Mais à quoi cela pouvait-il bien ressembler de créer une association étudiante à la fin des années 1960 ?

Nous avons rencontré pour vous Francis Prat, promotion EDHEC 1970, qui a cofondé la Course Croisière EDHEC – dont le nom initial était « EDHEC Business School Cup » – avec Jean-Luc Picot et Pierre Jouannet, ses deux colocataires de l’époque. Il nous raconte les étapes de la création de la CCE et nous donne son avis sur son évolution, ainsi que ses conseils pour nous, étudiants en école de commerce, sur les erreurs à ne pas commettre au cours de sa carrière.

 

Bonjour M. Prat, pour commencer, pouvez-vous nous raconter comment vous est venue l’idée de créer la Course Croisière EDHEC ?

L’idée est venue du fait que Jean-Luc Picot et moi faisions de la voile. Pierre Jouannet n’en faisait pas mais on était dans le même appartement, tous les trois. Moi, je faisais du ski en plus et j’avais gagné le championnat de France des écoles de commerce. HEC organisait le championnat des écoles de commerce européennes alors on s’est dit « pourquoi on ne ferait pas une compétition de voile entre écoles de commerce ? ». C’est pour cela que ça s’est appelé « EDHEC Business School Cup » au départ et non pas « Course Croisière EDHEC » ; au début, seules les écoles de commerce étaient conviées. Mais on voulait ratisser large et aller chercher des écoles de commerce en Angleterre, aux Pays-Bas, en Espagne… et des écoles de ces pays sont venues dès la première année pour participer à la course.

 

Justement, j’ai lu quelque part que vous étiez allés chercher des participants jusqu’en Turquie. Pourquoi avez-vous eu, dès le début, cette envie d’en faire une compétition internationale ?

Parce qu’on avait un excellent professeur de commerce international, qui s’appelait M. Le Pan de Ligny, qui menait ses cours de manière étonnante, et ça a donné à toute ma promotion le goût de faire du business à l’international. Mais effectivement, ce n’était pas très logique d’aller chercher si loin. D’ailleurs, ce qu’il s’est passé, c’est que trois, quatre ou cinq ans après, au lieu de n’avoir que des écoles de commerce, ceux qui ont repris le flambeau ont décidé de faire appel à toutes les écoles. Mais ils ont perdu un peu cette recherche de l’international puisque, évidemment, c’était beaucoup plus facile de trouver des écoles françaises.

 

J’imagine que pour la première édition, vous avez dû fournir un travail phénoménal avec vos camarades pour aller chercher des participants en France et en Europe à une époque où il n’y avait ni Internet ni téléphones portables. Comment vous êtes-vous débrouillés ?

On y est allés en voiture et en transports, moi je suis allé à la London Business School par exemple. On a mouillé notre chemise. On a dû tout payer nous-mêmes mais on a été remboursés par les frais de participation à la course, on demandait à chaque groupe d’étudiants qui concourait de payer une somme d’argent qui couvrait la nourriture et quelques fois la location du bateau. Certains bateaux étaient prêtés gratuitement et on autorisait un ou deux représentants du propriétaire à bord car ce n’était pas très rassurant de le prêter à des étudiants. Mais à l’époque, les courses étaient beaucoup plus dangereuses qu’aujourd’hui : on partait de Dunkerque, on allait virer une bouée à Calais et on revenait à Dunkerque. À l’heure actuelle, vous n’avez plus le droit de faire ça. Les autorités vous interdisent de traverser le rail, ce sont des cargos qui se suivent pour passer de la Manche à la mer du Nord.

 

Je me suis laissé dire que l’administration de l’EDHEC avait émis quelques réserves quand vous leur avez exposé le projet…

Non, ça, c’est faux. Le directeur de l’école a été fantastique, il nous a énormément aidés, on pouvait même louper les cours. Il a été très positif, il était très favorable au fait de valoriser l’image de l’EDHEC avec des événements étudiants comme le ski. Je me souviens qu’on avait même eu droit à huit jours de vacances pour s’entraîner pour la course de ski, donc il était très très moderne et il a gardé un souvenir ému de toute notre équipée et de la création de la CCE.

