, je me demandais combien se disaient “pourvu que ça ne m’arrive pas !“”.

 

De graves accusations

Au sujet de Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez assure que du temps où ce dernier était président de la République “Il en était arrivé au point où il contrôlait les téléphones portables de ceux qui rentraient en Conseil des Ministres. Il les mettait sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos, pour vérifier ce que chacun de ses ministres disait au moment où on rentrait en Conseil des ministres“.

Enfin, Laurent Wauquiez parle de la victoire aux primaires puis de la chute de François Fillon comme d’un “alignement des planètes assez inespéré” pour Emmanuel Macron. “Ça je suis sûr et certain qu’il l’a organisé.” accuse-t-il avec fermeté. “Je pense qu’ils ont largement contribué à mettre en place la cellule de démolition“.

 

Les suites de l’affaire

Cette sortie tonitruante du chef de file de la droite a bien sûr fait les choux gras de la presse nationale toute la journée. La garde rapprochée de Sarkozy a fait savoir que Laurent Wauquiez s’était excusé et que l’ex-président “en a pris note“. Ils démentent par ailleurs les accusations “grotesques” perpétrées par le Lyonnais.

De son côté, Laurent Wauquiez a fait savoir qu’il pourrait déposer un recours en justice. Il dénonce le fait que ses propos aient été “enregistrés à mon insu de manière illégale avec des méthodes peu déontologiques“.

L’affaire a tout de même de quoi interpeller : le patron des Républicains, qui évolue dans la sphère publique depuis 15 ans, a-t-il vraiment été naïf au point de croire que parmi les 40 étudiants qui composaient son auditoire, aucun d’entre eux n’allait rapporter ce qu’il disait ? Au vu de la teneur de ses propos, la tentation était pourtant grande… Cela dit, on voit mal comment ce buzz médiatique pourrait permettre à Laurent Wauquiez d’apparaître plus “présidentiable” aux yeux des Français.