« Honorables délégués… » ça y est… le président de l’association SIMONU à la voix rauque, boule à zéro, petite barbe de 3 jours et costume bien taillé, lance la 10 ème edition de SIMONU PREPA un vendredi 27 novembre 2016, à KEDGE Business School campus Marseille, « l’école du Sud » juchée sur un promontoire dans la garrigue aux portes des calanques, au bord de la méditerranée.


Le campus marseillais au cœur des calanques 

Je suis dans la peau d’un diplomate pour 48 heures: je dois trouver dans ce laps de temps avec ma délégation pakistanaise ( 1 kedgeuse et 3 « prépas ») une réponse adaptée et coordonnée à la question « Comment améliorer l’accès aux soins des pays pour les populations les plus démunies ? ». Je sais qu’avec les 49 autres délégations présentes on ne parviendra pas à trouver ensemble une résolution qui conviendra à tout le monde étant donné la complexité du problème irrésolu encore à New York, la diversité des intérêts des pays et du peu de temps qu’on a pour trouver un point de convergence. On tentera de relever ce magnifique défi et c’est l’occasion de développer d’autres qualités…

 

SIMONU, une association pionnière qui fête déjà sa première décennie d’existence

 En effet, l’association de SimONU Prépa de KEDGE Business School participe à des simulations des Assemblées Générales de l’Organisation des Nations-Unies, à Prague, à Londres, à Washington et à New York… mais organisait surtout sur son campus fin novembre 2016 sa dixième édition de simulation d’une assemblée générale des Nations Unies, à destination des préparationnaires de classe Economique et Commerciale à Marseille. C’est une association unique en son genre organisant des simulations tous les ans dans l’esprit et le cadre du protocole onusien. En effet, il s’agit de résoudre les confits et les problèmes sécuritaires, environnementaux, économiques, humains et sanitaires à l’échelle mondiale tout en promouvant les valeurs de paix, de justice et d’égalité. On est bien sûr invités à utiliser les codes de bonne parole institués à New York,ce que nomme l’un des membres de l’équipe SimONU « comme [de la] lèche onnusienne » avec le vouvoiement, les anaphores type  « Monsieur le président… », « Honorables délégués », ponctuant obligatoirement nos discours.  Ici, le but de cette simulation est de défendre les intérêts du pays représenté avec du consensus, afin de faire adopter au vote à la majorité un projet de résolution, le tout dans la configuration onusienne.

Tous les ans la problématique de la session se renouvelle. Le jeu de simulation des Nations Unies incite à une coopération en équipe et une prise de position conformément aux intérêts propres des pays respectifs, au respect de la diversité des cultures et des enjeux géopolitiques et des alliances existantes. Notre délégation, le Pakistan, dans le cadre de SIMONU Prépa ne pouvait  évidemment pas trouver des points de convergence avec l’Inde étant donné l’absence de liens diplomatiques réels entre ces deux pays. Ce jeu est aussi avant tout un moyen de s’exprimer en public et d’utiliser l’art de la rhétorique…

 

La problématique du SimONU prépa 2016

Comment améliorer l’accès aux soins des pays pour les populations les plus démunies , dans le cadre de fortes inégalités pour cet accès à la santé depuis les années 1990 ? Certes depuis cette période l’état sanitaire mondial a connu des avancées dans un contexte de mondialisation où celle-ci multiplie les risques de propagation des maladies : découverte des antirétroviraux pour la lutte contre le sida, réponse mondiale adaptée face à la grippe aviaire ;  ainsi qu’Ebola avec le laboratoire américain Merck qui vient d’acquérir les droits de commercialisation sur le vaccin contre cette maladie mortelle. Parmi les 5837 individus qui ont reçu ce vaccin, aucun cas d’Ebola n’a été recensé dix jours ou plus après la vaccination Entre 2013 et 2015, l’épidémie avait fait, selon un dernier bilan officiel certainement très sous-estimé, 11 315 morts pour 28 627 cas recensés.

La réponse mondiale est ainsi bien faite si on se fie aux dernières expériences mais dépend en grande partie de l’appui des ONG comme Médecin sans frontières (délégation présente lors de cet événement SimONU mais non votante) et des systèmes de santé nationaux occidentaux. Les systèmes de santé des pays du Sud à eux-seuls sont inefficients voire inexistants et donc incapables de lutter contre les risques endémiques.

Certes d’autres problématiques sous-jacentes découlaient, comme la lutte contre la contrebande et la contrefaçon, l’accès aux soins pour les réfugiés…

 

La délégation pakistanaise que j’incarnais pendant le week-end

L’esprit onusien

VENDREDI 25 Novembre 2016

Il est 13H20, nous arrivons juste à temps au Campus de KEDGE Marseille avec mon collègue de ma prépa le fameux Lucas Férir faisant partie de la même délégation que moi; nous sommes très bien reçus par les Kedgers qui nous remettent nos badges et notre starter pack (un bonbon et 95% de publicité).

A 14H00 nous rentrons dans l’amphithéâtre où aura lieu les session formelles de la simulation. Des figures de l’école comme Chloé PIGEON (directrice du Marketing chez KEDGE BUSINESS SCHOOL) viennent nous souhaiter la bienvenue dans « leur humble demeure ». Nous écoutons par intervalles irréguliers et peaufinons pendant ce temps notre discours de positionnement.

