A l’heure où l’intelligence artificielle est au cœur de toutes les discussions et fantasmes, les écoles de commerce ont leur épingle à tirer du jeu dans cette course à la maîtrise de l’IA pour former des managers prêts à saisir les opportunités et enjeux futurs qu’offre cette nouvelle technologie.

 

C’est dans cette optique que SKEMA Business School a organisé du 10 au 13 septembre 2018 le Hackathon « AI For Life » en partenariat avec les écoles d’ingénieurs Centrale Lille, ESIEA et MIAGE.
Le jury était composé de professionnels de l’IA, avec des membres d’IBM, Microsoft et l’intervention de Luc Julia, vice-président du centre de recherche en IA de Samsung et créateur de Siri. Les points de notation pour remporter le Hackathon ? L’importance du besoin, la pertinence de la solution, l’impact sociétal, la qualité du pitch et de la vidéo de présentation.

Retour sur la stratégie numérique de SKEMA et sur les meilleurs projets du Hackathon avec Mélanie Ciussi, professeure en gestion des connaissances et responsable du programme Innovation Durable à SKEMA Business School.

 

Bonjour Mélanie. Tout d’abord, pourquoi avoir organisé un Hackathon sur l’IA ?

Parce-que l’intelligence artificielle est en train et va façonner le monde de demain, le monde dans lequel les étudiants vont travailler dans 5, 10, 20 ans. Et on ne peut pas, en tant qu’école de commerce se dire « laissons l’IA aux développeurs, c’est aux écoles d’ingénieurs de s’en occuper » et éluder la question. Nous devons réfléchir à la place que détient l’intelligence artificielle et quels sont ses usages possibles à l’avenir.

Ensuite, le titre du Hackathon était « AI For Life. » L’objectif était donc de créer des offres de service ou des produits qui utilisent l’IA en se positionnant d’un point de vue éthique et se questionner sur l’impact sociétal de nouveaux services pour mieux vivre et ne pas rester passif par rapport à la technologie.  Nous avons réuni près de 1000 étudiants en L3 à SKEMA et 150 étudiants ingénieurs. C’était un gros évènement en simultané sur les 3 campus français de SKEMA à Lille, Paris et Sophia-Antipolis où les étudiants étaient répartis en 150 équipes composées chacune de 5 étudiants de SKEMA + 1 étudiant ingénieur.

« Ce n’est pas la machine qui est intelligente, mais l’humain qui la programme et la contrôle. »

Une grande part des services proposés par les étudiants n’était pas du tout technique. En effet, l’IA est une technologie qui accélère, traite des données et anticipe des scénarios, mais c’est le rôle fondamental de l’humain qui contrôle la machine qui a été souligné par tous les managers et les entreprises qui étaient présentes au Hackathon. Ce n’est pas la machine qui est intelligente mais l’humain qui la programme et la contrôle. Cet aspect humain n’est pas réservé qu’aux ingénieurs, et il faut absolument que des managers et futurs managers puissent avoir connaissance de ce qui se passe, pour pouvoir décoder l’IA et ne pas être happé par une espèce de « dogme » de l’IA qui serait omnipotente et sur laquelle des décisions peu éthiques seraient prises. L’IA est déjà présente dans beaucoup de domaines tels que la santé, l’éducation ou la consommation et c’est donc une obligation éducative pour nous de sensibiliser les étudiants de SKEMA à ce sujet dès la L3.

 

L’IA : une nouvelle technologie qui a fait émerger des idées très créatives auprès des étudiants.

 

Pouvez-vous nous décrire les projets développés par les étudiants lors de ce Hackathon ?

