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Classement des salaires à la sortie des écoles de commerce

Classement des salaires à la sortie des écoles de commerce
Guillaume Hénault

Avant d’intégrer une Business School, la première préoccupation des étudiants est de connaitre les débouchés qu’ils trouveront à la sortie, et, entre autres, le salaire auquel ils pourront prétendre. Il s’agit donc d’un critère essentiel pour effectuer son choix au moment d’intégrer, mais aussi pour négocier sa rémunération lors de son premier emploi.

Pourtant lorsque l’on cherche à se renseigner sur le montant des salaires des diplômés, la tâche n’est pas aisée. Même si les sources abondent, entre les classements nationaux, internationaux, les sites des écoles, chacun y va de son chiffre, et il est presque impossible de trouver deux données similaires ! En effet les chiffres sont issus de sondages réalisés auprès des jeunes diplômés, mais on ne sait rien de l’échantillon sondé. Est-il représentatif ? Au niveau des filières, des secteurs, etc. ? Et ensuite quel chiffre regarder ? La rémunération à la sortie, au premier emploi, après 3 ans ?
Comparer les salaires à la sortie des écoles est donc un exercice compliqué mais auquel nous allons nous risquer en choisissant une seule source communément réputée comme parmi les plus fiables, le Financial Times.

Le classement Master in Management du Financial Times

Le classement du Financial Times des Master in Management, autrement dit le diplôme Grande Ecole de nos Business School française, fait du salaire des diplômés son critère principal. Parmi les universités du monde entier nos écoles de commerce nationales ne sont pas en reste, puisque 24 d’entre elles apparaissent au classement. Elles s’étalent de la 2ème place pour HEC à la 78ème pour l’ESC Clermont, et il en va de même pour les différences de salaires. Voici les principaux aspects de sa méthodologie :

  • Dans son classement le Financial Times choisit de considérer le salaire des diplômés trois ans après leur sortie de l’école. L’avantage de ce délai est que tous les diplômés ont eu le temps d’obtenir un CDI, et l’effet « coup d’essai » qui peut exister pour un premier emploi ou seulement un an après la sortie est annulé.
  • Les salaires sont ensuite pondérés en fonction du secteur d’activité. Les diplômés sont rassemblés dans les 6 secteurs d’activité principaux (Conseil, Finance, Industrie, etc.) pour calculer les moyennes par secteur. Les six moyennes sont finalement rassemblées en une seule pour donner le chiffre final. Ainsi pas de données biaisées avec un échantillon uniquement sélectionné dans les banques d’investissement.
  • Les montants sont en dollars parité pouvoir d’achat. Cela permet d’inclure objectivement les salaires des diplômés travaillant à l’étranger en ramenant le salaire au coût effectif de la vie. Pour vous permettre de mieux vous figurer ces chiffres, nous avons aussi converti les salaires en euro PPA France (parité PPA 2016 euro France/ dollar US = 0,796. Source OCDE).

On obtient alors les chiffres suivants :

RANGECOLESalaire en milliers de $ PPAEquivalent € actuel
1HEC Paris89.79371.475
2ESSEC Business School85.36567.951
3ESCP EUROPE73.59258.579
4AUDENCIA Business School62.1549.471
5EDHEC Business School61.13848.666
6Grenoble Ecole de Management60.8448.429
7emlyon business school60.04447.795
8Toulouse Business School54.66343.512
9SKEMA Business School54.28243.208
10Rennes School of Business53.66942.721
11NEOMA Business School53.40742.512
12Université Paris-Dauphine51.99241.386
13ESSCA School of Management51.95641.357
14Télécom Business School51.43440.941
15ICN Business School50.21739.973
16KEDGE Business School50.18239.945
17Iéseg School of Management49.77639.622
18IAE Aix-Marseille Graduate School of Management49.1739.139
19La Rochelle Business School46.49437.009
20ESC Clermont45.91936.552
21Montpellier Business School45.88436.524
22EM Normandie45.66936.353
23Burgundy School of Business45.5836.282
24EM Strasbourg Business School45.29336.053

 

 

Analyse

Ce classement s’accompagne de son lot de surprises. D’après les chiffres, un diplômé d’AUDENCIA gagnerait plus qu’un élève de l’emlyon. Et quel intérêt d’aller à NEOMA si Rennes School of Business garantit un meilleur salaire ? Si les chiffres avancés ne sont pas loufoques, certains semblent néanmoins contre-intuitifs. Plus que le ranking intrinsèque donc, il ressort surtout de cette étude quatre « groupes » d’écoles.

 

Les Parisiennes au sommet

Ce qui frappe d’abord dans ce classement , c’est la différence énorme qui existe entre les 3 Parisiennes et les autres écoles. D’abord HEC et l’ESSEC qui caracolent en tête avec respectivement plus de 89K et 85K dollars par an, puis l’ESCP assez loin derrière avec 73 600$ par an, mais toujours largement loin devant le 4ème. La renommée des trois Parisiennes auprès des entreprises semble donc confirmée.

 

Un TOP 7 sans surprises

Plus de dix-mille euros en dessous de l’ESCP arrivent les 4 écoles suivantes que l’on retrouve toujours à la suite dans les classements. Ce qui étonne par contre c’est l’ordre dans lequel elles se suivent. AUDENCIA quatrième et l’emlyon septième ? Cela a de quoi surprendre.