 

Jean-Luc Picot a déclaré dans une interview pour Le Monde que l’administration avait été réticente jusqu’à ce que vous leur disiez que ça ne coûterait rien à l’école, ce n’était donc qu’un trait d’humour ?

En fait, le problème, c’est qu’ils ne voulaient pas que ça coûte un centime. Surtout qu’à l’époque, ce n’était pas une grande école comme maintenant, les promotions c’était moins de 100 élèves donc ça n’avait rien à voir avec l’EDHEC qu’on connaît aujourd’hui.

 

Et qu’ont dit les étudiants de l’EDHEC quand ils ont entendu parler du projet ?

Tous ceux qui sont venus la première fois étaient emballés ! On avait prévu au départ que les participants auraient autre chose à faire que la course, c’est-à-dire que quand ils reviendraient le soir, il y aurait des activités. Donc on s’était débrouillés pour avoir le film de Bernard Moitessier autour du monde [La Longue Route]. Les étudiants qui faisaient la course ne s’embêtaient jamais ! Il y avait des cocktails, des fêtes et toute une organisation qui était beaucoup plus facile à mettre en place à l’époque que maintenant puisqu’il n’y avait qu’une vingtaine de bateaux, de mémoire. Il y avait 50 élèves de l’EDHEC qui organisaient l’intendance et 200 ou 300 étudiants qui participaient, alors que maintenant, il y en a 3000.

 

Est-ce que vous pensez que c’est ce mix entre le sport et le divertissement qui permet à cette compétition de perdurer depuis plus d’un demi-siècle maintenant et qui a fait sa renommée ?

Absolument, c’est ça. Moi, je faisais déjà à l’époque des courses en Angleterre, j’allais aux courses du Royal Ocean Racing Club, à Cowes. Une fois que les courses étaient terminées, je voyais les marins déambuler dans les rues, allant de pub en pub, ce n’était pas d’une grande gaieté. Donc, je me suis dit qu’il ne fallait surtout pas qu’on fasse ça. C’est pour ça qu’on a nous-mêmes organisé les fêtes avec les étudiants.

 

L’an passé, pour la 50e édition, il y a eu un bateau dont l’équipage était composé des présidents de la CCE de chaque décennie. Cela a-t-il été pour vous l’occasion de vous y intéresser de nouveau ou est-ce que vous avez toujours suivi ça de près, édition après édition ?

Non, je n’ai pas suivi ça de près. Je venais régulièrement aux réunions qui avaient lieu à Paris mais je n’ai pas suivi ça de très près. Mais pour la 50e, ça valait le coup d’y aller, j’ai dû y aller également avec Pierre Jouannet et Jean-Luc Picot pour la 20e ou la 25e édition à La Rochelle, c’est tout. Donc je n’ai fait que deux passages sur la course elle-même. Mais au Salon Nautique [le salon annuel organisé à Paris], il y a toujours un stand Course Croisière EDHEC donc je passe les voir. Moi, je suis vraiment un passionné de voile, ce qui n’a pas toujours été le cas des présidents qui ont suivi. Il y en a qui font ça parce que c’est sympa d’avoir une activité en tant qu’étudiant et que c’est formateur.

 

Aujourd’hui, toutes les grandes écoles de commerce comptent au moins vingt ou vingt-cinq associations étudiantes, dont certaines avec de très gros budgets. Mais à quoi ressemblait la vie associative en école de commerce à la fin des années 1960 ?

Pour la Course Croisière EDHEC, on devait être une dizaine à nous occuper de la course toute l’année – plutôt cinq ou six que dix d’ailleurs – et dans la semaine qui précédait la course, on était 50. Mais tout au long de l’année, on était entre six et dix, c’est tout. À côté de ça, je faisais partie du ski club EDHEC donc je faisais des courses de ski et il y en avait d’autres qui faisaient de la musique, du théâtre et d’autres sports sûrement.

 

Avez-vous le sentiment qu’avoir créé cette compétition vous a aidé d’une quelconque manière dans votre parcours professionnel, en termes d’expérience, de contacts, de réseau ?