A 14H20, c’est la réunion préparatoire à la simulation, le secrétaire général nous rappelle d’un air condescendant le protocole onusien : Les sessions formelles sont les sessions pendant lesquelles les délégués font leurs discours, exposent le positionnement de leur pays et font état de l’avancée des négociations. Il est interdit de parler durant ces sessions sauf lorsqu’on vient discourir à la tribune, discours limité à une minute trente par délégation pour le discours de positionnement et une minute pour les autres discours dits « classiques ». Mais les messages écrits sont autorisés. Or durant les sessions informelles (sessions de négociations) ,en dehors de l’amphi,  le vouvoiement est obligatoire et la « lèche onusienne » est de règle.

Et ainsi lors de la première session formelle, le bureau, constitué du secrétaire de séance, du président et du secrétaire général, fait l’appel des délégations. Tous les pays présents répondent « présent et votant » en levant leur panneaux pays.

S’ensuit le discours de positionnement puis l’après midi est ponctué de sessions formelles et informelles jusqu’à 18h00 avec, pêle-mêle, un délégué ougandais agité envoyant des messages écrits douteux à quelques filles de la délégation ukrainienne lors des sessions formelles, le délégué vénézuélien très détendu, chemise légèrement entrouverte s’adressant lors du discours de positionnement à des honorables délégués dans l’amphi fatigué venant de se taper 1h10 déjà de discours de positionnement.

Un honorable délégué désirant transmettre un message écrit

Suite à cela, nous rentrons loger chez l’incroyable et fantastique coloc’ de kedgers « l’Animalerie » Pas le temps pour des paroles creuses, une fois installé, mon pote et moi de la team Pakistan procédons à un travail de fond pour le lendemain et essayons de bâtir des alliances pour l’avant-projet de résolution, nous essayons de nous rapprocher de nos homologues italiens (futurs vainqueurs de l’édition) par l’intermédiaire d’un appel téléphonique à 23h34 mais en vain. Le Pakistan est décidément isolé dans cette partie… « Fin de partie » dirait Beckett…

 

SAMEDI 26 NOVEMBRE 2016

 8h00 départ en bus vers l’école, 8h30 petit déjeuner au campus et 9h00 reprise des négociations et débats. Les lignes directrices et avants projets de résolution commencent à se dessiner.

Clôture de séance à midi pétant.

A 12h00 déjeuner au self du campus et de 13h30 à 16h30 reprise des débats, nous avons toujours pas, nous le Pakistan, trouvé notre camp, mais naturellement nous nous approchons d’un avant projet de résolution coécrit avec le Canada et l’Arabie Saoudite. Il est difficile de cerner les alliances, et les négociations s’apparentent désormais plus à un marchandage de tapis à l’échelle internationale plutôt qu’à une diplomatie onusienne. Les groupes de pays commencent à se diviser autour des deux Grands de la planète durant la guerre froide, la Russie et les Etats-Unis. Notre avant de projet de résolution se nommera KEDGE 21 à l’initiative de notre délégation. A 16h00 notre groupe d’avant projet composé de plus de 20 pays appuyé par le Canada et l’Arabie Saoudite rend l’avant projet de résolution KEDGE 21 au bureau qui le validera.

A 17h15 on décompte trois avant projets de résolution, s’ensuit des discours pour/ou contre les projets de résolution et le vote de l’Assemblée Générale. Le projet de résolution KEDGE 21 dont nous sommes co-auteurs est approuvé unanimement et les 2 autres projets rejetés. Soulagement…


Ça s’agite dans l’amphi

 

Joie après l’approbation du projet de résolution KEDGE 21…

Et entre 18h30 et 19h00 remise des diplômes et remise des prix, l’Italie remporte l’édition 2016, l’Arabie Saoudite est deuxième et le Canada occupe la troisième place.

Et à 20h00, c’est parti pour le Gala des 10 ans de SIMONU aux Halles de la Major (à proximité du Vieux Port) privatisées pour l’occasion. Nous profitons et nous pouvons souffler, nous goûtons du bœuf de Kobé… Les observateurs et l’ensemble du bureau pourtant si stricts durant ces deux jours sont relâchés, cravates sur la tête, titubent de bonheur sur la piste. Un très bon moment qui clôt définitivement l’édition …

 

DIMANCHE 27 Novembre 2016

A 9H30 jusqu’à 11h, visite de la ville de Marseille pour ceux qui veulent, agréable moment que nous avons passé. La Cannebière, le Stade de l’Olymique de Marseille et surtout la magnifique Eglise Notre Dame de la Garde…

Je garde un très bon souvenir de ce week-end riche en nouvelles rencontres:  Lucie Couegnas de ma délégation Pakistan (préparationnaire à Montpellier) estime que « c’était une vraie mise en situation qui nous a appris à réfléchir et agir comme de réels délégués onusiens, avec des règles précises à respecter et une culture géopolitique à maîtriser. » Cependant elle « regrette les difficultés que nous avons eues quant à l’organisation des sessions informelles et au partage du temps de parole, ceci étant en partie dû au très grand nombre de délégations. » Leila Sejari (Kedgeuse), quant à elle met en évidence « L’exercice de la simulation et de la prise de parole en public, qui n’est pas évidente au premier abord,[et qui] semble avoir été bénéfique pour la plupart. En effet, il fallait parfois s’exprimer face à un auditoire d’environ 200 personnes! » KEDGE et en particulier l’association SIMONU ont été définitivement à la hauteur de l’événement.

Cette association s’inscrit notamment de plus en plus dans la politique de l’école. Depuis la rentrée 2016 elle est intégrée au parcours orienté « international Business et geostrategy » du programme grande école de Kedge Business School sur le campus de Marseille.

 

Délégation du Pakistan (de gauche à droite ; Lucas Férir, Lucie Couegnas, Leila Sejari (KEDGE BS), et moi)

 

Crédit photo : SimONU et Kedge BS (compte instagram)