Les étudiants ont fait preuve de créativité dans beaucoup de domaines, notamment dans l’alimentation. Par exemple avec des projets proposant un régime spécifique si l’on fait de la rétention d’eau ou si l’on a des maladies sanguines, et avoir grâce une IA conversationnelle une régulation, des idées et des listes de course achetées automatiquement. D’ailleurs, le projet gagnant de Sophia « Memor’IA » proposait une solution permettant d’éviter l’accélération du processus d’oubli chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer grâce à un processus de reconnaissance d’image et de reconnaissance faciale, notamment pour permettre au patient de reconnaitre les membres de sa famille. Nous avons également eu plusieurs projets autour de drones sauveurs, de drones de surveillance pour détecter les départs d’incendie ou de drones pollinisateurs vivant parmi les abeilles pour les aider à polliniser la flore. Nous avons aussi eu un projet d’IA qui permet aux utilisateurs de mieux s’habiller et d’aller vers des vêtements plus éco-responsables. Cependant, il est à souligner que le thème de l’éducation est peu ressorti chez les étudiants.

Ensuite, le projet « Smarket », retenu sur le campus de Paris, est parti du constat que plus de 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année dans le monde. C’était donc un projet visant une meilleure répartition de l’offre et de la demande pour les agriculteurs et les offres bios.

Pour finir, le projet vainqueur du Hackathon se nomme Arpette et vient du campus de Lille. Il propose un site d’enchères basé technologie de reconnaissance d’image pour analyser les œuvres, faire des côtes automatiques et mettre en valeur les jeunes artistes. C’était un projet très original et c’est pourquoi le jury a voté pour ce projet.

 

« L’école doit enseigner beaucoup de choses en plus de l’ingénierie, du développement informatique et du commerce. Elle doit former à la vie, à la pensée critique sur le monde qui nous entoure, à repenser les modèles… »

-SKEMA a organisé ce Hackathon avec 3 écoles d’ingénieurs (Centrale Lille, ESIA et MIAGE) et on entend de plus en plus dire que dans le futur, les profils ingénieur/commercial seront de plus en plus recherchés dans le monde de l’entreprise. Etes-vous d’accord avec cette affirmation et pourquoi ?

Oui tout à fait, mais c’est plus de l’interopérabilité que forcement être commercial et ingénieur. Travailler avec des équipes pluridisciplinaires est une réalité qui va grandir. Alors, est-ce qu’un étudiant de SKEMA doit aussi être ingénieur ?  Je ne pense pas. Mais il doit savoir communiquer, s’entendre et se comprendre avec les ingénieurs et savoir décoder les technologies qui se cachent derrière l’IA (Machine Learning, Deep Learning) et faire des choses qui ont du sens pour l’avenir.

 

Les étudiants de SKEMA en plein brainstorming avec les étudiants d’école d’ingénieurs.

 

Alice Guilhon (Directrice de SKEMA) a indiqué sur le site du Monde des Grandes Ecoles que SKEMA développe en ce moment le programme « IA Identify » qui agira comme un coach pour les étudiants en analysant ses talents et compétences pour lui permettre de s’épanouir, et lui proposer des métiers et des secteurs d’activités correspondant à son profil. Avez-vous d’autres exemples d’application concrète de l’IA dans une école comme SKEMA ?

Je pense que l’IA peut être un intégrateur de beaucoup de ces choses à l’avenir. Aujourd’hui, on a notre environnement personnel d’apprentissage sur notre ordinateur, notre smartphone, des livres, des professeurs, plein de choses pour apprendre. D’où l’évocation par Alice Guilhon d’un centre de recherche sur l’IA directement associé aux écoles pour que cette interopérabilité et l’apprentissage soient plus fluide. D’ailleurs, au printemps 2019, SKEMA va ouvrir un Msc IA & Management avec des cours donnés par des professionnels de chez IBM, Microsoft et Acticall. Et cette année, SKEMA va proposer aux étudiants de M1 un ensemble de modules optionnels en Big Data et Cybersécurité qui intègrent l’IA et qui vont être encadrés par des professeurs de l’ESIEA.

 

Un grand merci à l’auteur Maxence Bouton, étudiant en Master 1 – Programme Grande Ecole à SKEMA Business School.

 

Découvrez ici les interviews d’Alice Guilhon dans le Monde des Grandes Ecoles et dans le journal le Parisien.

 

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