La fin de l’année approche et la recherche de stage se fait de plus en plus pressante ! Pour vous débroussailler un peu le chemin dans cette période difficile, je suis allée à la rencontre de deux spécialistes de cette problématique bien connue des étudiants en école de commerce.

Mme Julie Martin, responsable du Career Center à Grenoble Ecole de management. Présente dans l’école depuis déjà 16 ans, elle en a été aussi la directrice adjointe de GGSB pendant plus de 8 ans. En parallèle, elle était responsable de l’administration des programmes GGSB et chargée des partenariats à l’international. Aujourd’hui, elle met à notre disposition son expérience pour faciliter notre recherche d’emploi grâce à ses précieux conseils pour nos CV, lettre de motivation ou à travers des ateliers offerts par le Career Center (pitch, profil LinkedIn, préparation aux entretiens, …).

Mme Garnier, responsable pédagogique à Grenoble Ecole de Management, nous accompagne dans un second temps pour nos expériences professionnelles. Mme Garnier a commencé son parcours professionnel par une formation de juriste, suivi d’un master en ressources humaines. Elle a d’abord été chargée de mission auprès de la direction à Grenoble école de Management avant de rejoindre la direction de la pédagogie. Son métier consiste à recruter, former et accompagner nos tuteurs de stage. Elle est présente pour nous tout au long des différentes expériences professionnelles que nous effectuons pendant notre scolarité.

 

Léa : Quelles opportunités de stage les étudiants de première année peuvent-ils espérer ? Avec quelles prétentions salariales ?

 Mme Martin : Pour un premier stage, il est souvent plus aisé de le faire dans un environnement commercial ou simplement un stage de vente. Pour une future carrière dans la finance, il est souvent préférable de commencer par un stage dans une banque, par exemple en front office au guichet. Cela permet de mettre en application les relations clientèles. Il est possible aussi de le faire dans un hôtel, en tant qu’hôtesse d’accueil, ce qui permet de s’investir dans un contexte international.

Il peut être utile de faire son stage à l’étranger en première année.  Il est souvent plus facile de trouver un stage peu qualifié quand le niveau d’anglais n’est pas optimal, plutôt que d’attendre plus tard quand le stage a un vrai impact sur le développement des compétences.

De plus, les élèves de première année ont rarement eu une expérience professionnelle au préalable donc l’objectif est surtout de découvrir une fonction en lien avec les cours en école de commerce. Ils pourraient chercher des offres en marketing telles qu’assistant marketing ou d’autres fonctions comme assistant logistique.

Les stages courts se trouvent essentiellement par le réseau personnel ou en local. Les entreprises ne postent pas leurs stages courts car cela est trop coûteux. Il vaut mieux aller voir son agence bancaire ou écrire à la direction régionale plutôt que postuler pour la société générale en ligne par exemple.

Il est aussi valorisant de faire son stage dans les associations de l’école, par exemple en gestion de projet ou en marketing. Cette possibilité, souvent offerte en première année dans les écoles de commerce, permet de s’investir sur des projets professionnalisant et d’apprendre à travailler en autonomie.  Cette année, Grenoble Ecole de Management a mis en place un nouveau projet : la création d’un tutorat associatif avant d’aider les étudiants à mettre en valeurs les compétences acquises au sein de leur parcours associatif. Projet qui concerne 160 étudiants.

A propos des prétentions salariales, depuis la loi du 11 juillet 2014, l’entreprise est obligée de rémunérer les stages de plus de deux mois. Le minimum est de 3.60€ par heure.  De plus, l’entreprise offre souvent certains avantages : accès au restaurant de l’entreprise, remboursement d’une partie du transport.

Cela dépend du stage bien sûr et du poste. Parfois des étudiants ont des stages rémunérés à 1 000€ voir 1 500€, cela dépend aussi des grilles selon les secteurs et les écoles.