En ce qui concerne AUDENCIA, cela s’explique facilement. En effet de manière assez peu honnête, on peut le dire, le diplôme qu’elle place dans ce classement est le MSc in Management-Engineering, autrement dit des étudiants ingénieurs issus d’une université partenaire ou en double diplôme avec Centrale Nantes ! Les doubles diplômes étant quasi-systématiquement mieux rémunérés, cela gonfle quelque peu les chiffres. Cette petite astuce est utilisée ou a été utilisée par nombres d’écoles européennes, à l’instar de la grande rivale de l’école nantaise, Grenoble EM, qui déclarait autrefois uniquement ses étudiants du Graduate Grenoble School of Business.
De plus, le caractère assez approximatif de la collecte des données doit plutôt nous pousser à considérer qu’il y a ici un groupe d’écoles très similaires, plutôt que de s’essayer à analyser la hiérarchie au sein de celui-ci. Entre ces quatre écoles il n’y a que deux-mille dollars d’écart, soit 3,3% de différence de salaire. Cela a toutefois le mérite de confirmer que Grenoble EM est bel et bien entrée dans la cours des grands.

Exemple illustrant cette tendance, une étude du site de benchmarking Emolument.com sur la rémunération des diplômés travaillant en banque d’investissement depuis moins de 4 ans. Elle montre bien que les écoles comme l’EDHEC, l’EMLYON et (tout de même) AUDENCIA ont les salaires parmi les plus élevés dans le milieu de la finance.

Le gros du peloton

Schéma assez similaire au groupe précédent, les dix écoles que l’on retrouve au sein du peloton sont celles auxquelles on pouvait s’attendre, bien que la hiérarchie entre elles soit là aussi peu commune. On remarquera qu’ici des universités, IAE, et écoles post-bac s’invitent au milieu des écoles post-prépa. C’est le cas de Dauphine, de l’ESSCA et de l’Iéseg pour les post-bac et de l’IAE d’Aix. Quelques différences restent cependant notables, comme l’écart de quatre mille euros entre TBS et KEDGE BS.

 

Le groupe de fin

Enfin le dernier groupe d’écoles françaises classées au Financial Times se compose d’écoles toutes membres de la BCE. On remarque que l’écart entre les groupes se réduit de plus en plus. Ici les salaires vont de 46 500$ pour La Rochelle Business School à 45 300$ pour l’EM Strasbourg.

 

Explication des tendances

Plusieurs phénomènes expliquent ces différences parfois flagrantes entre les groupes d’écoles. Tout d’abord la part de diplômés travaillant à l’étranger joue un rôle non négligeable. Plus la proportion d’élèves implantés à l’étranger est élevée plus le revenu moyen est tiré à la hausse. Les salaires des expatriés étant toujours sensiblement plus élevés qu’en France (environ 15%). Ainsi avec 36% de ses jeunes diplômés travaillant hors de France, HEC se place loin devant des écoles comme GEM avec 20% ou AUDENCIA avec 20% également.

La proportion de doubles diplômes a aussi son importance. En effet les élèves ayant une double casquette (la plus répandue et recherchée étant le statut Ingénieur-Manager) sont souvent valorisés sur le salaire. Pour exemple, un double diplôme Parisienne-Centrale/Supélec est rémunéré 1950€ en stage en Audit dans le Big 4 contre 1750€ pour un diplôme de Parisienne seul.

Enfin certaines grandes entreprises aux salaires les plus attractifs ne recrutent que dans le top 5 ou le top 3. C’est le cas de beaucoup de grandes banques anglo-saxonnes ou de cabinets de conseil en stratégie. S’il n’est pas impossible de rentrer chez Goldman Sachs ou BCG sans être diplômé du Top 3, cela devient de plus en plus compliqué à mesure que l’on s’éloigne du sommet des classements.

 

Un classement à considérer avec précaution

Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution. Comme nous l’avons dit, il existe plusieurs sources qui nous donnent les montants des rémunérations des étudiants à la sortie ou 3 ans après leur diplôme, et pas un seul ne fournit des données similaires. Pour l’Etudiant c’est l’ESCP qui arrive en tête pour le salaire à la sortie. Et pour Challenges ESCP et ESSEC sont exactement au même niveau… Si le Financial Times peut sûrement être considéré comme la source la plus fiable, il ne détient pas non plus la vérité absolue sur les chiffres exactes. A relativiser donc.

De plus la réalité des grilles de salaire en France ne coïncide pas tout à fait avec cette hiérarchie. De manière générale les grilles de salaires (lorsqu’elles existent) distinguent le groupe des parisiennes, le groupe des écoles de rang A avec l’emlyon et l’EDHEC, puis les autres écoles du top 15, parfois en séparant AUDENCIA, GRENOBLE et NEOMA des autres (oui, pour la majorité des entreprises NEOMA est actuellement toujours plus valorisée que TBS). Cependant après 3 ans d’expérience, les écarts commencent déjà à se réduire, même si dans certaines entreprises l’école de formation a toujours une influence sur le salaire des années après avoir été embauché.

 

Conclusion

Ce classement riche en surprises (et surement en approximations il faut bien le dire), permet néanmoins de tirer plusieurs conclusions.

  • Tout d’abord il conforte largement l’idée qu’il est très rentable de faire une parisienne. Et aussi que la hiérarchie entre ces dernières reste forte.
  • Ensuite, les différences entre les autres écoles deviennent de plus en plus minimes. Moins votre école sera “renommée”, moins votre salaire différera de ceux des écoles qui l’entourent dans le classement. Cela peut amener à s’interroger sur l’avantage comparatif de certaines écoles comparé à d’autres réputées moins bien classées. Car si on en croit les chiffres à la lettre, il y a exactement le même écart de salaire entre l’ESCP et l’emlyon qu’entre l’emlyon et La Rochelle Business School ! De quoi en faire rager plus d’un…

 

Guillaume HENAULT

 

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Guillaume Hénault

Fondateur du groupe Up2School (Business-Cool, Major-Prépa et Forum-Commerce) et étudiant à ESCP Europe.

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