« L’audit mène à tout », « il faut débuter par l’audit », « t’apprendras à être rigoureux ». Vous avez probablement déjà entendu votre grand-oncle vanter une expérience en Big Four pour débuter une carrière. Si les grands cabinets continuent à attirer beaucoup de candidats pour les postes d’auditeurs juniors, il semblerait que les jeunes cadres issus des meilleures écoles de management commencent à bouder le commissariat aux comptes. En effet, selon les enquêtes d’insertion de la CGE, seulement 7,8% des diplômés d’écoles de commerce se sont dirigés vers l’audit fin 2017 contre 12% pour la promotion 2005. Quelles sont les raisons qui poussent les étudiants à fuir ce secteur ?

 

Une concurrence accrue des cabinets de conseil

Alors que le marché de l’audit arrive presque à maturité, le monde du conseil continue à connaître une croissance à deux chiffres dans l’Hexagone. Ainsi, les activités de commissariat aux comptes d’EY France ont crû de 4% cette année contre 11% pour la branche conseil en stratégie, opérations et digital. Avec une structure évolutive similaire, des salaires supérieurs et surtout une multitude de domaines d’activités, le conseil attire de plus en plus d’étudiants issus des écoles de commerce. En effet, ce secteur est vu par beaucoup comme l’opportunité de bénéficier des mêmes avantages que l’audit mais en participant à des missions plus « sexy ». Si l’audit se cantonne majoritairement à l’examen des comptes, le conseil offre une multitude de disciplines (stratégie, management, digital, opérations, marketing, etc.) où il n’est pas nécessaire d’être une « brute de compta » pour postuler.

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Un salaire pas si attractif

Si les cabinets d’audit continuent à proposer un salaire souvent supérieur à ce que propose le marché de l’emploi pour les jeunes diplômés, ils subissent une forte concurrence des cabinets de conseil à taille plus restreinte, souvent capables d’aligner un salaire supérieur et des perspectives d’augmentation parfois plus alléchantes puisqu’il est rare que les auditeurs juniors reçoivent un bonus. Selon l’enquête d’insertion de la CGE 2018, les auditeurs juniors peuvent ainsi espérer un salaire d’embauche brut en moyenne de 35 423 € par an contre 40 344 € pour les diplômés débutant dans le conseil (et plus pour les Big Three).

 

Un investissement personnel énorme

Les métiers de l’audit sont extrêmement chronophages et laissent peu de temps à la vie privée. Les consultants sont régulièrement amenés à effectuer des déplacements pour des missions de plusieurs semaines partout en France ou à l’étranger, et il est commun de travailler tard le soir. De plus, la période « finale » entre janvier et avril où la plupart des entreprises clôturent leurs comptes est redoutée des auditeurs qui la décrivent comme un vrai test d’endurance mental et physique.

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Des missions de juniors pas toujours très alléchantes

Certains juniors se plaignent de missions assez peu valorisantes au cours des premiers mois dans leur cabinet. En effet, au début de votre expérience, il est courant qu’on vous demande de travailler sur une petite partie des comptes, et que la majeure partie du travail consiste à vérifier des factures. D’autres anciens stagiaires affirment avoir multiplié les inventaires un peu partout en France sans réellement toucher à la technicité des comptes. Débuter par ces missions peu reluisantes décourage ainsi certains à continuer dans ce domaine.

 

Un dernier risque : la pérennité du métier d’auditeur

Certes, l’audit demeure attractif pour les raisons invoquées au début de cet article : débuter dans l’audit est perçu par nombre d’employeurs comme une solide première expérience, avec un salaire d’entrée qui reste acceptable, et surtout qui a tendance à augmenter plus rapidement que dans d’autres secteurs, les cabinets d’audit ayant toutes les peines du monde à retenir leurs meilleurs éléments dans la durée.

Néanmoins, l’audit fait également partie de ces typologies de métiers très techniques, qui pourraient voir un jour la machine suppléer l’homme. Réel risque ou invention pseudo-futuriste ? L’hypothèse n’est en tout cas pas à écarter. Virginie Chauvin, membre associée du comité de Mazars France, estime que les métiers de l’audit, loin de disparaître, seront plutôt amenés à évoluer en profondeur : « La manière dont l’auditeur de demain parviendra à ses conclusions va changer drastiquement : au-delà de la formulation d’une opinion, ses nouvelles missions iront plus loin que  la vérification de la conformité des comptes. Elles incluront un travail de plus en plus qualitatif, susceptible d’éclairer les clients jusqu’au cœur de leur métier, voire même de signaler des problèmes éventuels avant leur déclenchement grâce au prescriptive analytics par opposition à un reporting ex-post. »

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En somme, une fonction qui s’apparentera de plus en plus à… du conseil !

 

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