Vous le savez peut-être, mais le début de l’année Pré-Master à l’ESSEC Business School suit un format un peu particulier… L’administration a travaillé de sorte à faire des quatre premiers mois une transition entre la classe préparatoire et l’école de commerce, en faisant appel à un cabinet de conseil en stratégie, des alumni, des étudiants, des professeurs et des représentants du monde professionnel, afin de disrupter le Pré-Master « traditionnel » où l’on commence les cours en septembre (pour le meilleur, et pour le pire ?). Ainsi, à l’ESSEC, il n’y a pas de cours à proprement parler avant le mois de novembre ! Ce temps est occupé par des conférences, des séminaires, des bootcamps, des stages.

Dans cet article, je vais vous présenter le déroulé de la première partie de l’année à l’ESSEC, du mois de septembre à la fin du mois de décembre, mais vous aurez aussi l’avis de Félix Papier (directeur du PGE) et d’un étudiant de l’ESSEC sur ce programme – alors restez jusqu’à la fin de l’article, ça en vaut la peine.

Les premiers jours à l’ESSEC sont rythmés par des conférences explicatives du fonctionnement de l’année de Pré-Master et des études en général. Une conférence introductive est également réalisée par un professeur de l’ESSEC (cette année Laurent Bibard nous a parlé de la complexité), et nous avons également pu assister à une conférence sur l’histoire de la ville de Cergy pour nous expliquer l’urbanisme un peu « particulier » de cette ville nouvelle.

 

Quand les choses sérieuses commencent…

Après ces trois premiers jours passés en Grand Amphi, nous avons débuté notre premier séminaire de l’année : le séminaire Saint-Cyr, qui dure deux jours. Les étudiants-militaires de l’école Saint-Cyr sont venus nous former aux méthodes de l’armée. Au programme, conférences sur la prise de décision et ateliers de mise en situation : sauvetage d’un camarade et gestion de crise humanitaire. Les ateliers de mise en situation ont eu lieu en petits groupes sous la responsabilité d’un sous-lieutenant, les conférences étaient en Grand Amphi.

À la fin de ce séminaire a débuté un nouveau séminaire, « Comprendre et changer le monde », abrégé en « CCM ». La première séance consistait en une présentation du séminaire, de ses enjeux et de ses objectifs, ainsi que des différents thèmes de travail. Ainsi, il y avait cette année 14 thèmes, tous proposés et présentés par des professeurs de l’ESSEC – les sujets changent chaque année en fonction de leurs recherches. Les sujets étaient divers et variés, allant de « Employment Practices: Is Artificial Intelligence with a Human Face Possible ?» à « Coworking, la fin du travail au bureau – reflet d’une génération ou levier de transformation de la société ? » en passant par « Comment protéger les océans et l’emploi de la surpêche ? ».

Nous devions établir une « liste de vœux » et un algorithme devait nous répartir dans les différents sujets selon la manière la plus efficiente – échec de la mission. Là encore, le travail alternait entre conférences plénières, séances de travail par groupe de 28-30 élèves et travaux à rendre par groupe de cinq ou six personnes. À la fin, les groupes devaient passer sur scène pour présenter leur thème et leur travail, et le « Most Likely to Change the World Group » a été élu par les étudiants.

Après ce long séminaire, nous méritions bien une belle récompense… et cela a été le WEI, « HighWEI to Hell  ». Mais on t’en a déjà parlé ici, donc tu n’as plus qu’à aller lire l’article si tu l’as loupé et à rêver!

 

L’après-WEI

Dans sa grande bonté, l’administration de l’ESSEC nous a fait cadeau du lundi matin post-WEI, ce qui nous a permis un repos salvateur avant d’enchaîner sur le séminaire suivant : un séminaire entièrement dédié à Excel ! Nous avions cours par petits groupes soit le matin, soit l’après-midi, le reste de la journée étant dédié à la réalisation de cas en binôme sur lesquels nous étions notés. Ce séminaire s’est terminé sur un examen individuel sur ordinateur où nous devions faire un exercice en temps limité.

La série des séminaires ne s’est pas arrêtée là – nous ne sommes que début octobre. A débuté ensuite le séminaire Wanderlust. Il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui ne l’a pas fait ce qu’est le séminaire Wanderlust. Ce n’est pas un séminaire de langues, mais il se fait dans une langue étrangère (anglais, allemand ou espagnol). Il a pour but de nous familiariser avec la diversité culturelle, le multiculturalisme. Nous devions nous mettre par groupes de trois à cinq personnes et réaliser une « mission », proposée par des partenaires du programme, comme par exemple le Théâtre de la Nouvelle Scène Nationale de Cergy. Nos œuvres (scrapbooks, vidéos, livres-photos) ont ensuite été exposées à l’ESSEC pendant quelques jours.

