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Les doubles diplômes en école de commerce, un eldorado ?

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Depuis quelques années, les doubles diplômes florissent dans les écoles de commerce françaises. Est-ce qu’il s’agit d’une tendance de fond, qui a une valeur ajoutée reconnue et pérenne? Ou bien est-ce seulement un effet de mode ?

 

Un atout majeur pour les étudiants et les entreprises

Tout d’abord, l’essor des doubles diplômes semble résulter d’une demande conjointe des entreprises et des étudiants à laquelle les écoles répondent. En effet, dans l’économie aujourd’hui globalisée, les entreprises ont besoin de jeunes capables d’allier de solides compétences techniques à une vision globale et à une capacité à gérer des projets transversaux. Pour acquérir cette agilité désormais nécessaire, réaliser un double diplôme apparait particulièrement pertinent. En effet, avoir des connaissances et un point de vue différents de ceux enseignés en école de commerce permet à un étudiant d’être plus ouvert et plus adaptable aux mutations de son environnement.

Par exemple, les étudiants issus d’une double formation manager-ingénieur vont avoir beaucoup de succès pour les fonctions qui demandent des compétences en analyse de données. De la même manière, une formation qui allie droit et management est très prisée par les cabinets de droit des affaires, dans la mesure où la compréhension de l’environnement économique est primordiale. Les écoles de commerce proposent donc aux étudiants d’avoir accès à ces compétences et s’appuient dessus pour se distinguer des autres écoles.

En outre, suivre un double cursus permet de connaître deux établissements différents. Cela se traduit par deux ambiances différentes, un réseau possiblement doublé, un nombre accru d’associations dans lesquelles s’impliquer, voire par la découverte d’autres méthodes de travail que celles de son école. Tous ces éléments peuvent permettre de créer des profils plus équilibrés, et sortant définitivement du moule de l’étudiant en école de commerce.

 

De nombreuses possibilités

Ces doubles diplômes sont présentés un peu plus en détail ici.

 

Un choix si judicieux qu’il y paraît?

Néanmoins, les doubles diplômes comprennent bien souvent des tares inhérentes au choix de ces parcours ambitieux.

 

Un ajout à la charge de travail

Choisir un double diplôme, c’est choisir un parcours qui nécessite souvent plus de travail. Dans le cas où la scolarité se fait en alternance dans les deux écoles, il y a deux fois plus de partiels, deux fois plus de projets, et deux fois plus de travail, clairement.

De plus, les doubles-diplômes « sélectifs » nécessitent une bonne moyenne générale dans l’école afin d’avoir un meilleur dossier que la concurrence, parfois féroce. Cela induit donc de ne pas valider toutes les matières aux rattrapages, et – donc – de travailler au moins un peu plus que les camarades de ta promotion. Cela induit donc des sacrifices, car le temps passé à travailler ne l’est pas à festoyer, ni à s’impliquer dans des associations ou dans la vie d’école.

A noter néanmoins que certaines écoles comme TBS ou HEC proposent pour certains doubles diplômes des parcours allégés.

 

Une scolarité mal aménagée, et rallongée

Il n’est pas rare que les doubles-diplômes proposés par les écoles conduisent à une modification de la maquette de la scolarité : on passe des années dans l’établissement d’accueil que nos camarades de promotion passent à l’intérieur de l’école de commerce d’origine. Cela a pour effet de séparer les étudiants doubles diplômants de leur promo, ce qui peut être problématique : l’intégration dans sa “nouvelle promo” peut se révéler être compliquée.

Typiquement, les doubles-diplômes avec les écoles d’ingénieurs exigent souvent de passer plusieurs années (2, voire 3 dans certains cas !) en école d’ingénieurs. Il faut donc être bien conscient que le choix d’un double-diplôme a des répercussions sur la vie sociale et peut mener à finir son diplôme avec une promotion autre que la sienne, déjà soudée quand vous y entrerez.

D’autre part, il se peut – particulièrement dans le cas des doubles diplômes école de commerce/ licence – que la scolarité soit mal aménagée. Les universités étant le plus souvent bien plus grosses que les écoles de commerce, elles manquent de flexibilité dans leurs horaires. De là, suivre le cursus de son école de commerce et d’une université française en parallèle mène bien souvent à avoir des cours en même temps à deux endroits différents. Or ne pas pouvoir aller à certains cours de l’université, parfois nombreux, peut rendre la validation difficile. Le temps de trajet entre les deux établissements est parfois aussi ardu à gérer dans le cas où les cursus se déroulent en même temps.