 

Comment l’école assure-t-elle le suivi des étudiants en stage ? A ce propos, quelle est l’utilité du fameux rapport de stage ?

 Mme Garnier : Le suivi des étudiants en stage est assuré par le tuteur école pour chaque expérience professionnelle, accompagné d’un tuteur entreprise. Le premier valide les critères de contenu de la / ou des mission(s) de l’expérience. En première année, il s’agit d’un stage de découverte alors qu’en deuxième année, l’accent est mis sur l’utilisation des acquis de l’école. Il valide le contenu de la mission, encadre et accompagne l’étudiant. Il amorce aussi un contact initial avec l’entreprise, pour vérifier que les conditions du stage sont identiques que celle « vendues » à l’étudiant. Il est aussi là pour jouer le rôle de médiation entre l’élève et l’entreprise pendant tout le stage si un problème se présente. Le tuteur entreprise, ou maitre de stage, accompagne l’étudiant au sein de l’entreprise et valide le bon déroulement de son stage dans l’entreprise.

Le rapport de stage est tout d’abord un rapport d’expérience dont l’objectif est pour l’étudiant de valoriser son expérience professionnelle en l’analysant. Il peut ainsi identifier les compétences transférables, c’est-à-dire qu’il pourra réutiliser dans un autre poste. Cela l’aidera aussi à traduire son expérience en compétences sur son CV. Dans le cas du rapport de première année, l’importance est la prise de recul que doit prendre l’étudiant par rapport à ses missions, à ses relations au sein de l’entreprise et son organisation. Il analyse aussi la confrontation entre la réalité du terrain et l’image qu’il en avait. C’est un rapport de découverte.

 

Quel secteur conseillerez-vous à un étudiant qui n’a pas encore défini son projet professionnel ? 

 Mme Martin : En première année, l’étudiant fait un travail important sur son projet professionnel, à travers le Centre de Développement Professionnel et Manageriel ou différents cours. Un stage dans la vente ou en tant que commercial peut être une première façon de découvrir l’environnement du monde du travail. Il est plus important de choisir un stage selon les missions proposées que selon un secteur, il faut valoriser le développement de compétences. Il faut faire un bon dosage des deux. L’idéal est de demander plus d’informations sur le stage et les missions confiées.

Mme Garnier : Il faut aussi se rappeler que le stage de première année ouvre le champ de tous les possibles, il permet aussi d’éliminer un secteur ou un métier qu’on n’aimerait finalement pas. Une expérience professionnelle négative peut aider un étudiant à s’orienter, à développer son esprit critique de ce vers quoi il a envie d’aller ou non.

 

A ce sujet, ce premier stage détermine-t-il la suite du parcours des étudiants, ou bien doivent-ils le considérer comme une simple opportunité de découvrir un secteur qui potentiellement les intéresse ?

 Mme Garnier : Comme je l’ai mentionné, c’est surtout un stage de découverte mais il est utile en aval de bien retravailler le CV pour amener une cohérence et mettre en avant les compétences, par exemple en gestion de projet.

Un travail d’analyse doit aussi être mené en amont pour déterminer quelle opportunité choisir et ce qui sera le plus cohérent avec son projet professionnel.

Cependant, dans certains secteurs, comme dans la finance, il est nécessaire de commencer très tôt, par un premier stage en banque ou en audit par exemple.

 

Quelles différences fondamentales y a-t-il entre un stage dans une petite entité et un autre dans un grand groupe ? Est-ce préférable d’effectuer son premier stage dans une entreprise reconnue pour ajouter « une belle ligne » à son CV ?

 Beaucoup d’étudiants veulent entrer dans des grandes entreprises mais les recruteurs regardent finalement plus les missions que l’on a effectuées lors d’un stage que le simple nom de l’entreprise. Ces missions doivent correspondre au poste que l’on demande et servent à démontrer ses compétences. J’encourage les étudiants à chercher des stages dans les petites entités : souvent les missions sont plus larges et donc plus enrichissantes. En outre, le niveau d’autonomie et de responsabilité est souvent plus conséquent dans les start-ups. Il ne faut pas hésiter à poser des questions à ce sujet avant de choisir son stage.

