Cela fait maintenant près de deux ans qu’en qualité de rédacteur en chef de Business Cool, je donne la parole aux associations d’école de commerce qui portent des projets d’envergure ou bien atypique. Cette démarche s’inscrit dans un objectif clair : mettre en lumière la richesse et la diversité des projets associatifs estudiantins et démontrer par la même occasion combien ces derniers sont formateurs pour les étudiants qui les incarnent.

Une fois n’est pas coutume, je vais donc parler de… mon projet ! N’y voyez néanmoins, chers lecteurs, aucun narcissisme malvenu.

Il y a donc un mois tout juste, j’ai présidé la “Chair” de la Nuit de l’ONU. L’événement est la conclusion d’un électif co-construit par l’association de géopolitique et de diplomatie que je préside – UN’iversal – et NEOMA BS, mon école. Pour sa quatrième édition, l’objectif affiché par l’association était de permettre à l’événement de gagner en qualité. Pour NEOMA, l’enjeu était d’engager les étudiants dans un projet motivant ; on le sait trop bien, les écoles de management en général ont toutes les peines du monde à impliquer les étudiants dans des cours mal considérés par ces derniers.

Quel premier bilan tirer de ce nouveau cours à mi-chemin entre académique et associatif, entre discipline d’école de management (l’étude la négociation appliquée dans des conditions “extrêmes”) et de classe prépa (la géopolitique et les relations internationales) ? Je laisse la parole à trois étudiants qui se sont portés volontaires pour témoigner : Benoit, Charles, et Grégory !

 

Présentez en quelques mots votre parcours

Benoit Guedon, étudiant à Neoma en M1 parcours CFA, je suis également responsable rédaction de l’association Diploma’see de Neoma Rouen. J’ai fait trois années de classes préparatoires ECS à Saint Vincent à Rennes.

Charles Perrut, étudiant en M1 parcours classique à NEOMA BS et délégué de promotion, je suis suis actif dans différentes associations aussi bien dans le domaine  du débat et des conférences avec Néorateur ou Débat&vous que dans le domaine de la finance avec Invest, l’association d’investissement du campus de Reims. J’ai fait deux années de classe préparatoire ECT à Claude Bernard de Villefranche sur Saône.

Grégory Guitard, étudiant en dernière année parcours PGE à NEOMA BS et actuellement en international @home. J’ai suivi un parcours professionnel (BEP Vente / BAC Pro commerce), et technologique (BTS Management) pour enfin intégrer une prépa ATS au lycée Ozenne de Toulouse en parallèle d’une licence 3 AES spécialisée dans le droit des institutions publiques françaises et internationales.

 

Qu’est ce qui vous a motivé à vous inscrire à cet électif ?

B.G. Je suis passionné par la géopolitique depuis très longtemps. Cela a motivé mon choix de faire une prépa puis d’intégrer une association de géopolitique une fois arrivé en école. C’est pourquoi cet électif m’a évidemment beaucoup intéressé.

 

C.P. Depuis très jeune je baigne dans la sphère politique étant d’une famille d’élus connus et reconnus tant sur le plan locale qu’à l’échelle nationale. J’ai toujours éprouvé un grand respect pour les institutions supranationales et internationales ce qui m’a naturellement invité à participer à cet électif. Ce fut une mise en situation riche et intéressante pour nous tous !

 

G.G. Lors de ma licence 3, j’ai eu l’occasion de suivre des cours de droit des institutions européennes et du droit international public, ces deux matières m’ayant passionné, je n’ai pas hésité une seule seconde à m’inscrire à cet électif pour découvrir l’ONU sous un angle original !

 

Quelles étaient les différentes étapes de ce cours ?

On pouvait distinguer quatre grandes étapes :

 

  • Des cours de négociations avec des simulations nous permettant d’appliquer les techniques découvertes tout au long de l’électif.
  • Un amphi de géopolitique pour nous mettre dans le bain et nous rappeler les différents enjeux et problématiques concernant l’ONU.
  • La simulation en elle-même, dont le sujet retenu était “Faut-il réformer le conseil de sécurité de l’ONU ?”
  • Et enfin, la réalisation d’un journal de bord, reprenant toutes les vidéos que nous avions pris lors de la nuit et leur analyse. L’objectif de cet exercice étant de faire le lien entre le cours et les négociations réalisée.