 

Une première expérience (semi-)professionnelle

Sur un week-end s’est déroulé le Bootcamp « Start’up Shaker ». Le principe ? Créer une start-up capable de bouleverser les leaders du CAC 40 en 33 heures. Les 399 élèves de l’ESSEC ont été répartis dans différentes salles, et chaque salle s’est vu attribuer un thème sur lequel elle devait créer sa start-up. Par exemple, « Luxe, mode et habillement » ou « Sports ». Dans chaque salle, on a ensuite formé des groupes de quatre ou cinq étudiants qui devaient donc trouver une idée puis la mettre en œuvre. Nous avons pour cela été guidés par deux encadrants, deux entrepreneurs ayant créé une ou plusieurs start-up, qui nous donnaient des pistes de réflexion, mais aussi d’amélioration, et n’hésitaient pas à poser un regard très critique sur les projets.

Le groupe avec la meilleure idée a ensuite été élu dans chaque salle, et a dû aller défendre son projet devant tous les étudiants et face aux représentants des autres salles. Les séances de travail étaient interrompues par des moments de pause et par des conférences explicatives. Une première expérience dans l’entrepreneuriat.

Après cela, nous avons réalisé l’Expérience Terrain de quatre semaines, dont je vous parlais déjà ici avec un peu (beaucoup ?) d’humour et de second degré, et sur laquelle je n’épiloguerai donc pas plus longtemps. Après une semaine où la promotion a débuté les cours de mathématiques et débriefé l’Expérience Terrain, nous avons commencé l’expérience Going Pro. Le principe est simple : pendant quatre jours, nous avons suivi un « pro » de notre choix (ou le manager qui a bien voulu nous accueillir, soyons honnêtes), trouvé par l’ESSEC ou grâce à notre démarchage ou à notre réseau, dans ses activités quotidiennes, le but étant de découvrir et d’essayer de comprendre son quotidien en tant que manager.

 

Le retour à la réalité d’étudiant

Après un débriefing du stage Going Pro (qui s’est conclu une nouvelle fois par un rapport de stage), nous avons repris les cours de mathématiques et débuté le séminaire Accenture « Gestion de Projet », qui a duré quatre jours. Encore une fois, alternance de séances plénières et de travaux en groupe. Par groupe justement, nous avons dû travailler sur un cas proposé par une entreprise (cette année, il s’agissait de Franprix) et proposer des solutions au problème qui nous était posé. Pour cela, nous étions encadrés par des conseillers d’Accenture, qui nous ont initiés aux méthodes de décomposition des problèmes et nous ont donné des conseils pour « brainstormer » efficacement.

Enfin, lors des deux dernières semaines de cours du mois de décembre, nous avons assisté au lancement de l’« Expérience Projet ». Ce séminaire s’étale en réalité sur six mois, mais il commence par deux semaines en intensif en décembre. Deux parcours possibles : le track conseil et le track entrepreneuriat. Dans tous les cas, nous avons travaillé par groupes de cinq.

Pour le track conseil, nous avons répondu à une problématique posée par une entreprise ou par une organisation, susceptible de mettre en jeu de multiples dimensions (stratégie, analyse financière, organisation, ressources humaines, systèmes d’information, coûts et pilotage, marketing, logistique, production…). Pour le track entrepreneuriat, nous avons aidé un camarade (qui avait déposé le projet préalablement) à réaliser son projet et à créer la start-up imaginée. Nous avons dû dans tous les cas mettre en œuvre les outils étudiés en cours. À partir du mois de janvier, deux demi-journées ont été libérées dans notre emploi du temps pour nous consacrer au projet : rencontrer les référents puis l’entreprise, mener des enquêtes, faire le point en équipe sur l’avancement. Ce projet se terminera fin juin, lorsque nous présenterons notre proposition d’intervention finale devant un jury.

 

Mais pourquoi le S1 est-il aussi original ?

Je suis allée pour vous à la rencontre de Félix Papier, directeur du Programme Grande École de l’ESSEC , pour lui poser quelques questions sur le programme et sur les raisons de sa mise en place.

 

Pourquoi avoir décidé de remodeler le cursus ?

