Racheté il y a quelques semaines par le fonds anglais Cinven, le groupe d’écoles INSEEC U prétend “devenir la première université privée européenne”. Fort de ses 25 000 étudiants, il entend disposer d’une taille critique dans les mois à venir à travers des opérations d’acquisitions dans différents domaines d’expertise, sans se limiter à ses domaines de prédilection actuels que sont les écoles de commerce, d’ingénieurs, de création ou encore d’études politiques.

 

Les écoles membres du groupe INSEEC U.

 

Nourrie par de nouvelles ambitions américaines, l’ex-INSEEC Business School a fermé son campus de Chicago pour se déployer à San Francisco, au sein du très sélect Financial District. Depuis 2016, ce campus INSEEC U accueille des étudiants issus de l’INSEEC School of Business and Economics (SBE), de l’ECE (école d’ingénieurs), de l’IFG et de l’American BBA (ex-Ecole de Commerce Européenne).

En 2018-2019, ce sont pas moins de 550 étudiants qui ont pu fouler les pieds de la capitale économique de la Californie. Ce campus est piloté par deux profils linguistes : Ron Morris, qui a dirigé l’enseignement des langues à l’Ecole de Commerce Européenne entre 2000 et 2012 puis le campus de Londres de l’INSEEC SBE et Marianne Vila, ancienne professeure d’espagnol à l’université qui a décidé de s’installer dans le premier écosystème entrepreneurial au monde.

 

La Silicon Valley, the place to be

Plus qu’aucune autre région au monde, la Silicon Valley et ses quelques 4 millions d’habitants, constitue le cœur de l’entrepreneuriat mondial. La liste des entreprises valorisées plus d’un milliard de dollars (les fameuses licornes) ne désemplit pas ; c’est dans cette région qu’ont été développés de très nombreux produits et services utilisés par tous aujourd’hui tels que Facebook, Google, Paypal, LinkedIn, Palantir, Uber, Airbnb, Twitter, etc.

Initialement nommée ainsi par le développement de l’industrie des semi-conducteurs, vorace en silicium, son matériau de base, la région a su se développer depuis près d’un demi-siècle autour des développements hardware puis software. Apple, Microsoft, Intel et IBM ont autrefois fait la gloire de la région.

Salesforce Revenue
Salesforce : un SaaS B2B en pleine expansion

Celle-ci est au cœur d’une concentration de richesses exceptionnelle due aux différents cycles de réussite des entreprises : les années 2000 ont vu l’émergence d’Amazon et Google par exemple ; et celles 2010 d’Uber et Airbnb. Par ailleurs, les introductions en bourse de l’année devraient permettre à plus de 6000 personnes, qui sont souvent les premiers employés des startups qui ont réussi, de devenir millionnaires. C’est ainsi que la zone est l’une des plus onéreuses dans le monde, et qu’elle ne sourit qu’à ceux qui réussissent… ou qui échouent rapidement pour consacrer leurs ressources à d’autres projets.

Silicon Valley is not just a location, it’s a mindset.” Les étudiants soulignent l’opportunité de pouvoir nouer des contacts avec des acteurs locaux, tout en laissant une forte place à la sérendipité. “Dans le métro en France, j’ai des écouteurs alors qu’ici, les gens viennent nous parler naturellement, on ne sait jamais à quoi s’attendre” affirme Fabien, étudiant de l’American BBA de l’INSEEC.

 

L’INSEEC U et ses ambitions américaines

C’est au sein de ce cadre particulier qu’INSEEC U a décidé de plonger ses étudiants au cours de programmes courts et immersifs d’une durée maximale de neuf semaines. “Nous ne voulons pas simplement délocaliser nos programmes enseignés en France ici, mais concevoir les choses différemment” explique Ron Morris, directeur du campus.

Ron Morris, directeur du campus INSEEC U San Francisco
Ron Morris, directeur du campus INSEEC U San Francisco

Parmi ces programmes spécifiques au campus de San Francisco figure le Startup Factory. D’une durée de neuf semaines, il est suivi par des étudiants en fin d’études en master à l’INSEEC SBE. Ce programme inclut des cours (Design Thinking, Lean Startup, Digital Marketing & Growth Hacking, Pitching, etc.), des visites d’entreprises et d’incubateurs tels que Plug&Play ainsi que des conférences. Il ambitionne de permettre aux étudiants de créer leur prototype de produit ou d’entreprise. Une véritable maïeutique.

Accélérateur Plug&Play
L’accélérateur Plug&Play

Les étudiants en bachelor à l’INSEEC SBE ou à l’American BBA pourront, eux, opter pour les formats Startup Mindset ou Innovation Expedition. Dans ces deux programmes, les composantes d’apprentissage et d’immersion sont plus prégnantes que celle de la pure création d’entreprise. Les étudiants de l’ECE, de CREA Genève, de l’IFG ou encore de l’EBS peuvent également s’offrir une immersion au sein de cet écosystème, à travers des programmes plus courts, d’une durée comprise entre une et cinq semaines.

 

A plus long-terme, il n’est pas envisagé qu’INSEEC U se dote d’une implantation à plusieurs dizaines millions d’euros au sein de locaux plus spacieux afin d’y construire des programmes à plein-temps. La concurrence est rude : entre les universités américaines prestigieuses de la région (Stanford et Berkeley en tête) et les nouvelles écoles qui ne prélèvent pas de frais de scolarité durant les études telles que la Holberton School ou bien la Lambda School, se faire une place au soleil relève de la gageure.

 

Un réseau d’alumni au service de l’école

INSEEC U peut se targuer d’être présente dans la région à travers son réseau de diplômés. D’après LinkedIn, 119 professionnels évoluant à San Francisco ainsi qu’au sein de la Silicon Valley ont indiqué avoir fréquenté une école INSEEC U.

 

Classement des écoles selon leur nombre d’alumni présents au sein de la Silicon Valley

Ecole Nombre d’alumni au sein de la Silicon Valley
HEC Paris 534
ESSEC BS 320
ESCP Europe 275
SKEMA BS 175
NEOMA BS 170
Grenoble EM 165
KEDGE BS 159
EDHEC BS 145
emlyon 121
INSEEC U 119
TBS 90
Audencia 83
BSB 33
Montpellier BS 32
Rennes SB 29

Parmi ces alumni figure notamment Pierre Gaubil, qui après ses multiples succès entrepreneuriaux, dont l’entreprise Cast cotée au NASDAQ lors de la bulle Internet, a cofondé The Refiners, un accélérateur de startups françaises désirant se développer dans la Silicon Valley.

A ses côtés figure le président du Fonds de dotation de l’INSEEC, Alain Labat, qui est également Managing Director d’Harvest Management Partners, une boutique de M&A présente dans la région. Ce fonds de dotation a notamment investi dans Blue Bear Ventures, un fonds de soutien aux jeunes entrepreneurs de l’université de Berkeley. C’est à l’occasion de cet investissement qu’INSEEC U a tissé un partenariat avec la prestigieuse université américaine. Il permettra aux étudiants de découvrir les startups du fonds de l’intérieur.

Alain Labat, président de la fondation INSEEC U
Alain Labat, président du Fonds de dotation INSEEC U

 

Et demain ?

Si INSEEC U entend mener des acquisitions en Europe au cours des mois à venir (Irlande, Espagne et Suisse notamment), le groupe vise également l’Afrique. Trois pays sont dans le viseur, à savoir le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Ethiopie. Elle rejoindrait alors un continent investi par YSchools (Cameroun), emlyon bs et Toulouse BS (Casablanca) notamment.