Arrivé depuis neuf mois au sein de l’école rouenno-rémoise, le président Michel-Edouard Leclerc, qui dirige la fédération d’entrepreneurs de l’enseigne de grande distribution éponyme, ainsi que Delphine Manceau, directrice générale de l’école, ont annoncé le résultat de leurs réflexions stratégiques sur l’école. Cette dernière se veut claire et s’appuie sur la déclaration de Gaspard Koenig qualifiant la structure d’école de commerce de « tripot éducatif apparu avec l’ère managériale et heureusement destiné à disparaître » au sein d’une tribune dans Les Echos, lui qui enseigne pourtant à SKEMA BS.

 

Les grands cadres de la réflexion

Pour Delphine Manceau, les jeunes étudiants qui entrent en école de management aujourd’hui sont très différents de ceux d’hier, avec un réel enjeu : “trier la vraie news de la fake news“. Du côté des employeurs, le piédestal érigé pour les soft skills est jugé comme étant le seul moyen de lutter face à l’obsolescence rapide des métiers classiques due au progrès technique et technologique. Face au dogme de la formation à des métiers, Delphine Manceau annonce “une formation à des connaissances et non plus à des métiers”.

Cette refondation, quatre ans après la fusion, s’est appuyée sur les étudiants, alumni et collaborateurs dans le cadre d’un processus IMAGINEOMA, mené dans un cadre de réflexion commun et s’appuyant sur des ateliers de design thinking : “on s’est appliqué à nous-mêmes les nouvelles manières de créer” commente Delphine Manceau. Quatre convictions et “points cardinaux” nourrissent la réalisation de ce plan :

  1. La synergie des liens : avec les étudiants, aussi bien ceux de l’école que ceux de passage pour quelques mois, avec les professeurs, les entreprises, etc. qui créé “une possibilité d’échange autour de tous les acteurs de l’école” selon Michel-Edouard Leclerc ;
  2. Le courage de l’incertitude : la vivre comme une opportunité et non un obstacle ;
  3. La fabrique des possibles : “faire de nos étudiants les architectes du monde de demain” pour Delphine Manceau ;
  4. Le supplément d’âme : où l’école “s’inscrit dans une réflexion aussi bien économique qu’humaine” selon Mchel-Edouard Leclerc, avec l’envie de contredire la déclaration de Gaspard Koenig.

 

Le plan stratégique

Selon Delphine Manceau, NEOMA veut s’installer comme “challenger innovant” des plus grandes business schools internationales. “En se challengeant en tout premier lieu […] et en contribuant à challenger le secteur”. La stratégie s’appuie sur trois piliers : l’innovation éducative, réinventer l’immersion internationale et déployer des expertises à 360 degrés.

Pour Delphine Manceau, l’école s’est appuyée sur le modèle de Netflix, avec sa capacité à réinventer une industrie en remettant en cause ce qui est considéré comme acquis sans hésiter à investir tous azimuts sur l’ensemble de l’expérience-utilisateur, aussi bien du côté de la création du contenu que de sa distribution.

 

Miser sur l’innovation éducative

Après un rappel de Michel-Edouard Leclerc sur l’ancrage territorial de NEOMA à Reims, Rouen et Paris, Delphine Manceau embraye en rappelant que sa vision combine digital et physique.

De présentiel, il en est question, et plus particulièrement d’immobilier. L’école annonce trois nouveaux campus lors des cinq prochaines années avec un investissement de 300 millions d’euros dont 80 millions destinés à l’acquisition d’un immeuble de 6500m², place d’Italie à Paris, pour y accueillir 1500 étudiants ; contre 300 seulement aujourd’hui à Saint-Lazare. Y seront enseignées la première et deuxième année des programmes postbac (Global BBA, TEMA et CESEM), ainsi que deux Masters of Science (Risk Analytics & Fintech et Value Creation & Luxury). Reims et Rouen auront aussi le droit à de nouveaux campus, mais les détails ne sont pas encore figés.

L’école rappelle ses cas en réalité virtuelle, avec des nombreux cas proposés notamment dans le secteur de la distribution, avec des cas autour de Cora, Lidl et… E. Leclerc, évidemment.

S’inscrivant dans les réflexions globales des écoles de commerce autour du rôle prégnant des humanités, pilier des soft skills, différents modules sont annoncés, dont un obligatoire intitulé “Humanités et Management” autour de la thématique du travail, un itinéraire philosophique et artistique pour ceux qui désirent aller plus loin et enfin un cycle de conférence sur les Humanités.

Concernant ce dernier point, Michel-Edouard Leclerc, qui ne voulait pas s’immiscer dans le contenu pédagogique de l’enseignement, a fait parler son carnet d’adresses pour faire venir au cours de l’année différentes personnalités dont Bruno Le Maire, Gaspard Koenig et Michel Serres. L’objectif pour le président de l’école est clair “sensibiliser les étudiants aux différents rythmes des mutations”.

 

La stratégie internationale… sans frontières

“L’international ce n’est pas un sujet d’immobilier mais d’immersion culturelle”. Disposant d’accords avec 300 universités partenaires (et 400 espérés dans cinq ans), Delphine Manceau désire s’allier “avec les meilleures universités […] et meilleurs étudiants de chaque pays”.

Trois modèles ont été développés par l’école. Le plus important est Entrepreneurs sans frontières qui initie un réseau d’incubateurs des universités partenaires mondiales (FGV au Brésil et Shanghai Jiao Tong University en Chine par exemple). Ce dispositif n’est pas sans rappeler celui de l’ESC Pau BS, qui permet également cela avec des partenaires américain, indien et australien depuis le début de l’année.

Ce concept a été décliné autour de la vie associative mais aussi de l’apprentissage, qui impliquait notamment de faire une croix sur l’international. Depuis peu, NEOMA propose aux étudiants en apprentissage de pouvoir également vivre cette expérience internationale avec la poursuite de leurs cours en e-learning. Par exemple, un étudiant de quatrième année est actuellement en apprentissage à Vinci en Suède.

 

Déployer les expertises à 360 degrés

Dans ce plan stratégique résolument anti-frontières, NEOMA entend dépasser celles qui séparent les programmes, la recherche, les entreprises ou encore l’executive education, mais aussi celles qui séparent différents pôles : Fintech et Cryptofinance, Entrepreneuriat, Audit & Conseil, Mobilité et Europe-Asie.

Du côté des professeurs, 17 nouveaux enseignants rejoignent l’équipe pédagogique. Ils viennent de 12 pays différents. De 160 enseignants-chercheurs, l’école entend en disposer de 200 dans les années à venir.

 

Une stratégie de croissance centrée sur l’international

Pour ce qui des effectifs, Delphine Manceau assure ne pas avoir pour ambition d’accroitre le nombre d’étudiants du Programme Grande Ecole, et conserver ainsi la même proportion d’étudiants issus d’une classe préparatoire ou de la voie parallèle. En revanche, l’école va focaliser ses efforts sur les recrutements internationaux.

 

NEOMA BS en 2022… en chiffres :

  • 101 millions de budget contre 80 aujourd’hui
  • 200 professeurs contre 160 aujourd’hui
  • 170 étoiles en publication de recherche contre 130 aujourd’hui
  • 11 500 étudiants contre 9500 étudiants aujourd’hui (7125 ajd contre 6900 en 2022)
  • 40% d’internationaux contre 25% aujourd’hui
  • 400 partenaires internationaux contre 300 aujourd’hui
  • 150 projets incubés contre 100 aujourd’hui
  • 68 500 diplômés contre 57 200 aujourd’hui