 

Comment vous êtes-vous préparés à la simulation ?

B.G. Je devais représenter avec deux 4ème année de NEOMA la délégation des Etats Unis. J’ai fait mes recherches sur l’attitude des Américains au sein de L’ONU depuis sa création tout en m’intéressant à la prise de position de l’actuelle administration afin de coller au maximum à la réalité. De plus j’ai lu des discours connus prononcés à la tribune du temple des nations afin de préparer notre discours inaugural de sorte à ce qu’il imprime notre position auprès de l’assemblée dès le début des négociations.

 

C.P. Héloïse et moi-même représentions la France. Nous avons mené de nombreuses recherches sur la position française quant à la réforme du conseil de sécurité et l’usage du droit de véto. Nous avons fait des recherches sur le site de l’ONU qui a mis en ligne une base de données avec de nombreuses archives accessibles à tous. Comme pour les autres pays, le discours introductif devait donner en un temps restreint la ligne de conduite adoptée par la France qui se veut être un Etat pacificateur et leader dans les négociations internationales.

 

G.G. Avec mes camarades Yacine et Jean-Luc, nous représentions la République arabe d’Egypte, pays actuellement membre élu au conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons préparé la simulation en regardant les vidéos et comptes rendus de séances sur le site de l’ONU, mais également en nous aidant du site France Diplomatie et des lectures sur les révolutions égyptiennes trouvées à la Library de Neoma afin de nous imprégner de l’histoire du pays, ses alliances et rivalités sur le plan international.

 

Comment se passe concrètement la Nuit de l’ONU

B.G. Les participants sont répartis à l’avance au sein de délégations de deux ou trois personnes. Chaque délégation est censée se préparer à l’avance en effectuant des recherches afin de connaitre les positions internationales du pays qu’elle doit représenter. La soirée débute par le discours inaugural de chacune des délégations sous la direction d’un secrétaire de l’ONU qui joue en quelque sorte le rôle de médiateur.

Une fois les discours inauguraux prononcés, les négociations en elles mêmes peuvent commencer car nous sommes assez rapidement fixés sur les attentes, les objectifs et les positions des pays.

Cela se tient sous un format assez particulier, nous sommes toujours en assemblées générales. Nous pouvons prendre la parole pour deux choses.

Soit pour défendre sa vision, exprimer un avis, qui peut passer par une critique (courtoise néanmoins) sur la mauvaise foi d’une délégation (dont les Etats-Unis ont été victimes ! ) ou même exprimer des remerciements pour la confiance accordée par un alli, voire pour annoncer l’avancée d’un début d’accord ou de proposition. (l’Ethiopie envers le Nigéria pour la représentation au conseil permanent comme représentant de l’Afrique).

Soit c’est pour demander une session de négociation informelle afin de parler entre les délégation de manière plus directe et bilatérales que pendant les assemblées générales où nous ne pouvons échanger avec une délégation en particulier que via des messages sur papier transmis par des membres de l’ONU.

C’est au cours de ces négociations informelles que les alliances se nouent et que des accords émergent.

Vers la fin de la nuit lors d’une assemblée générale, c’est à ce moment qu’une proposition est soumise au vote pour l’adopter ou non toujours sous condition qu’aucun droit de véto ne soit utilisé par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité. La proposition est adoptée s’il n’est fait l’usage d’aucun droit de véto et si celle-ci recueille la majorité absolue des voix. Sinon on repart en négociations jusqu’à ce que le temps soit imparti ou que l’on finisse par trouver un accord. Dans notre simulation un accord a été trouvé.

Enfin trois prix sont décernées : le prix de l’excellence, remis à la délégation qui a su le mieux faire valoir ses intérêts, en sessions formelles mais aussi informelles (et les Etats-Unis l’ont emporté !). Sont remis également par les membres de l’association les prix de l’éloquence et de l’initiative, qui récompensent respectivement l’orateur le plus remarquable de la nuit et et la délégation qui a tenté de peser autant que possible dans les débats sans forcément y parvenir.