Cependant, pour le domaine du luxe et de la mode, c’est un réel avantage d’avoir déjà travaillé dans une grande entreprise de ce secteur. En effet, on peut ainsi se créer des premiers contacts dans la boite. Pour le luxe, il est bien de démarrer dans un stage de vente ou de commercial en conséquent.

En un mot, pour choisir votre stage, regardez d’abord les missions proposées.

 

Les forums sont-ils un bon moyen de décrocher un stage ? Quelle est la bonne attitude à adopter ?

Mme Martin : Les forums restent un moment propice à la recherche de stage. Cependant, il ne détermine pas le processus de stage, il permet d’établir un premier contact avec des étudiants. Un retour au responsable des ressources humaines est souvent fait après le forum. L’avantage est que les entreprises présentes ont des offres à pouvoir.

Pour bien utiliser ce moment, il est utile d’arriver préparer : d’avoir travaillé son pitch et de connaitre les entreprises visées. Ne pas oublier de prendre son CV (identifier ses compétences) et se remémorer le poste visé et l’objectif de sa présence au forum. Bien sûr, il faut rester ouvert à d’autres propositions. L’idéal est aussi de préparer des questions à poser aux entreprises pour montrer notre intérêt.

Pour finir, il ne faut pas oublier de demander des cartes de visite ou de simple nom afin de pouvoir mentionner cette personne lors de notre candidature.

Mme Garnier : je rajouterais simplement qu’il faut toujours pouvoir illustrer tout ce qu’on dit par des temps très courts, d’où la nécessité de s’être préparé (choix de 4 ou 5 compétences ou qualités et illustration).

 

Quels conseils pouvez-vous donner à un étudiant qui désespère de ne recevoir aucune réponse à ses candidatures ?

Mme Garnier : Je lui dirai tout d’abord de recontacter les entreprises pour avoir une réponse. On peut le faire deux fois. Le facteur temps n’est pas le même quand on est du côté des ressources humaines.

Mme Martin : Et si jamais la réponse est négative, sur un poste où l’on pensait réellement avoir les bonnes compétences et le bon profil, ne pas hésiter à demander un retour pour savoir la raison. Cela peut être très enrichissant d’avoir une démarche proactive.

Vous pouvez aussi aller voir l’espace carrière de votre école pour revoir vos démarches (CV, lettre de motivation…). Il faut toujours adapter le CV/lettre motivation à l’offre.

Pour finir, vous pouvez jouer sur le réseau de votre école et notamment sur les alumnis. Vous pouvez demander à des anciens élèves plus d’information sur une offre ou s’il connait quelqu’un qui travaillerait dans le bon département. Il faut bien sûr cibler sa recherche à l’entreprise qui vous intéresse.

En guise de conclusion, quels arguments peut-on mettre en valeur sur son CV et en entretien lorsqu’on est passé par une CPGE ? Les ex-préparationnaires n’ont pour la plupart aucune expérience professionnelle…

Mme Martin : L’important est de développer chaque expérience qu’on a eu, notamment les jobs d’été et jouer sur les compétences acquises. Il peut s’agir aussi du domaine associatif ou des qualités développées lors de différentes activités. Prenons par exemple le sport : il peut avoir appris à travailler en équipe, à suivre des consignes, à mener un groupe. Il peut s’agir aussi de l’organisation d’un évènement : leadership, anticipation.

Il est donc nécessaire d’aller voir les bonnes personnes afin de mener un travail d’introspection et de transférer les qualités qu’on a à une offre de stage. Il faut savoir prioriser son CV et mettre dedans des choses dont on a envie de parler après, d’où l’importance de la partie « hobbies ».