Félix Papier : Nous nous sommes rendu compte que le modèle pédagogique était très différent entre les classes préparatoires et le cycle de master. D’un côté, on avait quelque chose de très dirigé, structuré ; de l’autre, on laissait beaucoup de liberté à l’étudiant qui pouvait créer son parcours. Cela nécessite un sens des responsabilités, et la possibilité d’être acteur et de prendre des décisions. Le Pré-Master permet d’introduire de grands enjeux et outils tout en mettant l’étudiant au cœur de l’action. Il y a d’autre part toujours un risque que les étudiants n’accrochent pas en école, et ce dans toutes les écoles de commerce de France, et nous souhaitions anticiper et réduire ce risque, avec une pédagogie plus libre, plus captivante.

 

Que pensez-vous aujourd’hui de ce semestre ? Voudriez-vous changer quelque chose, ou trouvez-vous que c’est parfait ?

F. P. : Alors déjà, rien n’est parfait dans ce monde. Il s’agirait plutôt d’une question pour les étudiants, ça nous intéresse beaucoup d’avoir leur avis, d’où les questionnaires (NDLR : à chaque fin de séminaire, les étudiants sont invités à remplir un questionnaire et à noter le séminaire). Il y a aussi le Comité d’Enseignement, mis en place dès le début, qui doit nous faire remonter les informations. Pour se poser la question d’un ajustement majeur, c’était jusqu’à aujourd’hui beaucoup trop tôt. Là, ça fait quatre ans, on pourrait se poser la question : raccourcir, étendre, rajouter des séminaires… Mais le plus important, c’est le feedback de nos étudiants.

 

Est-ce aujourd’hui pour l’ESSEC un argument de vente, qui lui permet aussi de se distinguer des autres écoles ?

F. P.  : Bien sûr que c’est un facteur de différenciation ! Oui, nous en sommes très fiers. Nous avons introduit une pédagogie qui n’existe pas dans les autres écoles. Nous voulons montrer qu’une école de commerce, ce n’est pas seulement être assis dans une salle de classe, c’est aussi et surtout être acteur. D’où cette autonomie, pour éveiller l’ambition. Il y a avant tout une volonté de donner du sens à ce qu’on enseigne à l’ESSEC, et je pense que c’est plutôt une réussite.

 

Et les étudiants, ils en pensent quoi ?

Bonne question. Les avis sont en réalité très partagés, et les étudiants ne jugent pas tous les séminaires de la même façon. Il est donc très difficile de donner un avis universel. Surtout, les étudiants actuellement en première année n’ont peut-être pas le recul nécessaire pour juger, car ils n’ont pas d’expérience professionnelle et n’ont pas encore d’expérience des cours de gestion. C’est pourquoi je vous propose de découvrir plutôt l’avis d’un étudiant de deuxième année à l’ESSEC, ayant plus d’expérience et de recul sur ce programme, Hugo Wroblewski :

« Avec du recul, je trouve que le début en école de commerce proposé par l’ESSEC est bien pensé pour des élèves sortant de deux ou trois années de travail intense en classe préparatoire. Ce n’est pas facile d’enseigner quelque chose à des étudiants qui rejettent tout ce qu’on leur propose, presque par principe, une fois arrivés en école. À l’ESSEC, les cours ne commencent pas tout de suite et l’accent est mis sur d’autres choses aussi essentielles pour s’insérer dans le monde professionnel : le travail en équipe, la compréhension des sujets sociétaux, le management et le travail opérationnel directement en entreprise. La grande force du premier semestre à l’ESSEC, selon moi, est cette découverte à la fois du travail en entreprise au plus bas échelon avec le stage ouvrier et du management avec le suivi d’un manager au quotidien lors du stage Going Pro. Si l’on s’en donne les moyens, ces stages sont un enrichissement énorme. J’ai passé un mois en tant que vendeur chez Nature & Découvertes, mais cela fait surtout un an que je suis les conseils de la directrice du magasin et que j’apprends de son parcours. Les séminaires peuvent encore être améliorés mais ce premier semestre est un bon début, qui différencie l’ESSEC et qui force les étudiants à se détacher du travail scolaire pour s’ouvrir au monde professionnel et, aussi, à commencer à mener des projets personnels à côté. »

 

J’espère que cette plongée dans le quotidien d’un étudiant en Pré-Master à l’ESSEC t’aidera à mieux comprendre le format un peu particulier du premier semestre propre à l’école, et qu’il t’aura fait kiffer. Évidemment, je n’ai parlé ici que de l’aspect pédagogique du premier semestre, mais la période d’intégration est tout simplement folle (big up au BDE Havana !), la vie étudiante est bien remplie, et une fois dans nos assos respectives, l’année prend une saveur bien différente 😉