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HEC bientôt sous pavillon chinois ou qatari ?

HEC bientôt sous pavillon chinois ou qatari ?

« Le Qatar a déjà acheté le PSG et là comme en Chine nous rencontrons des entreprises qui se disent intéressées par le rachat de nos écoles, d’HEC, de l’ESSEC, de l’ESCP… » assène Didier Kling, Président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie (CCI) Paris-Ile-de-France. « Une entreprise chinoise a bien racheté Brest Business School » renchérit Pierre Goguet, Président de la CCI France.

Ces propos tenus par de hauts représentants de chambres consulaires, que nous rapporte le magazine en ligne L’Essentiel du Sup, ont de quoi étonner : la France serait donc prête à céder trois de ses écoles supérieures les plus prestigieuses si des investisseurs étrangers venaient à se présenter ?

 

En réalité, ces considérations cyniques ont valeur de mise en garde à l’intention des pouvoirs publics : les trois établissements cités ci-dessus sont en partie subventionnés par la CCI Paris-Ile-de-France. Cela fait près d’une décennie que le financements des CCI par l’État, et par voie de conséquence les subventions accordées par celles-ci aux écoles de commerce, diminuent drastiquement.

Si une grande partie des Grandes Écoles de management fonctionne d’ores et déjà sans aucune subvention de leur chambre affiliée (mais pas toujours avec l’autonomie vis-à-vis d’elle que cela devrait logiquement supposer), ce n’est pas encore le cas des “trois parisiennes”. L’ESCP Europe bénéficie ainsi d’une aide de 10 millions d’euros chaque année de la part de la CCI, qui prévient toutefois par la voix de son président que « l’école devra être indépendante financièrement de nous à l’horizon 2022. ».  Une équation compliquée pour les écoles franciliennes, soumises comme toutes leurs consœurs à une concurrence nationale et internationale de plus en plus féroce.

De surcroît, les récentes décisions politiques devraient accélérer ce fatidique désengagement des CCI à l’égard des écoles qu’elles subventionnent : le Projet de loi de Finance 2018 prévoit ainsi une baisse de 150 millions d’euros de la Taxe pour Frais de Chambre (TFC) qui revient directement aux CCI. Pour la CCI Paris-Ile-de-France, cela représente un manque à gagner de 47 millions d’euros. Les millions d’euros que reçoivent chacune des “parisiennes” annuellement tariront sans doute plus vite que prévu…

Pour ne rien arranger, une réforme envisagée de la taxe d’apprentissage, avec la suppression du versement de la partie “hors quota”, pourrait encore un peu plus ébranler les assises financières des Grandes Écoles de commerce de manière générale.

 

Quelle alternative pour les écoles de management ?

Pour pallier cette baisse, la hausse des frais de scolarité est bien entendu une solution privilégiée par les écoles. Néanmoins, celle-ci montre ses limites selon Jean-Philippe Denis, professeur à l’Université Paris-Sud et co-auteur d’une étude sur la question, dès lors que l’employabilité et les salaires à la sortie ne justifient plus le prix des frais engagés par les étudiants. Les écoles les plus attractives semblent tout de même en capacité d’augmenter leur frais de scolarité sans provoquer un tollé général ; à ce titre, Peter Todd, DG d’HEC Paris estime qu’un « taux annuel d’augmentation des frais de scolarité plus élevé, de l’ordre de 6 à 8% sur la Grande École et le MBA, ainsi que davantage de régularité dans les augmentations permettrait d’atteindre un revenu additionnel de sept millions d’euros par an d’ici 2020 ».

L’autre piste explorée par certaines écoles est la mise à contribution des alumni de l’école, incités à donner pour assurer la pérennité de l’institution qui les a formés. Si cette piste est crédible, elle ne saurait concerner que peu d’écoles ; celles qui peuvent se targuer de détenir un réseau important de diplômés, par ailleurs très bien établis dans le monde professionnel. Peter Todd table également sur le fundraising pour permettre à HEC d’assurer un développement à la hauteur de ses ambitions internationales.

Pourrait-on voir donc voir l’un des fleurons académiques français passer sous pavillon étranger d’ici quelques années ? Si l’hypothèse demeure improbable et démentie par les principaux intéressés, elle n’est pas pour autant tout à fait saugrenue.

 

 

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Fondateur du groupe Up2School (Business-Cool, Major-Prépa et Forum-Commerce) et étudiant à NEOMA BS.

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