Si tu souhaites entrer tôt dans le marché du travail, il faut choisir habilement son double-diplôme. Si certains doubles-diplômes consistent simplement en une spécialisation en année de Master 2, et ne conduisent pas à rallonger la scolarité, la majorité d’entre eux rallonge la scolarité d’un, voire deux ans. Un ou deux ans de plus sans pouvoir réellement gagner ta vie, et ton indépendance !

 

Un cursus non toujours valorisable et sérieux

Malgré la réflexion sur soi que peut provoquer le travail sur le projet professionnel pour les entretiens de personnalité, ce n’est finalement qu’en école que le vrai projet professionnel se dessine. Parfois, on s’engage donc dans un double cursus exigeant par bien des aspects, qu’on ne valorisera jamais dans sa vie professionnelle, ce qui est un peu dommage ! Par les sacrifices qu’il réclame, et malgré les nombreuses opportunités qu’il apporte, le choix d’un double-diplôme doit être bien réfléchi, à la lumière de ces différents arguments.

D’autre part, certains doubles-diplômes ne proposent pas un cursus sérieux, et sont certes diplômants, mais ne permettent pas à l’étudiant de ressortir de ses écoles avec de réelles compétences supplémentaires par rapport à ses camarades de promotion. Ces doubles-diplômes sont souvent, par ailleurs, peu reconnus par les employeurs. Pour éviter cet écueil, vos ainés sont vos meilleurs amis. Les promotions d’au-dessus peuvent vous aider, vous aiguiller, et vous conseiller dans le choix de votre double-diplôme, afin qu’il vous soit utile, et qu’il rentabilise l’investissement consenti.

 

Le prix

Avoir un double-diplôme peut augmenter le prix de votre scolarité, déjà bien souvent exorbitant. Ceci n’est pas une règle générale, mais il faut souvent payer les frais de scolarité de l’école d’accueil lorsqu’on fait un an complet chez elle, ce qui peut se révéler problématique pour des doubles-diplômes en France, mais plus particulièrement à l’étranger. Alors, pour les doubles diplômes les plus chers, il faut réfléchir à deux fois si vous ne voulez pas avoir à vendre le rein qu’il vous restait après avoir payé vos frais d’école !

 

Paroles d’étudiants :

« Le double diplôme avec l’Ensae présente incontestablement un avantage scolaire et professionnel. On y apprend des compétences intéressantes qui nous serviront plus tard, et qui en plus valorisent notre CV. D’autre part, on a l’occasion d’avoir une autre ambiance à l’Ensae, assez complémentaire à celle d’HEC, dans une promo plus petite avec des caractères différents. Toutefois, on a constamment l’impression d’être bloqué dans « l’entre deux », sans vraiment pouvoir s’investir pleinement dans les deux écoles en même temps. C’est dommage d’un point de vue social quand on connaît l’importance de l’engagement associatif sur un campus, mais aussi d’un point de vue scolaire, sans parler des galères administratives… »

                                                              Hugo Carrié, étudiant en L3 du DD HEC-ENSAE

« Au-delà d’un bon dossier académique, il est attendu des candidats un projet professionnel sérieux qui nécessite l’articulation des deux écoles, de leurs savoirs et savoir-faire. La complémentarité est alors assez évidente ; le secteur public a autant besoin de managers que le secteur privé cherche des personnes compétentes en affaires publiques. Ce parcours permet d’élargir ses possibilités de stage, de réseau, et témoigne d’un esprit d’ouverture, autant d’éléments essentiels au démarrage d’une carrière. Néanmoins, pour être diplômés en même temps que notre promo, le parcours ne nous permet pas de réaliser d’année de césure ; il faut donc peser le pour et le contre selon le projet professionnel. »

                                        Pierre Vassal, étudiant en M1 du DD TBS-IEP Toulouse

« Je souhaitais approfondir mes connaissances juridiques en les orientant vers une approche opérationnelle, enrichir ma formation par la maîtrise de disciplines de gestion. Le double-diplôme entre l’Université Catholique de Lille et l’Edhec en droit des affaires me permet d’être ainsi parfaitement armée afin d’exercer la profession de juriste en entreprise ou avocate en droit des affaires ! »

     Capucine Bodhuin, étudiante en M1 du DD Edhec-Université Catholique de Lille