 

Comment avez-vous vécu la simulation ? Était-ce difficile de tenir le
coup jusqu’à 7h00 du matin ?

La PLS n’était jamais loin sous les coups de 5h00 du matin !

 

C.P. Nous tenons tout d’abord à remercier l’ensemble des organisateurs, l’association UN’iversal  et l’équipe pédagogique pour  la réalisation de cet événement et  leur accompagnement. Pour être honnête nous avions eu une journée chargée et malgré de nombreux cafés, la délégation française a perdu en efficacité de négociation à partir de 4h du matin.  Mener des échanges, créer des coalitions tout en restant fidèles aux engagements demande une certaine capacité d’analyse, une concentration de tous les instants et une mise en pratique des apports théoriques.  Dans une simulation il y a toujours la possibilité de dire “je ne joue plus” mais dans la vie réelle, le droit à l’erreur n’existe pas. C’est aussi pour cela qu’être  ambassadeur auprès de l’ONU constitue une fonction exigeante qui mérite notre reconnaissance et notre respect.

 

B.G. J’avais assez peur de finir en zombie au bout de la nuit. Cependant très rapidement je me suis rendu compte que même si je n’étais pas très reposé avant, le fait de jouer une délégation avec un rôle important allait m’aider à rester éveillé tout du long. Les Etats Unis étant au cœur de tout accord à l’ONU avec les quatre autres nations ayant un droit de veto, nous n’avons pas eu le temps de penser à la fatigue. Cependant je dois bien reconnaître qu’à la fin après le vote final avec la pression qui s’est relâchée, j’ai directement accusé le coup et j’ai dormi tout au long du trajet pour retourner à Rouen.

 

G.G. La simulation est très immersive ! Dès la séance d’introduction, il n’y avait plus d’étudiants, nous étions tous devenus des membres de délégations. Tout le monde a joué le jeu et s’est donné pour mission de représenter les intérêts de son pays. Nous devions respecter un protocole bien précis en alternant sessions formelles et informelles. J’ai senti vers 4h00 une sorte de flottement, moment où tout le monde était pris de fatigue, mais après quelques cafés et une collation les négociations ont repris de plus belle, cela nous a permis en définitive de déboucher sur une réforme du conseil de sécurité de l’ONU.

 

Enfin, que retenez-vous de cette expérience ?

C.P. Cette expérience fut très enrichissante et nous a permis d’appréhender l’intensité des débats au sein d’une organisation telle que l’ONU tout en mettant en en pratique des tactiques de négociation. C’est la première fois que NOEMA propose cet événement sous forme d’électif et l’obtention de crédits ECTS dans la notation des participants et un vecteur de motivation et d’application. Il est fort probable que cette simulation ait réveillé chez certains un réel intérêt pour la diplomatie, les relations internationales et la chose publique.

 

B.G. J’avais depuis très longtemps envie de participer à une simulation de l’ONU. C’est à peu près comme je me l’imaginais donc je suis très content d’y avoir pris part. Je retiens que les négociations multipartites sont très complexes car elles requièrent une capacité à toujours avoir en tête une vue d’ensemble avec un objectif final tout en parlant des détails avec chacun. C’est vraiment très intéressant et cela nécessite du self-control,de la ruse et de l’endurance. Encore un grand merci pour l’organisation de ce MUN. Je pense que l’immense majorité des gens qui y ont participé y ont pris énormément de plaisir !

 

G.G. Cette expérience est clairement quelque chose à vivre. En dehors de la simulation finale obligatoire en fin de spécialisation à NEOMA, je n’avais jamais eu au cours de ma scolarité l’occasion de vivre une simulation d’une telle envergure. Nous avons pu voir lors de cette nuit l’importance des relations diplomatiques, le déséquilibre de pouvoir entre les différents pays membres du conseil de sécurité de l’ONU (droit de veto) et également l’intérêt qui existe de développer des coalitions comme celles que nous avons créées avec les pays d’Afrique ce soir là pour avoir du poids dans les négociations. Je trouve aussi important de souligner que cette soirée s’est déroulée parfaitement grâce à une organisation et une logistique qui ont fonctionné à merveille.