Oui, je pense que ça a dû me servir mais je ne m’en rends pas bien compte. Ce que je sais, c’est que je trouve ça beaucoup plus difficile de faire quelque chose dans la vie active, en tant que chef d’entreprise, que d’organiser la Course Croisière EDHEC. Le gros intérêt dans la vie associative étudiante, c’est que vous avez affaire à des gens qui sont choisis parmi les meilleurs. Le contrôle que vous devez faire dans la vraie vie est beaucoup plus difficile qu’avec des étudiants. En fait, ce n’était pas forcément le bon exemple car c’était un peu trop facile : quand vous êtes avec des étudiants qui sont motivés pour faire quelque chose – et qu’ils ne font pas ça uniquement pour l’argent –, c’est beaucoup plus simple. Les étudiants sont toujours proactifs alors que ce n’est pas le cas avec les employés, eux sont là pour faire leur job et ils ne vont pas chercher plus loin. Enfin, pas tous, heureusement, mais il y en a un certain nombre comme ça.

Je pense que c’est un peu la même chose avec les start-up et les grands groupes, ce n’est pas du tout la même mentalité. Dans une start-up, tout le monde est là pour faire avancer le schmilblick alors que dans les grands groupes, les gens sont plutôt là pour mettre des peaux de banane sur le voisin qui risque de leur piquer leur place.

 

On entend beaucoup les étudiants d’écoles de commerce se plaindre de leurs cours et dire que l’école ne sert qu’à se faire un réseau. Est-ce que vous aviez déjà ce sentiment quand vous étiez étudiant ?

Moi, j’avais l’impression que c’était utile. De toute façon, j’ai toujours été un assez mauvais élève, je suis sorti dernier de la promo alors bon, je ne suis pas un modèle…

 

Que pouvez-vous dire aux étudiants actuels pour les rassurer sur la formation école de commerce et l’expérience associative ?

L’expérience associative, c’est très intéressant pour monter sa propre boîte par la suite. Pour ce qui est des cours, ils sont tout de même très très utiles : quand vous avez des cours de finance, de droit ou de comptabilité, ce n’est pas bidon du tout. Moi, je me suis énormément servi de mes cours de comptabilité puisque je faisais des logiciels d’achat, de gestion de parcs et de calculs d’amortissement des immobilisations, et à chaque fois, je me servais de mes compétences en comptabilité pour faire des interfaces.

 

Pour conclure, est-ce que vous auriez un conseil à donner aux étudiants en école de commerce qui vont commencer leur carrière dans un, deux ou trois ans sur les choses à savoir et les erreurs à ne pas commettre quand on débute dans la vie active ?

Quand vous sortez d’une école de commerce, vous avez le choix entre rentrer dans une grosse société ou monter votre boîte. Moi, je pense qu’il vaut mieux rentrer dans une grosse entreprise pour savoir comment ça se passe pendant un certain nombre d’années : là, vous pouvez faire vos bêtises chez les autres et voir comment ils résolvent les problèmes. Et ensuite, vous pouvez monter votre boîte. Mais la monter directement en sortant d’une école de commerce, c’est quand même assez difficile parce qu’on risque de faire plein de bêtises.

Pour ma part, après l’EDHEC, j’ai fait mon service militaire mais je me suis cassé la jambe donc je n’ai pas pu continuer. J’ai donc travaillé avec mon père qui avait monté une petite start-up de mobilier contemporain, puis j’ai poursuivi et j’ai essayé de faire fonctionner cette boîte mais je n’y suis pas arrivé. Je l’ai vendue au bout de sept ans en n’ayant rien gagné et en ayant même perdu de l’argent. J’ai donc réellement commencé ma carrière par la suite en entrant dans l’informatique. Je suis allé chez des constructeurs d’ordinateurs anglais et américains et ensuite j’ai créé mon entreprise, B.A. Logiciels, qui vendait du matériel IBM d’occasion. Ensuite, le marché, qui était très porteur, s’est retourné complètement, toutes les boîtes du secteur ont fait faillite parce que IBM s’est mis à vendre ses propres produits d’occasion. J’ai créé l’entreprise en 1986, et en 1988, on a été obligés de changer notre fusil d’épaule en se tournant vers des logiciels d’inventaire des immobilisations par code-barres.

 

Vous voulez en savoir plus sur la Course Croisière EDHEC ? Business Cool vous dit tout sur la 50e et la 51e édition.

 

 

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